Ce que Cannes On Air dit de la stratégie de Cannes

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(Crédits : DR)
En soutenant la création d'un pôle dédié aux arts graphiques, porté par un financement privé, la Cité du cinéma en rajoute une couche sur la structuration de la filière de l'économie créative. Parce qu'il n'y a pas que le Festival du Film.

Il s'appelle L'Avant-Garde et il porte presque le nom d'un film. D'ailleurs, l'annonce de sa création en plein Festival, 71ème du nom, ne doit rien au hasard du calendrier, tant l'édition actuelle qui bat son plein est un formidable décor pour être pile poil sous les projecteurs. Et montrer au monde entier que Cannes ce n'est pas que paillettes et tapis rouge.

Outils taillés sur mesure

De fait, L'Avant-Garde est le nouveau nom d'un ancien bâtiment industriel, posé en plein-centre, que la Ville avait la volonté de réhabiliter et qu'elle a cédé à deux entrepreneurs issus de la filière audiovisuelle, Laurent Aurion et Karim Succar, le premier spécialiste du son, le second, auteur-compositeur et producteur. Le pitch : donner vie à un lieu consacré à l'accueil des professionnels de l'image, du son et des nouveaux médias. L'enjeu : conserver les talents sur le territoire. Un enjeu pas tout à fait neutre car actuellement, la solution est soit parisienne, soit avec des moyens locaux, mais plus artisanaux que strictement de haute qualité. On rappellera que selon l'étude menée par la Chambre de commerce et d'industrie Nice Côte d'Azur, l'ensemble de la filière en Côte d'Azur, c'est 300 entreprises, 200 M€ de chiffre d'affaires et 1 650 emplois...

Evidemment il faut y ajouter une volonté d'attractivité des talents venus d'ailleurs. Pour cela, il y aura tout ce qu'il faut pour plaire aux professionnels, du studio de motion capture, aux auditoriums de doublage et bruitages, en passant par la régie d'effets spéciaux et de mixage en Dolby Atmos... a promis Karim Succar en connaisseur de la chose.

Cependant, L'Avant-Garde n'est qu'une partie d'un grand tout. Si le projet, qui bénéficie d'un financement privé à hauteur de 7 M€, prévoit 15 mois de travaux afin d'être opérationnel à la rentrée 2019, la structuration de la filière de l'économie créative est bien plus large et surtout totalement stratégique pour celle qui accueille depuis plus de 70 années, le grand raout international du 7ème art et qui pour l'heure, fait figure de partie émergée.

La preuve du concept

"Nous concrétisons une vision économique" martèle David Lisnard. Un maire de Cannes persuadé que les industries créatives sont aussi - à côté du tourisme, du nautisme ou de la filière satellitaire que tire Thales Alenia Space - le demain de celle qui est connue internationalement pour ses salons professionnels. Une filière qu'il convient donc de ne pas laisser se débrouiller toute seule mais qui doit être structurée, dans tous les sens du terme.

Le premier pas - ou la première brique - a été la création de la pépinière CréaCannes en 2014, hébergeant 14 startups justement axées sur l'imagerie numérique et le spatial.

Mais ce n'est là que le premier étage de la fusée. Car l'ensemble du projet, appelé Bastide Rouge, c'est un technopôle comprenant un campus développé avec l'Université Côte d'Azur (UCA) de 5 200 m2 dont des locaux d'enseignement classiques et spécifiques et un learning center, mais aussi une cité des entreprises de 2 300 m2, un cafétéria Crous et l'objectif clairement ambitieux d'héberger quasi dix fois plus de jeunes pousses, soit une centaine.

"Nous accueillerons 1 000 étudiants à la rentrée universitaire 2019", assure David Lisnard, absolument convaincu que le volet formation est indispensable à la pérennité du projet.

Et qui de fait mise beaucoup sur la Chaire internationale du storytelling créée avec Vivendi/Canal+ et l'UCA cette année pour des formations courtes consacrées à l'écriture mais aussi sur le partenariat signé ce 17 mai avec l'INA afin de développer les formations dans le domaine audiovisuel.

Duo d'acteurs

Pour rester dans la métaphore spatiale, on dira aussi que les planètes sont plutôt pas trop mal alignées. Car au même moment, La Victorine est en train de se redessiner une stratégie. Et évidemment qu'il doit y avoir entre Cannes et Nice un effet additionnel sinon multiplicateur. "La Victorine est un atout pour nous comme nous sommes un atout pour La Victorine. Et cela est identique avec la Belle-de-Mai à Marseille", souligne David Lisnard. Car à l'échelle monde, c'est un territoire tout entier qui est regardé et qui ne s'arrête pas aux frontières départementales ou administratives. Les talents ne tiennent pas compte du nombre de kilomètres. "Nous avons tous les outils pour nous renforcer mutuellement", rassure le Premier magistrat de Cannes qui, s'il investit 32 M€ dans le technopôle de l'image, attend aussi et surtout que l'effet de levier vers l'investissement privé se poursuive. "Nous voulons être le catalyseur de la création internationale". Cannes sait qu'elle doit capitaliser sur son titre de capitale du cinéma même si elle n'en n'est pas l'unique détentrice - et Hollywood alors ? A l'heure de la mondialisation et alors que "les métropoles internationales sont toniques", mieux vaut être acteur et réalisateur, que passif et ne plus faire partie du casting...

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Commentaires
a écrit le 16/05/2018 à 15:05 :
Madame,
Bonjour,

Votre article ne mentionne pas une information fondamentale. A savoir que ce projet dit « l’avant-garde » , studio de post-production à Cannes fait l’objet auprès du TGI de Grasse d’une procédure contre la Ville de Cannes, initiée étant donnés les nombreux points de droit bafoués par ce projet : entre autres, non respect des conditions de servitude, empiètement, voies de fait …Cette affaire n’est pas simple et ne pourra être réglée d’un trait de plume de la municipalité. La France est une démocratie où le droit prime.

Je vous remercie de votre attention et vous demande de ne pas divulguer mes coordonnées;

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