Belle de Mai : bientôt vingt ans et de nouvelles ambitions

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(Crédits : DR)
Créé à Marseille en pleine bulle internet, l’incubateur spécialiste du numérique a accompagné près de 200 projets depuis sa création dans un contexte en constante évolution, tant au niveau des technologies que de l’écosystème entrepreneurial local.

Apparition du baladeur numérique, des box Internet, logiciels éducatifs et autres jeux vidéo... La fin des années 1990 est marquée par les espoirs immenses nourris par celles que l'on nomme alors "Nouvelles technologies de l'information et de la communication". Un engouement quelque peu démesuré, ou du moins trop précoce, comme en témoignera l'éclatement de la bulle Internet en 2000. A un niveau plus microéconomique, l'enthousiasme passe par un nombre croissant d'idées entrepreneuriales dans ce domaine, des idées parfois déconnectées des réalités tandis que les structures d'accompagnement à la création d'entreprises n'existent encore que très peu.

C'est dans ce contexte qu'est créé en décembre 1999 l'incubateur de la Belle de Mai, à la suite de la loi Allègre qui vise à mieux valoriser la recherche par la création d'entreprises. La structure a alors pour mission d'accompagner sur 3 à 24 mois des projets multimédias à l'échelle nationale - même si de fait la plupart sont locaux -  à un stade très précoce de leur développement, transformant  "des porteurs de projets en chefs d'entreprises", explique Céline Souliers, directrice de l'incubateur depuis 2013. Un moyen d'évaluer rapidement la faisabilité d'un projet, alors qu' "énormément sont irréalisables", avoue-t-elle. "Certains n'ont pas les compétences techniques et pensent qu'un projet est réalisable alors qu'il ne l'est pas. D'autres ont la technique mais manquent de connaissances entrepreneuriales". Alors pour les protéger, "on veut garder la possibilité de leur dire qu'ils vont droit dans le mur". Une franchise permise par la relative indépendance financière vis-à-vis des incubés. En plus de l'accompagnement, des prêts remboursables de 40 000 euros maximum sont proposés, ainsi qu'un hébergement au sein des huit bureaux mis à disposition.

Montée en puissance des structures d'accompagnement

Depuis sa création, la structure a accompagné 195 projets, dont 147 ont abouti à la création d'entreprises, essentiellement des TPE et PME, 56 entreprises ayant franchi le cap des 50 salariés. Quant à leur espérance de vie, 80 % ont passé le cap des 5 ans, contre 30 % en général. "Nos résultats sont semblables à ceux des autres structures d'accompagnement", reconnaît Céline Soulliers. Un accompagnement pertinent donc, que l'incubateur a largement vu se développer au cours de ses deux décennies d'existence. "Depuis 2014, une quinzaine de structures de ce type ont été créées sur notre territoire". Si Céline Souliers admet l'existence d'une "forme de concurrence entre incubateurs publics et privés", elle explique "vouloir travailler avec eux en bonne intelligence" et se réjouit "des nouveaux entrants qui viennent combler les lacunes entre les business angels et les grosses levées de fonds", redirigeant volontiers des porteurs de projet vers des structures plus adaptées selon les besoins et les domaines d'activité. "Nous travaillons aussi avec des accélérateurs pour trouver des solutions à la suite de l'incubation".

Cap sur les médias émergents

L'état des technologies a lui aussi fortement évolué en vingt ans. L'incubateur s'intéresse désormais de très près à la réalité virtuelle, de même qu'à la blockchain ou encore à l'impression 3D. Il s'apprête également à accompagner des projets liés aux médias émergents, dans le cadre d'un appel à projet lancé par le ministère de la Culture et pour lequel il a été sélectionné, lui assurant un financement pour deux ans. "Chaque incubateur s'est approprié cette question des médias émergents. Nous, nous avons opté pour le volet plus technologique des médias, les assistants vocaux, la réalité virtuelle..." Il s'agit de "voir que ce que les entreprises ont à apporter aux médias et comment les médias se saisissent de ces technologies". Des projets qui pourront être développés dans le cadre de Manufacture, un nouveau programme gratuit de trois mois autour de la "question de l'idéation. Il s'agira de confronter son idée à la réalité entrepreneuriale". Puis, selon l'avancement, le porteur pourra se voir proposer une incubation de plus longue durée ainsi qu'un financement.

Devenir un tiers lieu qui fédère autour des nouvelles technologies

Pour mener à bien ses missions, l'incubateur s'appuie à environ 70 % sur des financements publics en provenance - en plus du ministère de la culture dans le cadre de l'appel à projet évoqué plus haut - du ministère de la Recherche, de la Région, et plus accessoirement de la Ville de Marseille et du Conseil départemental. Les 30 % restant proviennent des membres fondateurs qui cotisent, des avances remboursables faites aux incubés ainsi que des cotisations qui leur sont demandées depuis 2016, même si l'idée est de revenir à la gratuité grâce à de nouveaux financements souhaités, ceux du FSE. Enfin, l'incubateur vend des prestations à destination des PME et des grands groupes souhaitant disposer d'outils autour de l'esprit d'entreprise ou de l'innovation ouverte. Une activité qui a vocation à se développer afin "d'intégrer plus de PME dans notre quotidien".

Car si un incubateur protège, il ne doit pas isoler pour autant. "Nous voulons continuer à organiser des Journées pour l'emploi afin que nos porteurs de projets rencontrent des demandeurs d'emploi qui n'ont peut-être pas le bon CV mais disposent de compétences humaines". Et de résumer. "Faire se croiser des PME, des jeunes entrepreneurs et des demandeurs d'emploi sur des journées communes, ce serait un gros plus pour nous". Car les startups "ont besoin de trouver des clients, de recruter. Il faut donc être à la croisée de tous ces monde". Jusqu'à rêver de "tendre, tout en gardant l'incubation comme cœur de métier, à devenir un tiers-lieu pour les salariés des PME et les jeunes entrepreneurs". Tous réunis autour d'un sujet commun, celui de "l'usage des nouvelles technologies".

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