Comment Fleurs d’Exception ressème la filière des plantes à parfum à Grasse

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(Crédits : DR)
Créée en 2008, l’association regroupe à ce jour treize jeunes producteurs de plantes à parfum qui oeuvrent pour redynamiser un secteur au bord du gouffre il y a encore dix ans. Foncier, R&D, ressources humaines, tous les fronts sont ouverts...

Il fut un temps, pas si lointain, où Grasse n'était plus vraiment Grasse. Urbanisation galopante, explosion des produits de synthèse, concurrence des productions lointaines, moins chères en main-d'oeuvre... Autant de raisons qui, au cours du XXe siècle, ont accéléré le déclin de la culture de fleurs à parfum, malgré un terroir exceptionnel et un savoir-faire cultivé depuis plus de 300 ans. Aux 5000 tonnes produites annuellement dans les années 1940, ne restait plus qu'une centaine de tonnes, toutes fleurs confondues, au début des années 2000. La messe semblait être dite... Mais c'était sans compter sur une poignée d'irréductibles producteurs. Jeunes, motivés, passionnés, néocultivateurs ou issus du sérail, ils ont créé voilà maintenant une décennie, avec le soutien du Club des entrepreneurs et de la communauté d'agglomération, l'association Fleurs d'Exception du Pays de Grasse (FEPG) pour redonner vie à la filière et trouver des débouchés à ces roses, jasmins, iris, géraniums et autres tubéreuses si emblématiques de la Ville des parfums. Et puisque les industriels n'étaient plus demandeurs, autant se tourner directement vers les parfumeurs...

Regagner la confiance

Sur le modèle de Chanel qui, dès les années 80, avait noué un partenariat exclusif avec la famille Mul de Pégomas pour le jasmin et la rose centifolia, petites et grandes maisons de parfums, comme Dior, Vuitton ou encore Micalleff, se sont engagées tour à tour à partir des années 2010 auprès des producteurs de l'association à acquérir en exclusivité leur production, sécurisant ainsi leur plantation et leur permettant d'investir sur le long terme. Les industriels locaux, Mane et Robertet en tête, ont suivi. La dynamique était ré-enclenchée. "Il a fallu recréer la confiance", confie Armelle Janody, présidente de FEPG et productrice de roses à Callian, "la confiance en la qualité de notre terroir, de notre savoir-faire". Et pour ce faire, "se montrer à la hauteur de la qualité de nos fleurs en repensant la production en agriculture biologique et en élaborant une charte RSE stricte".

Résoudre la problématique du foncier

A ce jour, treize producteurs, représentant une trentaine d'hectares sur le périmètre historique de la culture de plantes à parfum, de Vence (Alpes-Maritimes) jusqu'au canton de Fayence (Var), ont ainsi contractés avec des industriels ou parfumeurs, dont huit avec le groupe LVMH. Parmi eux, Anne Caluzio et Maurin Pisani, exploitants depuis dix mois du Domaine de La Colle Blanche qui s'étend sur 1,4 hectare à Plascassier, où ont déjà été planté 3 000 pieds de jasmin. Le terrain a été acquis pour 650 000 euros en 2017 par la SAFER PACA, l'opérateur foncier du monde rural, et placé sous le giron de la SCIC Terre Adonis, pour permettre aux producteurs candidats, soutenus par FEPG mais pas par les banques, de l'exploiter en attendant de pouvoir le racheter. Un dispositif inédit et innovant qui sonne comme une réponse à la problématique d'un foncier rare et cher et illustre cette confiance retrouvée, chère à l'association, en "donnant la possibilité de s'installer sans avoir à porter le poids du foncier ni les prêts à rembourser", souligne sa présidente.

Aromatic FabLab

FEPG ne s'attaque pas pour autant qu'à la seule problématique du foncier. "C'est un frein important, mais il est loin d'être le seul". Ainsi en est-il du déficit de plans que l'association entend pallier au travers de son Aromatic FabLab. Un outil de 9 000 m², basé à Mouans-Sartoux, ouvert à tous les producteurs de plantes à parfum et financé à hauteur de près de 200 000 euros par l'agglomération du Pays de Grasse, le Département, la Région ainsi que des mécènes privés issus du secteur. Il se présente comme un espace de production de plans mais aussi de R&D sur des espèces endémiques et exotiques et de transmission des savoir-faires traditionnels. "Les premiers porte-greffes de rosier centifolia ont été plantés ce printemps et une serre sera érigée en novembre pour accueillir des plans de jasmin. Une deuxième sera prochainement dédiée à la tubéreuse, plante qui a peu ou prou disparu du territoire", détaille Armelle Janody. Laquelle espère rapidement compléter le FabLab d'un volet "transformation de la matière première" en le dotant d'outils de séchage et de distillation pour réaliser des hydrolats (eaux florales).

Pass Saisonnier

Autre problématique adressée, la difficulté à trouver une main-d'oeuvre qualifiée et disponible pour les récoltes. D'où la mise en place au printemps dernier d'un Pass Saisonnier en collaboration avec Pôle Emploi. "L'idée est de constituer un vivier de personnes qualifiées, formées à la cueillette des fleurs mais aussi des olives, des fruits et légumes et de la vigne pour leur permettre de travailler, de plantations en plantations, toute l'année ou presque". Et FEPG d'avancer ainsi de front "afin de répondre conjointement à toutes les problématiques que rencontrent la filière", soutenue dans sa quête par la municipalité. Laquelle va acter le 6 novembre prochain la révision de son PLU, où 72 hectares de zone urbaine seront sanctuarisés et réservés à l'agriculture et à la culture de fleurs à parfum. Pour que Grasse conserve une bonne fois pour toute sa signature olfactive...

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