Renaud Muselier : "La Région Sud est le partenaire privilégié des entreprises"

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Renaud Muselier, président LR de la Région Sud.
Renaud Muselier, président LR de la Région Sud. (Crédits : DR)
Renaud Muselier, président LR de la Région Sud, veut faire de sa région la première d'Europe à respecter les accords de la COP21. Il a fait voter un plan climat de 100 actions, doté d'un budget de 370 millions d'euros pour 2018. Entretien.

La Tribune - Vous pilotez la stratégie économique de la région : quelle est votre ambition ?

Renaud Muselier - L'enjeu avec Christian Estrosi [élu président en décembre 2016, désormais président délégué, ndlr] était de redresser les finances, de redonner du sens dans l'action et cela dans le cadre de la loi NOTRe. L'État a donné la totalité des compétences économiques aux régions pour qu'elles puissent structurer un territoire. Nous avons mis de l'ordre et nous nous sommes dotés d'outils en fonction des atouts et des faiblesses de Provence-Alpes-Côte d'Azur. Nous avons par exemple structuré trois marques, Alpes, Provence et Côte d'Azur, car Paca ça ne veut rien dire. Nous avons 5 millions d'habitants, quatre métropoles, quatre écosystèmes French Tech, 1 000 kilomètres de côtes, 25 % de parcs régionaux, 50 % d'espaces naturels, deux universités... Nous avons un cap avec des résultats d'ici à trois ans et une vision sur vingt ans. Nous sommes donc chef de file sur l'économie et nous sommes, de fait, le partenaire des entreprises, car ce sont les entreprises qui font l'emploi. Nous avons bâti le SDREII [Schéma régional de développement économique, de l'innovation et de l'internationalisation] en mars 2017, avec elles, avec celles qui ont la connaissance, pour plus de croissance, plus d'emploi privé, plus d'innovation. Un collectif doit être piloté par un entraîneur. J'ai donc le rôle d'entraîneur.

La région pilote par ailleurs Team Sud Export, le guichet unique à l'export. Quelles sont, là aussi, vos ambitions ? Quelle est la stratégie de la région à l'exportation ?

La volonté est de favoriser la diplômation économique et de faire en sorte de mieux cibler ensemble les actions des territoires. Je veux bien que les collectivités fassent ce qu'elles veulent mais elles doivent le faire ensemble. C'est une erreur d'aller prospecter en rang dispersé. L'État français s'est structuré pour aller à l'international, je suis pilote et je fédère. Il existe une volonté du gouvernement de faire face à la dégradation du commerce extérieur. En conséquence, nous nous organisons et nous allons chasser ensemble. Sur ce sujet, nos destinations prioritaires sont la Chine, les États-Unis et la Méditerranée. En mai, une délégation French Gourmet emmènera à Hong Kong 25 entreprises sensibilisées sur les risques ou les opportunités du marché chinois. La Région est le premier partenaire des entreprises.

La CCIMP et avec elle Aix-Marseille-Provence demandent, par courrier, au président de la République un statut propre des CCI métropolitaines, arguant leur proximité avec le tissu économique et revendiquant être les premiers interlocuteurs qualifiés pour aider à l'implantation des entreprises exogènes. Est-ce une demande justifiée ?

Des structures existent, nous travaillons aujourd'hui avec tous les acteurs du territoire. Je veux organiser un dispositif en fonction des compétences qui sont les miennes. Si l'État veut ajouter une couche, qu'il le fasse. Mais aujourd'hui, la volonté du gouvernement est de fédérer les métropoles et les départements. On ne va pas rajouter une strate supplémentaire.

Quechen s'installera bientôt au sein de PIICTO*. Vous avez voté l'exonération de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises ainsi qu'une subvention d'investissement pour le groupe chinois. Le dossier a été long à mener à bien. Cette arrivée peut-elle créer un appel d'air, faire venir d'autres projets d'investissement d'envergure ?

Quechen est l'exemple même d'un vrai travail collectif. Sur 28 sites identifiés préalablement, c'est finalement notre territoire qui l'emporte. Au-delà des enjeux individuels et locaux, cela démontre bien que lorsque nous travaillons ensemble, nous gagnons. Il est possible en effet que l'arrivée de Quechen fasse venir d'autres entreprises chinoises. Marseille est bien perçue, le projet MIF [sorte de hub installé dans les quartiers Nord, qui rassemble des grossistes chinois du textile] ouvre le marché chinois du prêt-à-porter vers l'Afrique. Ici, nous avons donc des atouts et lorsque les Chinois sont implantés quelque part, ils génèrent une capacité à attirer d'autres projets. Néanmoins, ce qu'il manque, ce sont de nouvelles lignes aériennes qui relient la Chine et la Provence. Nous allons notamment nous appuyer sur la mutation de la zone de Fos. Toutes les décisions que nous prenons, ce n'est pas pour avoir un effet immédiat. Nous essayons plutôt de tout mettre en perspective.

Vous avez annoncé votre volonté de retravailler l'organisation des opérations d'intérêt régional (OIR) et de faire passer leur nombre de 12 à 8. Où en est-on ?

Certaines de ces OIR fonctionnaient bien, d'autres non. Certains s'impliquaient, d'autres non. La gouvernance publique/ privée [un élu et un entrepreneur pilotent en binôme chaque OIR] en revanche a prouvé sa pertinence. Les OIR sont désormais centrées sur les thèmes Naturalité, Énergies de demain, Industrie du futur, Thérapie innovante, Silver économie, Économie de la mer, Tourisme et industries créatives, et Smart Tech. Les OIR, c'est un milliard d'euros et 500 entreprises attirées. Le comité des financeurs a décidé d'octroyer 180 millions d'euros pour treize projets qui lui ont été présentés en décembre. L'enjeu est toujours le même : on avance, mais on ne fait pas seul.

Qu'en est-il de l'ARII, l'Agence régionale pour l'innovation et l'internationalisation des entreprises ?

C'est un outil qui avait gagné ses galons d'indépendance. Mais comme je le répète souvent, qui paie décide. Nous allons donc donner une nouvelle impulsion à l'ARII qui sera bientôt pilotée par un nouveau directeur, Jean-François Royer.

Lors de votre déplacement à Las Vegas en début d'année, vous avez précisé que vous retourneriez au Consumer Electronics Show (CES) en 2019 mais pour faire mieux qu'en 2018. Comment travaillez-vous à faire mieux ?

A Las Vegas, nous n'avons pas été bons lors de notre déplacement en 2016, il faut le reconnaître. En revanche, en février dernier, les entreprises de la région étaient visibles. Ce sera identique en 2019. Ce que je veux, c'est que les entreprises partent au Nevada en étant préparées. Nous serons plus forts l'an prochain.

On évoque parfois la possibilité de voir émerger une French Tech régionale...

L'important est que tout le monde travaille ensemble. Lorsque le travail est commun, nous sommes davantage puissants par rapport à l'international. C'est le cercle vertueux du travail ensemble.

« L'Europe sert à condition de savoir s'en servir », dites-vous. L'Europe est-elle un outil trop méconnu dans le développement économique ?

FSE, Feder, Feader [Fonds européen agricole pour le développement rural]... Si nous ne sommes pas outillés pour le faire, nous perdons l'accès aux fonds qui doivent nous revenir. Sur le milliard qui revient à la région, nous avons déjà récupéré 950 millions d'euros. Mais pour avoir des fonds européens, il faut être dans les clous des axes décidés par la Commission. Il faut présenter les projets en « parlant » le langage européen, des projets qui s'appuient sur plusieurs pays.

L'un de vos axes prioritaires est la transition énergétique, vous militez pour ce que appelez, « une COP d'avance ». Comment cela contribue-t-il à faire de la Région Sud une « smart région » ?

Nous voulons être la première région d'Europe à respecter les accords de la COP21. Nous avons voté notre plan climat auquel 20 % du budget régional est consacré. Cent actions seront déclinées au fil du temps. Les éoliennes en mer, les boucles à eau de mer, les circuits courts... s'inscrivent dans cet objectif. La « smart région », c'est par exemple la « smart irrigation » des vignes, la « smart montagne » avec une adaptation de l'économie du ski pour être efficiente... Lorsqu'on dispose d'un territoire aussi beau que le nôtre, il faut le protéger pour le développer mais pas le sanctuariser.

Propos recueillis par Laurence Bottero

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(*) PIICTO, plateforme industrielle et d'innovation Caban-Tonkin, créée en 2014 et qui fédère les entités industrielles basées à Fos.

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