Fabrice Le Saché, le MEDEF, le numérique et la notion de proximité

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(Crédits : DR)
Venu à Nice en invité spécial des Entreprenariales, le rendez-vous des entrepreneurs organisé par l'UPE06, le vice-président et porte-parole du syndicat patronal, explique comment toute transformation – digitale mais pas que – ne s'absout pas du rapport au plus près du terrain. Et que la data, pétrole brut, est aussi un élément de croissance des entreprises, à condition de savoir en tirer la substantifique moelle.

La Tribune - La transformation numérique est indispensable. Comment les entreprises doivent-elles la pratiquer ?

Fabrice Le Saché - La transformation numérique est une transformation de proximité, à l'échelle de l'entreprise, c'est l'entreprise qui est actrice de ce changement. C'est un acte décentralisé qui doit se faire en connaissance du terrain. Le point le plus important est que l'on a basculé dans la donnée, pétrole brut de notre siècle. Il faut la forer, la raffiner et la distribuer. Cette donnée est le cœur même du modèle économique. C'est le cas par exemple de Critéo, l'une de nos plus belles licornes. Les accords Renault/Google, Casino/Amazon doivent nous interroger. La donnée pose aussi la question de la cybersécurité et de la souveraineté. Quand des villes comme Nice permettent l'open data, ça aide à stimuler la création d'entreprise. Le MEDEF aussi doit s'interroger sur son virage numérique, sur la refonte de ses outils. Il possède lui-même un patrimoine de données issues de nos 77 fédérations.

Quel doit être le rôle du MEDEF sur ces sujets ?

Le MEDEF porte une vision sur la transformation numérique et économique du pays. Le numérique représente 5 % du PIB en France quand il en représente 10% aux Etats-Unis. Nous sommes en retard. Nous devons par exemple mettre l'accent sur la mobilité de l'emploi ou créer un CFA numérique, comme cela est le cas à Lyon, pour donner un socle de compétences. Par contre si nous voulons rattraper le retard, c'est la fiscalité qui doit être modifiée car nous avons besoins de capitaux pour transformer l'industrie. La fiscalité actuelle pénalise les entreprises car la taxation se fait alors que la richesse n'est pas encore créée. Il convient aussi à veiller à ce qu'il n'y ait pas d'iniquité fiscale entre les géants du numérique et les entreprises françaises. Le monopole de certaines plateformes, notamment dans la culture, ne permet de négocier les conditions.

Geoffroy Roux de Bézieux a évoqué depuis le début de son mandat, la volonté du MEDEF d'être un MEDEF de proposition. Comment dialoguez-vous avec le gouvernement ?

Le MEDEF veut reprendre la main sur le débat public en faisant un ensemble de propositions comme cela a été le cas sur la santé au travail ou sur l'avenir des CCI. Notre unique préoccupation est d'éclairer la décision publique. Sur l'action du gouvernement, nous avons quelques préoccupations. Certaines actions - loi PACTE, lissage des seuils... - ont été positives. Mais nous sommes inquiets car beaucoup de décisions ne vont pas dans le sens pro-entreprise associé préalablement à l'image du gouvernement. Ne peut-on pas par exemple rationnaliser la dépense publique ? Les statistiques d'Eurostat annoncent un taux de 48 % de prélèvement en France. La pression fiscale s'accroît sur les entreprises. On devrait pouvoir aller à un rythme plus rapide. Nous avons des doutes sur la méthode du gouvernement. Ça se saurait si une taxe créait de l'emploi. La pénurie de recrutement touche toutes les entreprises, certaines ratent des marchés. Il faut inciter au retour à l'emploi. Nous voulons donc être un MEDEF qui propose, s'inquiète, se préoccupe et croit à l'Europe. Les protectionnismes sont des destructeurs de richesse.

Le monde entreprenarial déroule le tapis rouge aux startups. Une startup est-elle une entreprise comme une autre ?

La startup est une TPE. La différence avec une PME traditionnelle c'est sa capacité à croître rapidement. Il ne faut pas avoir la religion ou l'idolâtrie des startups. Il faut faire en sorte qu'elles deviennent des PME et des ETI, ce dont nous manquons en France.

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a écrit le 01/12/2018 à 12:48 :
Rationaliser la dépense publique et développer la transformation numérique, théoriquement cela va dans le même sens. Sauf que, la "vision" ne suffit pas et qu'il est difficile de passer au dessus des contradictions, des intérêts et des doutes des uns et des autres. Le Medef est aussi en partie responsable de cet état de fait, puisque des promesses n'ont pas été tenues ou n'ont pas donné les résultats escomptés en termes de créations d'emplois. Passons, l'essentiel est maintenant dans le projet d'avenir et le numérique est incontestablement indispensable pour s'engager dans l’économie du futur.
S'il est encore temps ?
Constituer des datas n'est déjà plus une activité novatrice, puisque sans valeur ajoutée intrinsèque, si l'on n’arrive pas à les traiter, analyser, modéliser, interpréter,...
L'essentiel est dans l'anticipation, dans l’innovation, dans le traitement de volumes importants, donc obligatoirement d'objectifs à l'international. Puisque dans les datas plus qu'ailleurs c'est une question de volume de marché potentiel et de capacités d’adaptation. D'ailleurs on se rend compte que même les GAFAM se remettent en question en permanence. Pas sûr que cela corresponde à l’état d'esprit "local" et l'on constate les difficultés à convaincre.

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