PACA : vers du gaz 100% renouvelable ?

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(Crédits : Tonefotografia - Fotolia)
En 2050, la France pourrait couvrir tous ses besoins en gaz par un mix 100 % renouvelable. Telle est la conclusion d’une étude menée par l’Ademe, GRDF et GRTgaz et présentée à Marseille.

L'étude s'est attelée à évaluer la faisabilité tant technique qu'économique d'un gaz totalement renouvelable, prenant en compte les trois filières de production existantes. La première d'entre elles est la méthanisation, il s'agit en fait du processus naturel de dégradation de la matière organique. Deuxième filière : la pyro-gazéification, qui consiste à chauffer des déchets, essentiellement du bois, à des températures pouvant aller jusqu'à 1 200 ℃. Enfin, le power-to-gas consiste en l'électrolyse de l'eau, grâce à de l'électricité renouvelable.

Quatre scenarii écologiquement durables ont été envisagés, chacun mobilisant, dans des proportions variées, ces trois filières. Conclusion : quel que soit le cas de figure considéré, avec une demande évaluée entre 276 et 361 TWh, il devrait être possible, en 2050, de couvrir tous les besoins par du gaz renouvelable, la capacité totale de production atteignant 460 TWh. De quoi éviter la production de 63 méga tonnes de CO2, soit 20 % des émissions de 2015 en France. Le tout pour un coût global de 120 euros par MWh. "Si l'on compare cela à l'évolution du coût du gaz fossile, en prenant en compte la hausse de la taxe carbone, on serait dans le même ordre de grandeur", relativise Gaëlle Rebec, directrice régionale de l'Ademe Provence-Alpes Côte d'Azur.

Une essentielle complémentarité entre gaz et électricité renouvelables

SI l'étude se veut exploratoire - "ce n'est pas une recherche d'optimum technico-économique" - elle s'appuie tout de même sur certains prérequis. Parmi eux, l'adaptation du réseau de distribution vers un système plus décentralisé pour un coût d'environ 2 milliards d'euros ; coût que le transporteur et gestionnaire de réseaux GRTgaz affirme pouvoir absorber.

Autre élément considéré : "la complémentarité entre le vecteur gaz et le vecteur électricité", un "élément déterminant pour avoir une France qui dépende d'un mix 100 % renouvelable pour son énergie", insiste Gaëlle Rebec avant d'évoquer les limites de l'étude.

 "Ce qui n'est pas mesuré ici, ce sont les externalités positives. L'indépendance énergétique offrirait en effet de nouvelles opportunités et un gain d'attractivité aux territoires ruraux. Il y a aussi du potentiel en matière d'emploi et de balance commerciale". Des éléments que devraient évaluer plus précisément de prochains travaux.

Et la région dans tout ça ?

Mais en 2018, où en sommes-nous ? "Aujourd'hui, la production de gaz renouvelable s'élève à 10 TWh. C'est autant que celle des éoliennes en 2020", assure Georges Seimandi, Délégué territorial GRTgaz. Et de se réjouir : "Nous pouvons compter sur le biométhane aujourd'hui".

Une filière qui devrait effectivement largement se développer dans le nord de la France, un peu moins en région Provence-Alpes Côte d'Azur. A l'inverse, "le power-to-gas y serait très important", affirme-t-il, "ce n'est pas un hasard si la première installation de cette filière s'est faite ici. Cela s'explique par le niveau d'ensoleillement car le power-to-gas a besoin d'électricité photovoltaïque ou éolienne". En effet, le potentiel estimé de cette filière en 2050 s'élève à 7 TWh en région, contre 5,4 pour la pyro-gazéification et 4 pour la méthanisation. Soit un potentiel global de 17 TWh, pour une demande estimée entre 15 et 20 TWh. "Mais c'est l'échelon national qui importe : si une région produit beaucoup d'énergie, elle peut l'exporter vers d'autres", précise Jean-Luc Cizel, directeur Méditerranée clients et territoires chez GRDF.

Pour l'heure, le temps est à l'expérimentation et aux projets, à l'instar de Jupiter 1000, précurseur français dans le power-to-gas, porté par GRTgaz à Fos-sur-mer. "Il s'agit d'un projet de démonstration" précise Paul Lucchese, directeur adjoint de Capenergies, "il produira seulement quelques centaines de KWh". Le power-to-gas, une opportunité qui permettrait non seulement de créer de l'énergie, mais aussi "des produits à forte valeur ajoutée. Par exemple, dans certains pays où le photovoltaïque est peu cher, de 2 à 3 centimes le KWh comme c'est le cas au Chili, on peut produire, en plus du gaz de synthèse, des produits chimiques comme l'ammoniac ou bien des carburants. C'est une tendance internationale. Ici, on a de beaux projets, mais il faudrait passer à des échelles beaucoup plus grandes", au sein d'"un cadre règlementaire national et européen incitatif".

Mais c'est dans le domaine du biométhane que les technologies sont les plus avancées à ce jour. En Provence-Alpes-Côte d'Azur, environ 45 projets sont sur les rails et produisent déjà 1 TWh sur les 17 nécessaires pour couvrir la demande. Et Jean-Luc Cizel de citer quelques exemples : "A Apt, on produit des fruits confits. Pour cela, on n'utilise qu'une partie du fruit. Le reste est utilisé pour la méthanisation. Des avancées sont également considérables au niveau de la méthanisation des boues de stations d'épuration, comme à Sormiou, à Marseille".

Une association pour fédérer les acteurs

Toutefois, pour avancer vers une énergie plus soutenable et lutter efficacement contre les gaz à effet de serre, "il faut une action collective entre les pouvoirs publics, les opérateurs du réseau ou encore le monde agricole", affirme le directeur Méditerranée de GRDF.

D'où le lancement en novembre prochain d'une association nommée Méthasynergie et qui se chargera d'aider les porteurs de projet du territoire. "C'est important dans une région où jouer ensemble n'est pas si simple que ça". Autre chantier que pourrait soutenir la future structure : celui du recyclage des déchets urbains putrescibles. "En région ce n'est pas fait concrètement", observe Gaëlle Rebec, "il faudrait une autre manière d'organiser le tri et de communiquer auprès des citoyens. Méthasynergie pourrait accompagner les collectivités à cette fin", pour passer du potentiel à la réalité.

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