Adrien Danière : "Les entrepreneurs français ont leur carte à jouer en Russie"

 |   |  937  mots
(Crédits : DR)
Originaire d'Aix-enProvence, Adrien Danière s’est très tôt intéressé à la coopération internationale avant de se pencher plus particulièrement sur la Russie. Jusqu’à présider aujourd’hui Nauka Innov, premier centre de coopération technologique d’une Chambre de Commerce et d’Industrie.

Faire coopérer des pays par le biais de l'économie, un défi qui a toujours motivé Adrien Danière. Né à Aix-en-Provence, il s'est très tôt intéressé au sujet, passant notamment un semestre à Tallin, en Estonie, alors qu'il est étudiant. Ses études achevées, il travaille chez Airbus pour qui il cherche de nouveaux fournisseurs en Russie, "une aventure passionnante pour qui veut toucher à la coopération économique et industrielle avec un grand pays".

Au-delà des affaires, il nourrit une fascination pour ce pays. "Il y a deux choses qui font que la Russie est attirante. D'abord, elle est intrigante géographiquement. C'est un Etat-continent plein d'aventures. Puis il y a la culture : la littérature, le ballet, la musique". Une culture qu'il considère comme étant très proche de celle de la France, ce qui a toujours facilité les affaires entre les deux pays. Et de citer la coopération spatiale lancée sous De Gaulle ou encore l'utilisation de moteurs franco-russes dans les SuperJets 100. Une relation "de tous temps. Des rapports étroits et riches qui ne se sont jamais interrompus. Même au moment des sanctions et des crises économiques, les entreprises françaises sont restées et les Russes s'en souviennent".

Diversification par le haut de l'économie russe

Car la Russie offre de nombreuses opportunités aux entreprises françaises, qu'il s'agisse de grands groupes ou de PME et ETI. "Malgré les nombreux chocs qu'elle a subis, l'économie russe a su être résiliente, affichant une croissance sur les secteurs agricoles et industriels, avec une tendance à se développer sur les produits à forte valeur ajoutée". Une "diversification par le haut" qui ouvre des opportunités aux Français. Encore faut-il parvenir à maîtriser les subtilités d'un territoire à "l'écosystème complexe, tant au niveau des décideurs que des clients".

C'est pour les y aider qu'a été créé en 2016 Nauka Innov que préside aujourd'hui Adrien Danière. "C'est le premier centre de coopération technologique d'une Chambre du commerce et de l'industrie française dans le monde". Un projet pilote auquel croit le Provençal, "convaincu du potentiel de coopération dans la filière des hautes technologies". Ainsi, Nauka Innova est chargé d'accompagner, de soutenir et de décrypter le marché russe pour les entreprises françaises qui se destinent à l'export, parmi lesquelles beaucoup sont présentes en région Sud Provence-Alpes-Côte d'Azur. "Nous avons ici beaucoup de PME et d'ETI excellentes dans des domaines qui peuvent intéresser le marché russe et qui pourraient vouloir aller à l'export". C'est pour les y aider qu'Adrien Danière a organisé plusieurs rencontres entre de hauts responsables russes d'une part, tels que le vice-ministre du Commerce et de l'industrie, des PDG de grands groupes industriels, et, d'autre part, des PME et ETI françaises désireuses de se développer en Russie.

Des compétences complémentaires

Parmi les domaines prometteurs pour qui veut faire des affaires en Russie : "l'industrie aéronautique et spatiale, le secteur des énergies, la santé et les biotechnologies". Autre intérêt à s'implanter en Russie : "c'est l'eldorado des métaux. On y produit des poudres qui intéressent beaucoup les entreprises françaises dans l'automobile ou le spatial".

Des perspectives sont également offertes dans le domaine de l'agroalimentaire en plein essor. "Les Français ont une carte à jouer au niveau des équipements pour l'exploitation de la ferme ou la transformation".

Mais s'il est un domaine au cœur de la stratégie de Nauka Innov et de son président, c'est bien l'industrie du futur. Cela passe par des technologies digitales (simulation, réalité virtuelle ou augmentée) ou par des techniques de production avancées grâce à de nouveaux matériaux ou à la fabrication additive. La fabrication additive - qui comprend notamment l'impression 3D, "un domaine dans lequel la France est pionnière avec des entreprises leader. Or la Russie est un marché important pour ces technologies. L'enjeu de Nauka Innov est donc de trouver des axes de coopération et de développer des produits franco-russes qui utilisent ces technologies".

Un marché ouvert aux petites entreprises

Si les grands groupes français n'ont pas attendu pour s'installer dans le pays des tsars - la France y est le premier employeur étranger - les PME et ETI ont elles aussi, leur carte à jouer. "En matière d'industrie du futur, ce sont surtout elles qui amènent l'innovation". Elles peuvent également s'appuyer sur la recherche russe : "on y trouve d'excellents ingénieurs et un système académique de premier ordre".

Un conseil pour les entreprises qui hésiteraient sauter le pas ? "Venez voir ! C'est un pays étonnant et fascinant". Un moyen de mettre à mal les préjugés, ce à quoi a déjà contribué la dernière Coupe du monde. "Beaucoup de Français étaient présents dans les rues de Moscou. Ils ont découvert des habitants hyper accueillants qui les ont aidés à décrypter le cyrillique. Cela a été une belle vitrine". Et de rassurer. "Il n'y a pas besoin d'avoir une taille critique pour aller en Russie. Les startups, les PME, les ETI peuvent très bien réussir si elles développent des solutions innovantes. La clé, c'est la qualité des produits et de pouvoir accompagner le client russe qui a besoin d'une relation sur la durée, basée sur la confiance".

____________________________

*Adrien Danière est notamment intervenu lors de la Conférence "Autour des Pôles" organisée par les CCE à Marseille en novembre dernier sur le sujet de l'industrie du futur

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :