Olivier Mathiot : "La révolution numérique est achevée"

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(Crédits : DR)
Partenaire des Rencontres économiques d'Aix-en-Provence qui se déroulent du 6 au 8 juillet prochain, La Tribune publie chaque semaine un entretien avec un acteur économique originaire de Provence Alpes Côte d'Azur. Ou il est question des "Métamorphoses du monde", thème de l'édition 2018. Second entretien avec le PDG de Rakuten France, qui est aussi le président de thecamp, basé à Aix-en-Provence. Celui qui est aussi l'ex-président de France Digitale, ex porte-parole du mouvement des Pigeons a forcément un avis – éclairé – sur la question.

La Tribune - On évoque souvent le terme de disruption. Les Rencontres économiques d'Aix-en-Provence parlent plutôt de "Métamorphoses". N'est-ce pas en effet ce que le monde économique est en train de vivre ?

Olivier Mathiot - On compare souvent le numérique à la révolution de l'imprimerie qui a changé le rapport au monde, ce que le numérique vient d'ailleurs encore accélérer. Ce sont deux révolutions qui ont point commun, celui de rapprocher les hommes. Ce sont des révolutions accompagnées de révolution énergétique. Le train a permis la conquête de l'espace terrestre. Le rapport à l'espace change la façon de vivre, de travailler, de communiquer... Le numérique et l'ensemble des évolutions technologiques rassemblent des métamorphoses qui en font quelque chose de durable. Cela pose d'ailleurs des questions d'éthique. Beaucoup de rêves du futur, pensés dans les années 60/70 sont en train de se produire. Les mythes de la métamorphose étaient en germe. Cela n'était simplement pas encore possible techniquement. La métamorphose est un mot juste, car elle parle de transformation accélérée mais qui reste globale. Elle crée une rupture de génération forte. Aujourd'hui si on ne s'update pas, on est rapidement dépassé. Hier c'étaient les anciens qui apprenaient aux jeunes, désormais c'est l'inverse.

La révolution numérique est-elle finie ?

La révolution numérique est achevée dans le sens premier du terme. Il y a, dans la révolution, les sous révolutions, que l'on peut nommer ici intelligence artificielle ou blockchain. Aujourd'hui les grands groupes sont tous des groupes numériques. Les plus grandes capitalisations sont des entreprises numériques, les Google, Amazon, Facebook... La fin du 19ème siècle correspondait à une crise qui a duré jusqu'en 1929. L'innovation est alors venue d'entreprises du cinéma ou de l'automobile, des startups du nom de Gaumont, Pathé ou Peugeot qui sont devenues au fil du temps des licornes. Aujourd'hui on traite plus de données, beaucoup plus vite.

thecamp veut justement accompagner l'ensemble des acteurs économiques dans la transformation, la métamorphose du monde. Si on imagine le mouvement plus naturel chez les entrepreneurs, les institutions sont-elle capables de faire ce saut quantique ?

thecamp est une plateforme, un carrefour où l'on se rencontre. C'est pour cela que nous parlons d'open innovation. C'est une histoire de mixité, de melting-pot. Il faut beaucoup d'expertise pour les accompagner. C'est "to connect the dots", relier les points. Il faut à la fois de la technologie et un état d'esprit. On optimise les potentialités en regardant autrement.

Question qui revient souvent : faut-il avoir peur de l'IA ?

Evidemment que si on en parle dans ces termes, cela peut générer de la peur. L'intelligence artificielle a-t-elle développé une intuition qui fait qu'elle rend l'humain dépendant ? Pour certains, nous sommes déjà dans un monde contrôlé par l'IA, sauf que nous nous en rendons pas compte. La question que l'on doit se poser c'est plutôt quel futur veut-on choisir ? Il faut considérer que l'IA est un enfant et nous, l'adulte. D'ailleurs ne parle-t-on pas de learning ? C'est pour cela que nous voulons faire de thecamp un Do Tank. Cela fait partie de ses missions.

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