Ellen MacArthur : "L'économie est comme un bateau naviguant en solitaire"

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(Crédits : DR)
Ambassadrice de l'économie circulaire, la navigatrice britannique en a fait l'objet même de sa Fondation, créé en 2009. Une façon de continuer à sillonner les quatre coins du globe, mais désormais pour porter la bonne parole, notamment en contribuant à la lutte contre l'utilisation à outrance du plastique. Ce qui vient d'ailleurs de lui valoir une distinction, une Grande Médaille Albert 1er remise par l'Institut océanographique de Monaco.

De toute grande aventure en naît souvent une seconde. Parfois, les contours ne s'en dessinent qu'avec le temps, même si les prémices sont bel et bien là. Lorsque Ellen MacArthur remporte le tour du monde à la voile en solitaire en 2005, battant le record mondial, elle ne sait pas encore tout à fait que cette extraordinaire expérience va servir de terreau pour une autre aventure. Pourtant, c'est bien au cours de ce périple que la navigatrice britannique va se rendre compte que "quand on part aussi loin, pour aussi longtemps, il faut tout avoir avec soi". C'est-à-dire prévoir ce que seront les besoins mais pas seulement. "On réalise aussi que l'on tout ce que l'on a avec soi constitue ses ressources et que ces ressources sont limitées". Une prise de conscience qui va au-delà des nécessités que le sport en solitaire exige. Car c'est là qu'Ellen MacArthur fait exactement le lien entre la course en solitaire et les potentialités de la planète Terre ce qui lui fait dire en résumé que "l'économie c'est comme un bateau". On ne dispose que ce dont on possède à bord.

Si à l'époque, "j'ai bien essayé d'oublier" cette prise de conscience et de la mettre dans un coin de son cerveau, l'idée taraude Ellen MacArthur au point que la navigatrice entame des recherches sur le comment de l'utilisation des ressources. "L'ensemble des discours portaient sur moins gaspiller, comment moins utiliser l'énergie mais cela n'est pas la solution ! C'est une façon de gagner du temps. La vraie question, c'est quel modèle économique peut fonctionner ?"

Cap à maintenir

La navigatrice qui se posait des questions devient la navigatrice qui porte un combat et une philosophie. Et qui trouve une raison d'être pour créer sa propre Fondation, en 2009. "Tous les produits sont conçus pour rester tels quels, même après la fin de leur utilisation", déplore Ellen MacArthur qui aimerait que les cycles de vies soient pensés en intégrant le recyclage comme élément logique. Prenant l'exemple du smartphone qui, son temps de vie dépassé, laisse son propriétaire dans l'embarras de l'après. Le revendre ou le ranger dans un tiroir ? Alors que "si l'on met le cap sur l'économie circulaire, ce même smartphone est repris par son constructeur et reconditionné. On passe d'une ligne droite à une grande boucle. Tout ce qui est biodégradable régénère le capital naturel".

Porter la bonne parole c'est bien mais comment la faire partager par le plus grand nombre et surtout par ceux qui sont au sommet de la chaîne ? "Tous comprennent ce qui se passe en mer", dit Ellen MacArthur. "Notre travail consiste à aller voir les fabricants, à les inciter à opter pour des solutions de remplacements qui peuvent fonctionner. Oui, il est important de changer, mais le plus important est de tout modifier depuis l'étape de conception", argumente Ellen MacArthur, chiffres à l'appui, notamment tirés du rapport "Pour une nouvelle économie des plastiques", réalisé par sa Fondation. "53 % des emballages plastiques en Europe pourraient facilement être recyclés. 95 % de la valeur des matériaux d'emballages sont perdus chaque année. Et seuls 14 % des emballages plastiques sont collectés pour être recyclés". La prise de conscience des personnalités médiatiques sur le sujet est évidemment une très bonne façon d'apporter un focus supplémentaire. Au cours de l'été nombre d'entre elles ont postés des messages en ce sens sur les réseaux sociaux, faisant état de la présence de plastique en mer. Sur ce point précis, "150 millions de tonnes de plastiques sont contenus par les océans aujourd'hui", rappelle Ellen MacArthur. Et si rien n'est fait pour changer, d'ici 2050, on comptera en mer plus de plastique que de poisson.

Lutte contre les habitudes... et la montre

Tout ceci facilite-t-il alors le passage à l'action par les industriels ? "Il y a un momentum", reconnaît Ellen MacArthur dont le travail de sensibilisation va du PDG de multinationale, au membre de gouvernement en passant par les maires. Dans ce contexte de tentative de dénicher des solutions qui apporteraient des réponses aux problématiques, bien sûr que la recherche a son rôle à jouer, "pas uniquement sur le produit lui-même, mais sur les matériaux, sur les business-modèles. C'est un système entier qui doit être réaligné".

S'il fallait retenir une donnée en matière de potentiel économique qu'apporte l'économie circulaire ce serait celui donné par l'étude Growth Within publiée en 2015, qui fait état d'un avantage économique total de 1 800 milliards d'euros par an au niveau européen si mobilité, environnement bâti et alimentation adoptaient ce nouveau modèle.

"Le concept d'économie circulaire est compris mais le mettre en place est un processus qui prend du temps". Pas trop, si possible.

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Commentaires
a écrit le 26/10/2018 à 15:51 :
"La prise de conscience des personnalités médiatiques sur le sujet est évidemment une très bonne façon d'apporter un focus supplémentaire. Au cours de l'été nombre d'entre elles ont postés des messages en ce sens sur les réseaux sociaux,"

Voilà une mentalité très médiatique, quand ce sont pas eux qui donnent les infos sur le net ce sont des fakes news et quand c'est eux c'est forcément pour l'intérêt de l'humanité...

On se moque de nous.

"Hormis un héritage encore important, mais destiné à se réduire toujours, de livres et de bâtiments anciens, qui du reste sont de plus en plus souvent sélectionnés et mis en perspective selon les convenances du spectacle, il n’existe plus rien, dans la culture et dans la nature, qui n’ait été transformé, et pollué, selon les moyens et les intérêts de l’industrie moderne." Debord

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