A quoi servent les financements de l’Agence de l’eau ?

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(Crédits : DR)
L’antenne Rhône Méditerranée Corse de l’établissement public présente une enveloppe de 2,6 milliards d’euros sur 5 ans pour financer des projets ou actions visant à améliorer la qualité et la disponibilité de l’eau. Pour son onzième programme, elle s’occupe également de la préservation de la biodiversité.

Laurent Roy a déjà vu plusieurs fois la vidéo promotionnelle. Le directeur de l'agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse le sait, sa structure travaille sur un nouveau programme tous les six ans et répète les interventions pour le présenter à travers son bassin, soit "un presque un quart du territoire national", souligne-t-il. Pour son 11e programme, l'établissement public prévoit une enveloppe de financement de 2,6 milliards d'euros sur la période 2019-2024. De l'argent issu des redevances d'eau et qui vise à subventionner les projets visant à améliorer l'état de l'eau et du monde aquatique.

Parmi les priorités, l'agence épingle les actions pour poursuivre la modernisation des stations d'épuration. La seule région Provence-Alpes-Côte d'Azur en compte un peu plus d'une vingtaine qualifiés comme des "points noirs", cela peut être dû à des équipements vétustes ou sous-dimensionnés à cause de l'évolution démographique. "Le montant de la subvention peut atteindre jusqu'à 30 % des travaux, mais cela est très variable selon les cas", détaille Laurent Roy. Les grosses agglomérations ou les stations jugées prioritaires ont d'ores et déjà été traitées à l'image de Grimaud, dans le Var, où les subventions représentent quatre millions d'euros.

Economie d'eau tous azimuts

L'établissement public adapte les objectifs de son 11ème programme selon les besoins, en l'occurrence il vise notamment à favoriser la désimperméabilisation des sols pour répondre au changement climatique. "Le 10ème programme a financé 10 hectares, nous visons 100 hectares pour la période 2019-2024", détaille Gaëlle Berthaud, directrice de la délégation de Marseille.

L'Agence contribue également aux projets "d'économie d'eau tous azimuts" comme la réutilisation de l'eau traité ou encore la modification des modes d'irrigation. "Le système dit non-gravitaire permet de diviser par cinq ou 10 les volumes d'eau", avance Laurent Roy. L'amélioration des taux de rendements des canalisations, qui mesurent la perte de l'eau durant son transport, est au coeur des préoccupations.

Si les communes du littoral atteignent 85 % de rendement, le chiffre flirt plutôt avec 70 % dans les terres. Un plan dédié pour les zones de revitalisation rurales (ZRR) est prévu, permettant de subventionner jusqu'à 70 % des travaux, à condition de facturer le mètre cube d'eau à 2 euros hors taxe minimum (un euro pour l'eau potable et un euro pour l'eau d'assainissement).

La biodiversité comme nouvelle action

Les financements s'adressent aux collectivités, mais aussi aux agriculteurs, aux associations ou aux entreprises. L'agence de l'eau a ainsi contribué ainsi au développement du système de filtrage écologique de l'entreprise Alteo pour ses boues rouges, des résidus chimiques déversés dans les calanques. "D'abord nous les avons taxé, leur redevance était d'ailleurs très importante, puis nous les avons aidé à dépolluer", raconte Laurent Roy.

Les agences doivent désormais financer les actions de préservations de la biodiversité. Dans ce cadre, l'antenne Rhône Méditerranée Corse travaille sur une organisation des mouillages des bateaux et sur la restauration de l'habitat aquatique à l'image de ce qui a été fait au cap Sicié, à Toulon, avec des récifs artificiels.

Budget à la baisse

Ce nouveau programme intervient alors que les agences de l'eau voient les budgets baisser. Celui de Rhône Méditerranée Corse chute de 13 % par rapport à la période 2013-2018 alors que les effectifs sont passés de 410 à 350 personnes huit ans. "C'est le lot de tous les établissements publics", répond Laurent Roy.

Le principe de pollueur-payeur, censé financer la politique de l'eau, a par ailleurs été sévèrement mis en doute par la Cour des comptes début 2015. Les magistrats soulignent dans le document que les redevances proviennent en grande partie des usagers domestiques et s'étonnent de la part des agriculteurs. Des proportions qui n'ont pas vraiment bougé pour le programme 2019-2024 avec respectivement 73 % et 4 % des redevances. "La part des agriculteurs augmente, se défend Laurent Roy. Mais la totalité des taxes sur les produits phytosanitaires est fixée par la loi".

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