Pôle Emploi, l'industrie et comment en finir avec les idées reçues

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(Crédits : DR)
Mal perçue, méconnue mais pourtant représentant de vastes opportunités l'industrie peine à attirer les profils qu'il lui faut. Pour l'aider à recruter, il faut parfois expliquer, orienter et former des profils qui ne regardaient pas ce secteur devenu porteur, explique le directeur régional, Thierry Lemerle.

La Tribune - Quels sont les liens entre Pôle Emploi et l'industrie ?

Thierry Lemerle - Pendant longtemps, l'industrie a souffert d'une image négative liée aux délocalisations et à la "désindustrialisation", pourtant ce secteur est dynamique et a su se transformer. En Provence-Alpes-Côte d'Azur, il représente plus de 11 % de l'emploi salarié dans le secteur privé et il a connu une hausse de 12 % de ses recrutements en 2017. Nous faisons souvent œuvre très utile en donnant des informations précises sur les métiers, en organisant avec les entreprises du secteur des réunions d'informations, des visites de site pour faire connaitre le potentiel d'emplois et l'extrême diversité des métiers qui gagnent en attractivité grâce aux nouvelles technologies. La présence sur le territoire des pôles Safe et PASS nous permet de travailler main dans la main pour accompagner au mieux la recherche de compétences et anticiper l'évolution des métiers. Avec Team Henri Fabre nous sommes également mobilisés sur des projets d'industrie 4.0.

Comment accompagner le secteur industriel dans ses besoins ?

Il faut d'abord informer les candidats sur les opportunités et pour cela nous les invitons entre autres à des immersions dans les entreprises. Se pose ensuite la question des compétences et de la formation des demandeurs d'emploi. Nous qualifions précisément les besoins en recrutement des entreprises et nous programmons des sessions de formation comme par exemple conducteur de ligne, ajusteur monteur aéronautique ou opérateur de production. Nous proposons également aux entreprises des formations préalables au recrutement qui leur permettent d'adapter et de construire la formation de leur futur salarié (en externe ou en interne). Enfin nous intervenons sur la phase de recrutement et de sourcing des candidats. Nous sensibilisons les employeurs pour qu'ils recrutent des demandeurs d'emploi qui viennent d'autres secteurs et dont les compétences sont transférables. Nous accompagnons les entreprises dans l'identification des compétences nécessaires au poste et dans la sélection des profils.

Comment combler les besoins en formation face à l'industrie du futur ?

Je pense que les acteurs se sont mobilisés sur ces questions notamment avec la création de centres d'accélération à l'échelle des bassins d'emploi et que l'offre de formation est en train de se développer. Les branches professionnelles, l'UIMM ou la FRIAA, travaillent déjà avec l'Education Nationale, les grandes écoles et les centres de formation pour anticiper et mettre à niveau les compétences de leurs salariés et futurs salariés. La team Henri Fabre s'est également emparée de cette question en créant le Campus des Métiers et des Qualifications Industrie du Futur. Pôle emploi participe aux travaux conduits dans les Alpes-Maritimes pour développer les projets de Smart Grids, ce qui permettra de cerner l'évolution des métiers et les compétences attendues à terme. Nous sommes également engagés avec la Région Sud Provence-Alpes-Côte d'Azur pour le développement économique de filières d'excellence, notamment dans le cadre des Opérations d'Intérêt Régional dont celle qui concerne l'industrie du futur.

Il est admis de diriger des demandeurs d'emploi vers des filières en besoin ou en tension. Comment le faire ?

Une période de recherche d'emploi est déstabilisante : elle permet de prendre du recul sur ses expériences professionnelles mais aussi de mettre à plat ses compétences et de revoir ses priorités. Ce peut être l'occasion pour certaines personnes d'entamer une reconversion professionnelle. Nous accompagnons les demandeurs d'emploi dans le cadre du Conseil en Evolution Professionnelle, parfois épaulés par des psychologues du travail, en les informant sur les métiers qui recrutent et les filières en devenir. C'est un véritable travail d'information qui vise parfois à faire tomber les a priori et clichés comme celui d'un travail à la chaîne salissant alors que l'industrie du futur modifie complètement ce modèle. A Grasse, nous travaillons avec plusieurs acteurs de la parfumerie et des huiles essentielles (Robertet-Charabot, Argeville, Mane) qui déplorent un manque de candidats pourvus d'expertises techniques et constatent que leurs métiers attirent peu de vocation en dépit de conditions favorables (qualité des missions, statut CDI), l'agence a organisé des présentations de métiers par les entreprises elles-mêmes auprès de candidats potentiels issus du territoire grassois. Nous collaborons également avec les professionnels du secteur pour favoriser la mixité des métiers, en faisant toujours ce travail d'information auprès des chercheuses d'emploi, on voit que cela porte ses fruits, certains dispositifs de formation comme Qualijob à Marseille ont atteint la parité.

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