Ce que les industriels attendent de l'implantation d'ECAM-EPMI à Grasse

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(Crédits : Alexpli - Fotolia)
Enedis, GRDF et Acri sont les trois premières entreprises partenaires de l’école d’ingénieurs francilienne qui accueillera dans la Cité des Parfums ses premiers étudiants à la rentrée 2019 avec un cursus orienté autonomie énergétique et ville du futur. Une thématique

"Nous en rêvions, c'est aujourd'hui presque fait !" Ainsi se réjouit Jean-Pierre Rozelot. Il faut dire que le président du Conseil de développement de la communauté d'agglomération du Pays de Grasse et n°2 de l'antenne azuréenne d'IESF (société des ingénieurs et scientifiques de France) travaille depuis deux ans à l'implantation sur Grasse de l'école d'ingénieurs ECAM-EPMI, multipliant les échanges avec les acteurs académiques et industriels locaux pour les associer à un projet territorial qui vise à terme l'autonomie énergétique. "C'est le préalable à toute implantation, s'inscrire dans un projet de développement de territoire structurant soutenu par les politiques, les enseignants-chercheurs et les entreprises, en l'occurrence ici, sur les thématiques de la transition énergétique et de la ville du futur", explique Moumem Darcherif, directeur général de l'école d'ingénieurs basée à Cergy Pontoise (95) où sont accueillis près de 800 étudiants. Créée en 1992 à l'initiative de quatre grands groupes industriels (EDF, Schneider, Philips, PSA) et l'Institut Catholique de Paris, c'est donc à Grasse que ECAM-EPMI inaugure sa stratégie de déploiement national et international avec l'installation, en septembre 2019, d'une première promotion de classe préparatoire intégrée d'une vingtaine d'élèves. Laquelle débouchera, d'ici à 2025, sur un cursus mixant formation initiale et alternance de cinq à six ans selon les spécialisations et l'intégration de 200 étudiants supplémentaires.

Des ressources et des compétences

Une école "pensée pour et par les entreprises", "qui développe une pratique pédagogique agile" où l'apprentissage tient bonne place "sur des thématiques qui répondent à nos principales préoccupations", voilà ce qui a motivé GRDF à nouer un partenariat avec ECAM-EPMI, souligne Grégory Bertrand, directeur territorial du distributeur de gaz naturel. Et ce, dans une région où le déficit d'ingénieurs est patent. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. "On compte en moyenne en France environ  6000 étudiants-ingénieurs par académie régionale. En région Sud Provence Alpes Côte d'Azur, ils sont  1700", avance Alexandre Caminade, directeur de Polytech Nice Sophia, pour qui former des jeunes dans le domaine des énergies renouvelables et de la ville intelligente, "c'est préparer l'avenir, surtout dans le contexte d'urgence environnementale que l'on sait et que le dernier rapport du GIEC a une nouvelle fois souligné". "L'enjeu, renchérit Carole Ory, directrice territoriale d'Enedis, l'autre grand compte lié au nouvel établissement d'enseignement supérieur, est de maintenir et de développer ces compétences sur le territoire afin d'alimenter et de faire progresser la filière énergétique dans son ensemble, des métiers traditionnels à ceux de demain."

Des projets de recherche industriels

Si, selon la représentante azuréenne du gestionnaire de réseaux électriques, "l'approche n'est pas qu'industrielle", elle l'est quand même aussi beaucoup pour l'entreprise engagée dans plusieurs chantiers smart city. Aussi deux axes de travail ont-ils été définis avec ECAM-EPMI, sur lesquels plancheront étudiants-ingénieurs et chercheurs. A savoir, "l'autoconsommation collective sur l'ensemble des bâtiments communaux de Grasse et l'accompagnement de la commune dans la mise en œuvre de l'écoquartier Martelly". Un projet de restructuration urbaine d'envergure imaginé par l'architecte Jean-Michel Wilmotte qui vise à redynamiser ce périmètre d'entrée de ville de 22 100 m² en y créant logements, commerces et loisirs. Pour GRDF, les recherches porteront sur l'hybridation des systèmes énergétiques, le développement et le stockage de gaz renouvelable ou encore la production décentralisée d'électricité à partir de gaz. "Il s'agit de façonner un modèle énergétique duplicable à partir des spécificités grassoises", indique Grégory Bertrand. Entendre, une ville-laboratoire à l'empreinte historique forte, au patrimoine remarquable et dont la topographie constitue à elle-seule un défi.

Les PME aussi

Aux côtés des mastodontes Enedis et GRDF, la PMI Acri a elle-aussi signé un accord-cadre avec l'école. Basée à Sophia-Antipolis, elle est spécialisée dans l'ingénierie et la recherche pour les secteurs du maritime et du spatial, notamment à travers le développement de modèles mathématiques et physiques dédiés à l'observation, la surveillance, l'analyse et la prévision de phénomènes géophysiques à partir de données satellitaires. "Le spatial, l'énergie et l'environnement sont intimement liés. C'est pourquoi nous nous sommes rapprochés de l'école pour susciter des vocations et développer des expertises pluridisciplinaires", explique sa directrice générale Odile Fanton d'Anton qui emploie 80 scientifiques dont une majorité de docteurs. "Nous allons lancer une thèse dans le domaine des énergies nouvelles et contribuer à créer dans le centre historique de Grasse un Créative Lab où seront mis à disposition des outils de simulation expérimentaux et numériques". Autant de "synergies bénéfiques au territoire", dixit Moumen Darcherif, qui pourraient toutefois aller au-delà de la seule problématique énergétique et englober le domaine d'études de l'e-santé. Et donc intéresser de nouvelles entreprises.

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