Laure Carladous : "Nous devons dialoguer davantage avec les maîtres d'ouvrage"

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(Crédits : DR)
Président (sans e, elle y tient) de la Fédération du BTP 06 depuis quelques semaines, sa feuille de route est claire, lucide mais pas moins ambitieuse. Et les sujets concernent forcément les problématiques qui chatouillent les entrepreneurs du secteur, baisse des prix et concurrence déloyale en première ligne. Où il est question de pédagogie, de fermeté et surtout "d'optimisme positif".

La Tribune - Votre feuille de route plaide pour un retour aux marges et pour une lutte plus efficace contre la concurrence déloyale. Comment revenir aux une et lutter plus efficacement contre l'autre ?

Laure Carladous - Il est évident que sur ces sujets, ma présidence n'y suffira pas. Nous devons néanmoins expliquer aux maîtres d'ouvrage, aux bureaux d'études, pourquoi il faut faire le bon choix. Une entreprise sérieuse rognera sur les marges mais pas sur la qualité et au final, elle périclitera. Ne resteront alors sur le marché, que les entreprises pas sérieuses. Il y a une vraie éducation des maîtres d'ouvrage et s'ils ne comprennent pas, il y aura combat. Mais il faut oser dire ce qui ne va pas, nous devons engager un vrai travail d'échange.
Pour ce qui est de la concurrence déloyale, nous n'avons pas les moyens de lutter seuls. Cela doit se faire avec la Gendarmerie, avec l'Inspection du travail. Faire des stigmatisations, ce n'est pas évident. Il faut le faire plus rationnellement, il faut le faire par le haut. Et je suis partisan d'aller au bout du bout, c'est-à-dire en arrêtant le chantier. Ce que nous voulons c'est que ce qui n'est pas légal ne puisse pas se faire.

La FFB a lancé un parcours de sensibilisation pour la qualité de l'air intérieur. Comment la profession fait face à l'émergence de nouvelles préoccupations, voire de nouveaux métiers ? Comment appréhendez-vous l'arrivée de certaines startup qui mêlent BTP et numérique ?

Les nouvelles technologies transforment nos métiers, l'organisation des entreprises. Il ne faut laisser personne sur le bord de la route. Il faut faire beaucoup de formations, être en avance et regarder la question des coûts. Il nous faudrait des sachants pour nous aider à aborder le sujet de manière pragmatique.

De la même façon la WCA, l'association mondiale du ciment appelle les professionnels à s'emparer des technologies qui permettent de limiter les émissions de CO2 ? Comment la Fédération peut-elle contribuer à la diffusion des nouvelles technologies et à faire en sorte qu'elles ne soient pas ignorées, même par les TPE ?

La Fédération du BTP 06 doit faire remonter les problématiques au niveau national. Nous devons faire de la formation, la diffuser auprès des petites entreprises afin qu'elles ne loupent pas le train de l'innovation.

Les femmes et le bâtiment, est-ce encore un cheval de bataille ?

Cela demeure une vraie problématique. Lorsque j'étais à l'école d'ingénieur, nous étions 10 % de filles. Aujourd'hui, les femmes sont présentes à 12 % dans le BTP dont très peu à des postes de dirigeantes. Le monde ne change pas beaucoup. Une femme, dans le BTP, peut être heureuse. Les femmes n'ont pas suffisamment confiance en elles. Elles doivent aussi monter au créneau. Elles doivent avoir le choix.

Vous souhaitez sensibiliser les parlementaires. Comment ? Est-ce suffisant ?

Tout passe par les textes et les lois. Nous devons pouvoir convaincre nos parlementaires de faire remonter les problématiques des entreprises. Nous irons les voir, nous organiserons des rencontres à la Fédération... le principal est de faire remonter la réalité du terrain.

La loi Elan est-elle une bonne loi pour le BTP ?

La loi Elan comporte des points positifs et des points pas satisfaisants. Il faut y aller par étapes. La loi renforce la lutte contre les recours abusifs. Il y a aussi le sujet de la simplification de l'obtention des permis de construire. En revanche, la loi de finances signe l'arrêt de nombreuses mesures qui permettaient aux ménages des achats moins onéreux

Quid de la Ligne Nouvelle ?

C'est un projet important pour l'ensemble du monde économique. Si l'on peut se contenter du scénario qui se profile, c'est le phasage prévu - livraison en 2037 -

 qui ne convient pas. La problématique des transports pose la difficulté du recrutement de talents, dissuadés par les logements chers et les soucis de mobilité.

Vous plaidez également pour un optimisme actif. Que cela signifie-t-il ?

On arrête de se plaindre, car ce n'est pas comme cela que l'on obtient ce que l'on désire. Il faut aller chercher ce que l'on veut avoir. Si on sait être intelligent et constructif, ça fonctionne. Il ne faut pas voir le verre à moitié vide. Notre profession participe à la vie de la cité, notre métier est enrichissant. Le BTP se retrouve partout, dans un monde qui sait rayonner. C'est cela l'optimisme actif.

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