La Russie, nouvel axe de développement business pour la Côte d'Azur ?

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(Crédits : DR)
La naissance d'un Club France Russia orienté affaires semble sonner comme un tournant dans les relations entre les deux destinations. Où il est moins question de tourisme mais beaucoup plus d'implantations et d'échanges de talents. Et où beaucoup reste à faire.

L'appétence des Russes pour la Côte d'Azur n'est pas nouvelle et l'Histoire - outre la présence ces dernières années d'investisseurs immobiliers - est là pour le prouver. Incontestablement, le département et ses atouts naturels ont su séduire l'homme d'affaires russe, mais jusqu'à présent bien plus d'un point de vue touristique que business.

Structuration d'un potentiel

C'est pourtant bien vers cet axe précis que le Club Business France Russia, né il y a quelques jours à Nice, compte développer. Comme souvent, il est né d'une constatation, celle du statut souvent complet des avions de ligne reliant la capitale de la Côte d'Azur et celle du pays des tsars. Cette constatation c'est Laurent Merengone qui l'a fait. Chef d'entreprise, actif dans le secteur immobilier, voyageant entre les deux destinations, il imagine alors tout le potentiel que pourrait constituer un réseau mettant en relation les businessmen d'un côté comme de l'autre. Restait à structurer l'idée.

Chose faite donc avec le Club Business France Russia. Et l'aide évidemment active voire indispensable sur le sujet de la Chambre de commerce et d'industrie franco-russe (CCIFR), notamment pour tout ce qui concerne l'aide aux entreprises désireuses de s'exporter ou de dénicher des opportunités.

Climat favorable, mentalités nouvelles

Il faut dire aussi que le climat des affaires s'est amélioré. "Depuis un an, le contexte politique est moins tendu entre la France et la Russie. Et depuis la Coupe du monde qui s'est déroulée cet été, les relations se sont normalisées", note Laurent Merengone. D'autant que "l'appétence est réelle" même si les idées préconçues restent à gommer, notamment celles liées au système juridique russe par exemple, qui "existe, avec des règles qui encadrent", tient à rassurer Laurent Merengone.

Et si idées préconçues il faut combattre, c'est aussi du côté français, ainsi que le développe Dmitri Demidenko, vice-président de la CCIFR. "Le marché russe a beaucoup changé, ce n'est plus celui des années 2000. Il est plus compétitif. Les opportunités sont réelles, ce qui est d'origine française est bienvenu. Les entreprises françaises doivent comprendre qu'il faut s'implanter localement, ouvrir des filiales, des bureaux, travailler de façon plus étroite avec les entreprises russes". Autrement dit ne pas faire trois petits tours et puis s'en vont.

Quelles compétences ?

Bien sûr, il y a des freins malgré tout. L'image d'une fiscalité peu rassurante continue par exemple de coller à la peau de la France, même si son image est favorable.

Mais c'est surtout que le potentiel existe bel et bien. Avec 280 millions de russophones dans le monde et 140 millions en Russie, il y a de quoi faire et de quoi contenter. Surtout que les besoins sont réels.

"La Russie doit développer son industrie" souligne Laurent Merengone. Notamment son industrie agro-alimentaire, pour laquelle elle manque de savoir-faire.

"Les compétences en agro-alimentaire sont appréciées", confirme Dmitri Demidenko, tout comme ce qui est lié à l'énergétique ou à la technologie, le vice-président de la CCIFR insistant sur la capacité de la Russie à fournir des ingénieurs de haut niveau.

"34 entreprises du CAC 40 travaillent déjà en Russie", poursuit Dmitri Demidenko qui reconnaît aussi que pour les PME c'est un peu plus complexe, le pays ne faisant pas partie de l'Union européenne. Pour autant, "les petites et moyennes entreprises doivent comprendre que ce n'est pas si compliqué et que s'il y a volonté, il y a une possibilité".

Liens à tisser

Côté azuréen, le potentiel est tout aussi réel mais tout autant à faire prospérer. Selon l'observatoire Sirius de la Chambre de commerce et d'industrie Nice Côte d'Azur, une trentaine d'établissements russes sont installés sur le territoire, la meilleure représentation étant Aéroflot. "Nous partons de loin, mais l'intérêt est partagé", indique Cyril Dary expert en développement international notamment, au sein de Team Côte d'Azur, l'agence de développement économique. Le club business France Russia va forcément "relancer un lien direct" entre les deux pays. Et d'ailleurs, des projets d'implantation ont déjà été identifiés même s'ils demeurent confidentiels pour l'heure. D'ailleurs ce sont les compétences en matière de smart city qui pourraient bien, selon Cyril Dary, constituer un axe de coopération fort entre la Russie et la Côte d'Azur, la première ayant été favorablement impressionnée par l'expertise du territoire azuréen en la matière. "La Russie a découvert la Côte d'Azur technologique", estime l'expert de Team Côte d'Azur qui rappelle que l'un des critères d'implantation ce sont justement les talents. Si donc les ingénieurs russes trouvaient entreprise à leur pied en Côte d'Azur ou s'engageaient dans des cursus de formation, cela contribuerait à l'attrait d'entreprises russes sous le ciel maralpin. "C'est un processus long mais envisageable". L'IMREDD, l'institut méditerranéen du risque et du développement durable a vocation à développer sa chaire industrielle, "des passerelles sont sans doute à tisser", ajoute Cyril Dary. "Pour favoriser le business, il faut encore travailler afin d'attirer les investisseurs", prévient Dmitri Demidenko. Faire comprendre que l'on peut joindre l'utile des affaires à l'agréable des conditions climatiques. Et comme l'indique d'ailleurs Cyril Dary, l'avantage en forme de cerise sur le gâteau c'est "la connexion directe avec Moscou" via l'aéroport Nice Côte d'Azur. Un atout qui pèse bien de tout son poids.

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