Les Rapaces face au défi de la professionnalisation du hockey

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(Crédits : Rapaces de Gap)
Devenue professionnelle depuis 2016, l’équipe de hockey sur glace de Gap a fait évoluer son modèle sportif pour rentrer dans les clous budgétaires. Mais la viabilité économique du club dépend en grande partie d’une qualification en demi-finale de Ligue Magnus.

Sur le bus impérial, les joueurs des Rapaces de Gap brandissent fièrement le trophée de la Ligue Magnus, la plus importante compétition française, au lendemain de leur sacre. En ce jour d'avril 2017, la fête est de mise, mais pour la direction cette quatrième victoire dans l'histoire de Gap permet surtout d'assurer la pérennité du club.

"Il fallait remporter le titre pour équilibrer les comptes", explique Sébastien Oprandi. Formé à Gap, il devient manager général des Rapaces en 2016 lors du passage de l'association vers le professionnalisme avec un statut de société anonyme sportive professionnelle (SASP). Une transition imposée par la Fédération qui met le club en proie à des difficultés financières. Le départ de l'entraîneur star Luciano Basile, arrivé en 2014 et vainqueur dès sa première année de la Ligue Magnus (la troisième de l'histoire du club), est même acté en pleine saison.

Une billetterie capitale

Le parcours jusqu'au sacre permet finalement de sauver le club et de conserver l'entraîneur. "Il fallait être champion pour équilibrer les comptes", tranche Sébastien Oprandi. Le championnat de hockey fonctionnant avec un système de play-off, chaque tour comporte au moins deux rencontres à domicile. Un beau parcours permet de rajouter des matches et augmente donc la billetterie qui pèse un tiers du budget de 1,6 million d'euros des Rapaces.

Le sacre de 2017 permet ainsi au club de jouer huit matches supplémentaires au sein de l'Alp'Arena. Ces affiches attirent logiquement plus de public du fait de l'engouement et de l'enjeu. "Avec ces huit rencontres nous sommes capables de récupérer autant d'argent qu'avec les 22 matches de la saison régulière", expose le manager général.

L'un des enjeux est de faire le plein toute l'année, l'affluence moyenne est de 1 400 personnes sur une capacité de 1 940 places, notamment lors des périodes avec des matches très rapprochés où le public choisit les affiches. Les touristes des stations de ski sont visés, mais les Rapaces tentent aussi de développer leur rayonnement hors des Hautes-Alpes. La démarche se traduit par un rapprochement avec le club de handball d'Aix-en-Provence pour une opération commune ou de l'affichage à Digne-les-Bains ou encore.

Priorité à la formation

Le département voisin des Alpes-de-Haute-Provence est bien évidemment une cible privilégiée, y compris auprès des partenaires, deuxième ressources du club (34 %), dont font partie Proman et Sanofi. "Trouver des partenaires est un travail de tous les jours", explique Sébastien Oprandi qui fait partie des quatre salariés du club, hors partie purement sportive. Le reste de revenus du club provient de la restauration (15 %) et des subventions (22 %). "Nous essayons de nous structurer pour garder un projet ambitieux".

Pour l'économiste du sport Jean-Pascal Gayant, les clubs souffrent du manque de notoriété de ce sport : "Le modèle économique du hockey professionnel est très fragile en France, la "culture" hockey sur glace y est très limitée et les perspectives de développement restent très modestes".

Si Les Rapaces est un club historique, il accuse du retard par rapport à ses concurrents sur le terrain du développement économique, les Ducs d'Angers ou les Dragons de Rouen étant structurés depuis plus longtemps. Autre difficulté, la quasi-totalité des clubs de la Ligue Magnus profite d'un bassin de population trois fois supérieur à Gap et d'un tissu économique plus important.

Sur la patinoire, l'objectif est de d'atteindre au moins le dernier carré avec un effectif composé de jeunes joueurs français et des étrangers plus expérimentés sous la houlette de Luciano Basile. Un moyen d'alléger la masse salariale, très importante pour les clubs de hockey avec des rencontres très rapprochées et des feuilles de matches de 22 joueurs. "Notre identité, c'est d'être un club formateur, l'idée c'est de faire comme Auxerre en foot dans les années 90 avec Guy Roux", compare Sébastien Oprandi. Attention tout de même à ne pas trop coller à ce modèle, Auxerre évolue aujourd'hui en deuxième division.

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