L'industrie du futur, entre volonté affichée et freins à lever

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(Crédits : Nguyen Huy Kham)
Présentée comme le Saint Graal, poussée par les industriels eux-mêmes, elle est surtout un véritable challenge pour les entreprises du secteur. Si l'industrie doit inévitablement montrer son nouveau visage – plus innovant, plus socialement responsable, plus exportable – elle doit aussi faire sauter des verrous, même et surtout en interne. Un défi dans le défi.

Alors que La Tribune organise des Grands Prix dédiés à Nice ce 8 novembre, que le Coq Bleu de la French Fab porte haut le cocorico français et que l'Usine extraordinaire s'apprête à  investir le Grand Palais à Paris, l'industrie du futur apparaît comme un concept simple et efficace. Sur le papier assurément. Dans la réalité, peut-être un peu moins. Car on ne prend pas le virage du futur en aussi peu de temps qu'il faut pour le dire. Surtout que l'industrie du futur ce n'est pas un concept, c'est une démarche globale. Si nul ne conteste le fait que l'industrie doit être capable de montrer qu'elle n'est pas telle qu'on l'a toujours imaginée, y entraîner les industriels eux-mêmes n'est pas aisé et fait face aussi à des écueils.

Parce que travailler sur l'image de marque et faire prendre le virage de l'industrie du futur aux PMI, ce n'est pas tout à fait pareil.

Sur l'image de marque, l'avis est unanime, l'industrie n'a plus rien à voir avec l'image triste et pénible qu'on lui a prêté jusqu'alors. Comme tout autre secteur, le numérique est passé par là, via du logiciel ou de la fabrication additive par exemple. Des métiers nouveaux se sont créés, d'anciens se sont transformés. Sauf que ça ne se sait pas. Ou très peu. En tout cas, pas assez, de la part pêle-mêle des parents, des jeunes, du corps enseignant aussi. Le travail sur l'image de marque est donc une étape importante dans le dispositif "l'industrie change".

Mais le challenge est à double détente. Si nombre d'entreprises s'inscrivent pleinement dans ce que l'on appelle l'industrie du futur, si pour certaines c'est naturel, pour d'autres c'est un peu comme M. Jourdain et la prose, il ne faut pas oublier celles qui rechignent à voir changer leur modèle. Tout le défi de l'industrie du futur est là.

Prendre un industriel par la main...

Et c'est bien ce que dit Daniel Sfecci. Aux manettes présidentielles de l'UIMM06, l'industriel azuréen pousse pour exhorter les entreprises à oser faire le pas. Au point d'avoir mis au point depuis plus d'un an déjà, un programme, baptisé Industrie 4.06, dédié à l'accompagnement des industriels vers l'industrie du futur en appui avec la CCI Nice Côte d'Azur, notamment en établissant un diagnostic qui pointe en amont les manques avant d'aider au passage à l'action. Mais le président de l'Union des Industries et des Métiers de la Métallurgie maralpine pointe une réalité, celle qui voit 96 % des entreprises "avoir du mal à se projeter vers l'industrie du futur". Pourtant, comme Daniel Sfecci le souligne, il n'est pas uniquement question "d'investissement pur en outil mais aussi d'une approche managériale et humaine". Pour autant, donc d'enthousiasme débordant sur le terrain il n'est pas ressenti. D'autant que les jeunes générations sont clairement davantage attirées par la startup et qu'elles "n'ont pas envie de se faire mal". Comprendre de s'engager dans une filière en pleine mutation où tout enthousiasmante soit-elle, cette mutation n'est pas aisée.

Assurément, prendre le virage demande du temps pour être véritablement et proprement négocié. Pour autant les outils pour y arriver existent. A Marignane, Team Henri-Fabre est lui aussi dans cet accompagnement vers l'industrie du futur en mettant à disposition des industriels des plateformes, des formations qui vont dans le sens d'un changement de modèle ou d'échelle. Et comme l'explique son directeur général, Stéphane Magana, "le point de départ c'est le besoin de l'industriel". C'est aussi "accompagner les entreprises de l'industrie classique qui sont loin des acteurs du numérique".

L'un des enjeux que les entreprises récalcitrantes à aller vers l'industrie du futur doivent bien considérer c'est l'aspect augmentation de plus-value. C'est ce qu'explique Max Blanchet, managing director chez Accenture Strategy pour qui il est tout à la fois question d'amélioration de la performance avec une rotation de l'actif non négligeable, d'élimination de tâches fastidieuses, "homme et l'intelligence artificielle constituant un ensemble plus performant" sans oublier l'engagement vers le client, meilleur grâce à une rapidité de mise sur le marché des produits bien appréciable.

Pas l'éloge de la lenteur

Certes, Max Blanchet le reconnaît, une étude menée par Accenture auprès des groupes industriels démontre que sur la quarantaine de solutions axées industrie du futur, seules 20 % d'entre elles sont mises en œuvre. Autant dire que ce pourcentage n'est certainement pas plus élevé dans les PME... "Ça va prendre du temps, ça avance par petits pas mais dans peu de temps, il y aura véritablement une différence entre les entreprises qui se sont engagées dans l'industrie du futur et les autres". Alors que l'Alliance Industrie du Futur et son président, Bruno Grandjean militent - entre autres - pour une fiscalité qui soit en adéquation avec la volonté gouvernementale de donner essor à l'industrie du futur, Daniel Sfecci rappelle qu'un chef d'entreprise méfiant est un chef d'entreprise qui ne se projette pas et donc n'investit pas. A fortiori encore moi dans les outils pour aller vers l'industrie de demain. Le président de l'UIMM06 espère aussi que le programme Industrie 4.06 pourra prendre l'ampleur régionale qui a tout son sens. Mais malgré les points noirs, c'est l'espoir qui demeure. Parce que l'industrie du futur, sans en avoir l'air, attire des filières aussi variées que l'agro-alimentaire, la mécanique ou le BTP. L'IA ou la blockchain, thème central d'Industria 2018, le rendez-vous des industriels des Alpes-Maritimes qui se déroule jusqu'à ce mercredi 7 novembre, sont aussi porteurs de promesse. "Les différentes briques sont à la portée des différentes granulométrie d'entreprises". Mais l'industrie du futur ne pourra être réalité que si tous les acteurs jouent collectif. Sur le sujet, même si la formule peut paraître érodée, les avis sont unanimes. Acteurs politiques, économiques doivent "se donner la main", martèle Daniel Sfecci. Parce que en industrie comme ailleurs, "l'intérêt général est primordial".

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