Jessica Pellegrini : "Smart Cities, clés de la ville intelligente ou accélérateur de précarité ? "

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(Crédits : DR)
A l'heure des défis énergétiques, la fondatrice et dirigeante de la startup Azzura Lights, basée à Nice, pose la question de la place qui est laissée à l'humain ? La smart city, présentée comme la ville parfaite, l'est-elle vraiment ?

La promesse de la ville intelligente, c'est celle de la ville connectée au bénéfice aussi bien des citoyens, des autorités publiques que des entreprises privées. Grâce à la technologie, les villes peuvent tendre vers plus d'efficacité et mieux répondre aux besoins des habitants.

En Europe, entre 50 et 120 millions de personnes vivent en situation de précarité énergétique, selon une étude BPIE (Buildings Performance Institute Europe) de 2014.  En France 12 millions de personnes et 5 millions en Région Sud sont dans cette situation. A cela, il faut ajouter l'inflation des prix de l'énergie. Cumulées, ces hausses font du logement, un accélérateur de la précarité. Avec ces mutations aujourd'hui le système français est incapable d'endiguer le développement de la pauvreté.

Smart cities, smart grids, quartiers écologiques... la vraie question de la transition énergétique ne devrait pas se concentrer uniquement sur des sources alternatives aux énergies fossiles, mais comment faire muter notre système sans trop de heurt économique et sociaux face à ses nouveaux usages et ses nouvelles technologies.

Multiplier les initiatives audacieuses et changer de culture

La transition énergétique permet-elle l'inclusion ou l'exclusion sociale, donnons-nous réellement les moyens aux citoyens de la mettre en place...

Il faut consommer moins et avec plus d'efficacité, en abordant d'abord les questions sociales. Aujourd'hui, par exemple, le processus de la transition énergétique est questionné essentiellement d'un point de vue technique. La transition énergétique implique une culture moins énergivore. Il ne suffit pas de faire une loi pour que le social se soumette. Le socle, c'est la société de consommation. C'est sur ce socle que nous devons lancer une dynamique et accompagnement pragmatique, pour accélérer collectivement la transition énergétique, aux côtés des acteurs des territoires, des citoyens et des fournisseurs de solutions qui s'y engagent.

Libérer l'innovation sociale dans les territoires

Innover socialement pour faire sauter les verrous, se rapprocher des habitants, revenir à des dispositifs de proximité qui permettent de s'approprier une démarche, développer le coaching énergétique, et favoriser les initiatives de collectifs d'habitants.

Moins de gaspillage, plus de renouvelable et de local...

Il existe cinq recettes pragmatiques pour lutter contre la pauvreté énergétique et faire bouger les lignes :

Il faut apprécier la flexibilité pour promouvoir les circuits courts de l'énergie et chercher ainsi de nouveaux moyens réglementaires, économiques et sociaux pour les mettre en place.

Il est nécessaire d'activer des solidarités énergétiques territoriales. Chaque site, chaque ville, chaque territoire a du potentiel pour valoriser ses propres énergies renouvelables et à en faire bénéficier son voisinage, via des boucles énergétiques locales.

Il faut penser usage avant techno. Des opérations de réhabilitation ou les constructions de logements neufs sont conçues en fonction des normes thermiques, sans tenir compte des habitudes et des usages. Un locataire, ne fonctionne pas comme un thermostat !

Nécessité de rechercher l'équilibre grâce au Revenu universel pour aider les populations fragiles.

Le financement des énergies renouvelables va impacter la facture d'électricité des ménages qui pourrait grimper de 50 % d'ici à 2020, selon la commission d'enquête du Sénat sur le coût réel de l'électricité. Et de 100 % d'ici à 2023. Le revenu universel se présente alors comme une solution alternative.

Il faut stimuler l'émergence d'un écosystème de start-up locales. Pour inventer de nouveaux services publics et des innovations utiles qui permettront de lutter contre la pauvreté énergétique.

Si nous mettons fin à la pauvreté avec les "Smart grids", les "Smart Cities" cela implique un changement culturel. Ne devrions-nous pas plutôt parler de "Smart Humans" au lieu de  "Smart Grids" ou "Smart Cities".

La transition énergétique devient alors un sujet de consommation responsable, de développement économique local, de baisse des coûts, de transition sociétale, de performance écologique et surtout de création de sens.  Aujourd'hui, il y a encore beaucoup à faire, mais de nombreuses initiatives audacieuses se développent et il faut les soutenir.

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