Emploi : offre et demande, à quand l’adéquation ? 2/2

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(Crédits : DR)
C’est l’éternelle question dès lors que l’on aborde le chapitre de l’emploi. Si elle est le fait de causes plurielles, l’inadéquation entre l’offre et la demande devra forcément faire l’objet d’une multiplicité de réponses, ce sur divers fronts, pour que son sort soit enfin réglé.

De façon générale, la formation demeure préconisée comme un moyen d'ajustement entre les aspirations des demandeurs d'emploi et les vœux des entreprises. A condition que l'on s'attache au sur-mesure... Une idée maîtresse prisée par nombre d'acteurs, Jean-Luc Monteil, le président du MEDEF PACA en tête. "Je ne crois pas à la formation de masse. Jusqu'ici, on a développé des trucs qui n'avaient pas de goût, pas de saveur, pas de résultat. La réforme n'aura de sens que s'il y a en termes de personnalisation des dispositifs des performances probantes".

Toutefois Pôle Emploi s'attache de plus en plus à personnaliser son accompagnement. 2017 a été pour l'entité l'année de l'accélération numérique. Une dématérialisation qui a permis de mettre en œuvre un accompagnement différencié. "Il s'agit par exemple d'outils de matching. Nous avons également des partenariats avec des agrégateurs", précise Thierry Lamelle, son directeur régional. Pour les recrutements simples et les personnes non éloignés de l'emploi, les outils numériques vont permettre de traiter plus vite la demande. De fait les conseillers se concentrent sur les cas les plus complexes. Côté demandeur d'emploi, "nous avons mis en place trois types de suivis plus personnalisés, un accompagnement différencié en fonction de sa situation". Ils seraient plus de 48 000 en Provence Alpes Côte d'Azur à en bénéficier.  Côté employeurs, les conseillers "entreprise" se substituent à un véritable service RH interne lorsqu'il s'agit de TPE ou d'entreprises en but aux difficultés de recrutement : analyse de poste, rédaction de l'annonce, mise en place de formation préalable à l'embauche...  Conseillers qui "négocient"  aussi avec les employeurs un peu trop friands du fameux "mouton à cinq pattes" payé au Smic... L'idée étant, autant que faire se peut de sortir de la logique de CV pour s'attacher aux compétences dans leur ensemble. Mais cela fait son chemin. "A part les professions réglementées où il faut un diplôme, beaucoup d'employeurs cherchent d'abord des savoir-être aujourd'hui. Dans le plan d'investissement compétence, un tiers des financements concernent des stages de savoir-être".

Travail en commun

Mais outre le sur-mesure, la résolution de l'inadéquation entre l'offre et la demande passera aussi par le décloisonnement des mondes. Ce peut être entre les jeunes diplômés et les entrepreneurs, comme mis en œuvre par Renaud Muselier à la Région via l'opération "Un parrain un emploi", ou à l'Apec avec "Sésame jeunes talents". Une méthode qui a fait ses preuves : "selon les chiffres de la Direccte, 80 % des jeunes en parrainage ont une réponse positive dans les 9 mois", avance Bruno Jonchier, le directeur régional de l'Apec. Mais le rapprochement peut s'initier aussi entre institutions, tels que le font Région, ORM ou Pôle Emploi. "Nous avons poursuivi une collaboration plus intense avec la Région, un travail commun sur les diagnostics socio-économiques... Nous sommes le seul opérateur public à être intégré aux Opérations d'Intérêt Régional et par ailleurs associés au plan de formation. Nous prescrivons et achetons des formations pour le compte de la Région. En 2016, 17 M€ nous ont été confiés et en 2017, 35 M€. Cette année nous serons sur le même ordre de grandeur", avance Thierry Lemerle.

Par ailleurs, les écosystèmes de l'innovation peuvent servir la cause de l'adéquation offre demande. Ainsi l'emploi store de Pôle Emploi répertorie-t-il plus de 300 services, dont les outils numériques conçus par 280 startups, certaines basées sur le territoire à l'instar de Go Job ou de Job Hopps. Enfin, une dernière façon, indirecte celle-ci, d'œuvrer pour l'adéquation offre demande... c'est d'encourager la création d'emploi. Le patronat l'a compris, comme le montre le récent lancement par l'UPE13 de The Choice, mettant en relation cent entrepreneurs parrains et cent porteurs de projet de moins de 30 ans... Ainsi que le rappelle Didier Martin, directeur délégué territorial Pôle Emploi Bouches-du-Rhône, "10% des demandeurs d'emploi accèdent à une activité en la créant".

Quid de demain ?

Reste que réconcilier l'offre et la demande, c'est quelque chose qui se traite aussi en anticipant l'avenir. Or, comment réagir face aux prévisions parfois alarmistes à 20 ou 30 ans ? Ignore-t-on réellement 85 % des métiers de 2030 comme l'ont annoncé l'an dernier le rapport de Dell et du Think Tank californien "l'Institut pour le Futur" ? Toujours est-il que si on peut d'ores et déjà prévoir certaines tendances, comme un besoin accru, en termes de numérique, de profils spécialisés dans l'IoT, la mobilité, la VR ou la VA, il semble effectivement difficile de définir avec exactitude quels seront les métiers de demain. Ou encore, sous quelles proportions la robotisation détruira-t-elle les emplois. "L'IA est là et bien là. Donc ça va changer quoi ? Des bataillons de collaborateurs se retrouveront sans emploi et sans perspective, et ce sont surtout les cols blancs, plus que les cols bleus qui vont être touchés. Il faut bien réfléchir à ça", avançait Xavier Bertrand lors de sa venue à l'automne dernier à Marseille, lors d'une rencontre orchestrée par le MEDEF PACA et la Région. Pour autant, ce dernier n'entendait pas tomber dans la diabolisation. "Derrière un robot, il y a trois emplois. Mais pour l'heure, ils se fabriquent davantage à l'étranger, au Japon, en Corée, ou encore en Allemagne, en Italie. Il faut attirer ces industries sur nos territoires". Même son de cloche chez Alexandre Saubot, président de l'Union des industries et des métiers de la métallurgie : "la robotisation dans les métiers industriels participe à l'attractivité du secteur, grâce à elle, les projets recèlent davantage d'intérêt. Par ailleurs, leur coût de revient baisse, ce qui est facteur de relocalisation". Une relocalisation qui serait donc bénéfique à l'industrie nationale, pour peu que l'on sache tirer son épingle du jeu. Oui, mais pour les autres secteurs ?

C'est en partie grâce à des études de prospectives à plus long terme, via la prise en compte des projections des entrepreneurs en termes de besoins que l'on trouvera de premiers éléments de réponse. Pour Jean-Luc Monteil, ce travail  s'opère déjà dans les grosses branches professionnelles, celles qui peuvent mobiliser les moyens de le faire. En dehors de ces dernières, c'est une autre histoire... Pour Bruno Jonchier aussi, "nous nous y appliquons dans des offices tes que l'Apec. Certains OPCA mènent également ce type d'études. Mais tous ces rapports, qu'est-ce qu'on en fait, comment cela va-t-il  alimenter une stratégie régionale, qu'est-ce que ça donne comme orientations à 5 ans ou à plus long terme ? C'est ça le vrai sujet". Et il convient de le prendre à bras le corps dans toutes ses dimensions dès à présent pour ne pas se retrouver demain au pied du mur.

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