Pourquoi Aix-Marseille ne doit surtout pas ignorer l'Afrique

Par Laurence Bottero  |   |  1049  mots
(Crédits : DR)
Présents durant 3 jours au Maroc en délégation, les acteurs économiques provençaux ont clairement acté qu'il fallait inscrire la démarche de rapprochement entre les deux territoires dans la durée. Parce que la concurrence, venue d'autres régions est réelle. Et qu'il est au moins autant question de ne pas ignorer un axe de développement économique.

Il était bien dit que le déplacement en terre marocaine ne relevait pas de la simple visite de courtoisie. Et de fait, le pied à peine posé sur le sol de la capitale économique - Casablanca - les propos de Cherafa Chebani ont clairement mis les points sur les i. "Vous vous êtes fait rares", n'a pas manqué de dire la directrice du centre d'étude, de recherches économiques et prospection de la Chambre française de commerce et d'industrie du Maroc. Une petite mise au point en forme à la fois de constat et d'avertissement. Car pendant qu'Aix-Marseille se faisait remarquer par son absence, Auvergne, Rhône-Alpes ou Pays de Loire n'ont pas hésité à venir prospecter de l'autre côté de la Méditerranée.

Au salon Hub Africa, qui se veut une plateforme dédiée aux entrepreneurs et investisseurs et qui tenait ce début mai sa 6ème édition, Aix-Marseille a clairement été mis à l'honneur, faisant office de guest-star. Ou comment (re)venir en force sur le continent africain. Et si possible, pas juste pour faire de la com'.

Monter dans le train

Car jusqu'à présent, les liens entre Aix-Marseille et l'Afrique relevaient bien plus de l'incantation que de l'action forte et structurante. A Casablanca c'est le trio Ville de Marseille-CCIMP-Aix-Marseille Provence qui est venu "chasser en meute", selon la traditionnelle formule consacrée. La preuve par trois de la réelle volonté de prouver que la Provence est le "hub euroméditerranéen" de l'Afrique n'a par exemple pas cessé de répéter à l'envi Didier Parakian. Le président de la commission Economie et Innovation au sein de la Métropole ne se cache pas derrière son petit doigt, reconnaissant qu'en effet, tout ou presque reste à construire durablement. "Je crois que l'on a loupé l'Euro-Méditerranée (dans le sens de l'Union qui avait été voulue par Nicolas Sarkozy en 2010 NDLR). Mais on ne doit pas rater le train de l'Afrique alors que nous sommes voisins, frères et amis. Nous devons donner l'impulsion aux entreprises, nous devons mettre l'économie au dessus de tout, c'est la priorité des priorités".

La diaspora, "une chance"

Un poil plus sévère, le président de la Chambre de commerce et d'industrie Marseille Provence reconnaît de son côté que le territoire a raté plusieurs fois le rendez-vous avec son Histoire en choisissant de regarder vers le Nord. Une erreur stratégique qu'il convient désormais de réparer, le Sud représentant "notre patrimoine génétique" dit Jean-Luc Chauvin. Mais surtout, ce qui compte c'est que désormais les manettes économiques sont tenues par "une génération qui assume la décolonisation".

Et de dire que ceux qui forment la diaspora marocaine font partie des forces vives sur lesquelles il va falloir s'appuyer. "Tous ont des racines avec l'Afrique. Ils vont devenir des relais de croissance". De reconnaître dans la foulée, que oui, jusqu'à un passé récent, "nous avons fait de la coopération mais nous avons aidé ponctuellement, sans stratégie". Et d'affirmer aussi que "la seule solution, c'est le développement économique".

Fertilisation croisée

L'économie donc et le business avant tout. Comprendre pousser le développement des entreprises. Car le continent africain en général et le Maroc en particulier font tout autant fructifier les jeunes pousses et l'innovation. Parce que le numérique a l'avantage de mettre tout le monde à égalité. "Ce sont les startups qui vont faire émerger le continent", dit Didier Parakian quand Jean-Luc Chauvin parle de "saut quantique" et dit bien qu'il "faut aider les startups à réussir sur leur terre natale".

Un propos qui rejoint celui d'un jeune entrepreneur venu de Dakar pour assister à Hub Africa et qui exhorte les entrepreneurs et investisseurs européens à "venir chercher les savoir-faire et les talents en Afrique, là où la main d'œuvre est moins chère. Cela contribuera aussi, a ce qu'il y ait moins de personnes en Méditerranée".

Favoriser le croisement de talents, la fameuse "fertilisation croisée" dit le président de la CCI MP, formule empruntée au père de Sophia-Antipolis, Pierre Lafitte, fonctionne toujours près de 50 ans plus tard.

Car dire c'est bien, mais bien sûr, faire c'est mieux.

C'est évidemment par les entreprises que tout passe. Et si un déploiement sur le territoire africain peut faire peur à certaines entités - qui n'auraient pas les codes - il ne faut pas s'y tromper, et le président de la Chambre française de commerce et d'industrie du Maroc Philippe-Edern Klein le rappelle, tous les grands groupes sont déjà présents au Maroc. La présence dans la délégation venue à Casablanca de l'agence de développement économique, Provence Promotion, avait bien pour objectif d'expliquer aux entrepreneurs africains présents à Hub Africa que la Provence est une terre d'accueil pour un déploiement en Europe. "Le Maroc et Aix-Marseille sont des hubs miroirs" assure Didier Parakian, résumant bien le "deal" : la Provence comme relais vers les pays européens, le Maroc comme porte d'entrée en Afrique.

La visite et surtout les discussions qui ont eu lieu avec Casablanca Finance City vont dans ce sens. Casablanca Finance City qui a mis en place une zone offshore pour les entreprises, comprenant exonération temporaire et facilitation pour l'obtention de visas pourrait inspirer - dans le respect des règles européennes - Aix-Marseille. Autre signal fort, l'intérêt développé par Royal Air Maroc qui transporte 200 000 passagers annuellement entre les deux rives, de voir émerger un troisième vol Marseille-Casablanca qui le verrait notamment doubler la fréquentation à l'horizon de 3 ans. A noter qu'Air France Maroc a également fait part à de son intérêt pour discuter avec la CCI MP. L'idée - suggérée en plénière d'ouverture - d'une 7ème édition de Hub Africa qui se tiendrait à Marseille est en réflexion.

Toujours est-il que quelle que soit la stratégie adoptée, c'est la régularité qui compte. Et c'est à nouveau Cherafa Chebani qui le dit : "cela est fondamental pour développer les affaires". Un stratège - chef d'entreprise, acteur économique ou politique - averti en vaut deux...