Le CES, cet autre outil d'attractivité territoriale

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(Crédits : Reuters)
En arrivant dans le Nevada avec le plus important contingent de startups françaises – 54 exactement – Provence Alpes Côte d'Azur a voulu taper fort. Et quoi de mieux que des jeunes pousses pour valider le positionnement de territoire innovant. Car se déclarer smart région, c'est bien. Le prouver, c'est mieux. Et ça peut aussi beaucoup plaire aux investisseurs.

Quoiqu'on en dise, le CES Las Vegas reste toujours the place to be. Si pour les startups mais aussi les PME et les grands groupes c'est une façon de revendiquer leur capacité à être innovants, pour les territoires, ce n'est pas tellement différent. Ce que valide la présence à Las Vegas de 11 régions sur 13.

On en veut pour preuve aussi la stratégie mise en place par la Région Sud. Si une première participation avait été actée il y a trois ans, la présence en 2018 et encore plus cette année avec respectivement 40 startups et 54 startups vise clairement à montrer autre chose du territoire, autre chose que le tourisme, vecteur naturel du développement économique.

Stratégie de soutien

Et si l'appétence générale pour les jeunes entreprises innovantes bénéficie à dévoiler une autre facette, autant ne pas s'en priver. Voire même capitaliser dessus. De ce point de vue, il n'y pas une seule façon de s'y prendre. Il est d'abord question d'accompagner à la croissance des startups. C'est ce que dit par exemple Christian Tordo, en charge de l'économie, de l'industrie et du numérique au sein de la Métropole Nice Côte d'Azur. "Notre rôle - et c'est à cela que servent nos politiques publiques - est de les aider et de soutenir leur participation à une manifestation de cet ordre. Il est important pour la pérennité des startups que leurs dirigeants se rendent comptent s'ils sont compétitifs, qu'ils se confrontent à la concurrence. Cela est essentiel pour peut-être repositionner leur stratégie". Président de la commission Innovation, nouvelles technologies, industrie et économie au sein de la Région Sud, Bernard Kleynhoff ne dit pas autre chose. "La nécessité d'une forte représentation Sud au CES 2019 était partagée par les trois métropoles Nice Côte d'Azur, Aix-Marseille Provence, Toulon Provence Méditerranée, la Communauté d'agglomération Sophia-Antipolis, le Grand Avignon et les réseaux consulaires. Notre rôle est d'être présent aux côtés des entreprises, lorsqu'elles ont besoin de nous. Il nous appartient d'être ici". Et d'y être de façon structurée. "La première année nous avions un micro-stand mais nous avons compris, nous avons vu ce qu'était le CES. La seconde année, nous nous sommes dit que nous devions être plus performants", poursuit Bernard Kleynhoff.

Business, business, business

Où il n'est pas uniquement question d'une présence au sein de la Mecque mondiale de l'électronique, mais aussi d'aider les startups à se préparer à ce rendez-vous important, où tout ce que le monde de la tech, de l'innovation et du financement qui compte se retrouve pour 5 jours. Encore une fois, le CES Las Vegas n'est pas forcément synonyme d'attaque du marché américain. Y participer, c'est avoir accès à une foule de professionnels, distributeurs, financeurs. Venus du monde entier, donc même français. Une façon d'être efficace dans un contexte qui facilite grandement le business.

Sur ce sujet, l'Agence régionale pour l'innovation et l'internationalisation des entreprises (ARII) y est allée d'un programme de coaching s'appuyant sur le programme Entreprise Europe (EEN), plus grand réseau d'accompagnement au monde pour la croissance des entreprises et qui vise à donner la possibilité aux PME d'accéder plus facilement au marché unique européen. Ici il a surtout été question d'organisation de rendez-vous qualifiés en amont afin de ne pas laisser les startups démunies une fois le pied posé à l'Eureka Park. "300 rendez-vous ont été pré-établis pour les startups de la délégation" explique Nicolas Chehannen coordinateur EEN France Méditerranée au sein de l'ARII.

Bon pour l'image

Mais le CES c'est aussi un excellent endroit pour les territoires eux-mêmes. Qui bénéficient par ricochet du bon comportement des entreprises. Et qui peuvent ainsi influer sur une stratégie. "Le CES fait partie de ces grands salons importants pour nous", acquiesce Philippe Servetti, le directeur général de l'agence de développement économique Team Côte d'Azur. Ainsi une trentaine de rendez-vous ont eu lieu avec de potentiels investisseurs. La mairie de Las Vegas, elle, s'est ainsi montrée particulièrement intéressée par certaines startups du sud spécialisées dans les thématiques électrique et énergie qu'elle pourrait accélérer. Avec le GIMAS, le groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales, il a été évoqué un renforcement des liens, le groupement étant en recherche de technologies 3D et en IA au moment où cette filière croît de 20 % par an. Avec Hugues Gontier, chargé du marketing du groupe chinois Ecovacs Robotics, français d'origine, installé aux Etats-Unis, il a été question de technologies et d'objets intelligents. Mais, c'est davantage son expertise qui pourrait nourrir les réflexions menées par la Région en terme d'intelligence artificielle notamment. Pour Bernard Kleynhoff, tout ceci contribue "à la volonté de construire la première smart région", une région positionnée juste après Londres et Berlin en matière de smart tech place. Une région au 3ème rang français et au 6ème rang européen pour ce qui est des brevets high tech, alors que la filière TIC regroupe 55 000 emplois, 22 000 établissements et génère un chiffre d'affaires de 14 milliards d'euros.

"D'un point de vue de la collectivité, la participation des startups est importante en terme d'image", reconnaît Christian Tordo, satisfait de rappeler que la stratégie adoptée notamment par la Métropole Nice Côte d'Azur d'en finir avec une économie de rente - "qui on le sait bien n'est pas un terreau fertile pour l'entreprenariat" - se révèle porteuse de résultats. Mais "cela prend du temps. On a besoin de symboles et la participation au CES Las Vegas en est un".

Reste à continuer à capitaliser sur ce qui est déjà entrepris et à piloter la stratégie en fonction des résultats obtenus. Ça vaut pour l'entreprise comme pour le marketing territorial...

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