Gilets Jaunes : et les entreprises dans tout ça ?

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(Crédits : Regis Duvignau)
A l'aube d'un quatrième samedi de manifestations à Paris et trois semaines après le début des blocages, le mouvement a fini par provoquer l'ire des chefs d'entreprise, dont ceux de Provence Alpes Côte d'Azur. Et les organisations patronales avec eux.

Sensiblement, le mouvement des Gilets Jaunes a connu un point d'inflexion samedi dernier. Si au niveau national indéniablement, cela s'est grandement perçu, dans le Sud, les conséquences sont plus discrètes voire plus sournoises. Des barrages et des violences, notamment à Marseille, il y a eu. Mais après presque un mois de conflit, c'est du côté des entreprises que ça ne va pas du tout. Entre les approvisionnements notamment du côté industriel qui ne suivent plus le rythme habituel, le manque de carburant qui commence à se faire sentir, les réservations d'hôtels qui flanchent à quelques jours des fêtes de fin d'année... il y a de quoi être "inquiet". C'est d'ailleurs bien ce mot qui revient dans la bouche autant des chefs d'entreprise que des organisations patronales. "Tous les secteurs sont touchés, le commerce, le tourisme, la logistique, l'hôtellerie. Les Gilets Jaunes mettent en danger leurs propres entreprises" s'agace Philippe Renaudi, le président de l'UPE06. "Nous sommes à la fois inquiet et en colère", dit pour sa part Johan Bencivenga, le président de l'UPE13. "Inquiet parce que le conflit s'enlise et que les appels à la violence se multiplient sur les réseaux sociaux. Inquiet parce que le mois de décembre est le mois le plus important pour l'ensemble du monde économique" et qu'évidemment ce sont les chiffres d'affaires et pour certaines entreprises, leur survie qui sont en jeu.

Un manque qui se mesure déjà

A la CCI Nice Côte d'Azur, on comptabilise les baisses d'activité. L'enseigne Carrefour par exemple, basée entre autres à Antibes enregistre -60 % de fréquentation, au Marché d'Intérêt National de Nice l'approvisionnement et les achats ont chutés de 15 %. C'est aussi l'approvisionnement qui manque aux commerces de centre-ville et plus généralement en produits frais.

Dans le Vaucluse, c'est même 50 % de l'activité économique totale qui est en baisse. "S'il ne revient pas à la CCI de s'exprimer sur la légitimité d'un mouvement, il est évident que nous sommes inquiets concernant les chiffres d'affaires de cette fin d'année", dit Jean-Pierre Savarino, le président de la CCI NCA.

Assez logiquement, les différentes Chambres de commerce et d'industrie ont activé des cellules de soutien, comme dans le Pays d'Arles ou dans le Vaucluse alors qu'à Nice Côte d'Azur, un guichet unique pourrait être mis en place dès cette fin de semaine après rencontre des différents acteurs économiques chez le Préfet des Alpes-Maritimes, François-Georges Leclerc. Dans les Bouches-du-Rhône, l'UPE 13 l'a déjà rendu actif.

Montée au créneau

Si comme le souligne Jean-Pierre Savarino, dans les Alpes-Maritimes, il ne semble pas que des mesures de chômage technique aient encore été décidées, Johan Bencivenga redit sa "colère", ne comprenant pas que "dans un pays le plus taxé d'Europe, on puisse générer un sentiment d'injustice chez les entrepreneurs".

Pas moins inquiet Philippe Renaudi dit cependant, que "ce n'est pas le SMIC qu'il faut augmenter, mais les charges qu'il faut baisser. En augmentant les salaires, on augmente le coût de la vie. Il faut une baisse du social, il faut redonner du pouvoir d'achat".

Directeur de Déménagement Peysson à Aix-en-Provence, Michel Garcin voit au quotidien son activité être perturbée par les blocages sur la route, avec pour conséquence - outre de n'avoir été livré que de 1 500 litres de carburant contre les 5 000 litres attendus - celle de retards dans l'organisation de ses déménagements, or, "c'est la vie de familles que nous avons dans nos camions. Certains clients comprennent nos aléas, d'autres pas".

Et maintenant ?

Et Michel Garcin de dire ne pas comprendre que les organisations syndicales ne montent pas davantage au créneau. "Les syndicats ne bougent pas alors que les augmentations de taxes que nous subissons seront répercutées sur le client". Et  d'ajouter que pour le glyphosate, "on a bien su faire un compromis sur trois ans. Alors pourquoi pas le carburant ? Au fond, on sait bien qu'Emmanuel Macron récupère 40 ans d'inertie. Mais cette hausse de taxe a été soudaine et brutale". Pas moins inquiet, mais plus mesuré, Jean-Luc Monteil, le président du MEDEF PACA, estime que les annonces faites par Edouard Philippe doivent inciter à un retour à la normale. Mais celui qui est aussi président de la commission Adhérents au MEDEF, reconnaît que la volonté des Gilets Jaunes est "de remettre à plat l'ensemble du système". Or justement le moratoire et les autres mesures annoncés légitiment cette révision de fond en comble de la fiscalité hexagonale. "La démission du Premier ministre ne suffira pas", avance Jean-Luc Monteil, plaidant pour "l'élaboration dans les six prochains mois, d'une nouvelle feuille de route fiscale dont la rédaction ne peut être que concertée. Cette remise à plat de la fiscalité doit avoir pour impératif la baisse de la dépense publique. Ce n'est qu'à cette condition - qui implique une adaptation de notre modèle social - que nos concitoyens, parmi lesquels des chefs d'entreprise et leurs collaborateurs, pourront constater durablement le desserrement de l'étau fiscal qui les étrangle depuis trop longtemps". Car la crainte, sinon, est que "ça finisse mal et qu'au final les revendications au cœur de l'engagement soient balayées". Et le président du MEDEF PACA de suggérer une vraie trêve des confiseurs pour une reprise des discussions en janvier. Sinon, ce sera "la chienlit". Et ça, on sait ce que ça donne...

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Commentaires
a écrit le 07/12/2018 à 8:40 :
Les entreprises créent les emplois. Mais le slogan des gilets de sauvetage c'est tous pauvres dans l'égalité fraternelle!

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