Cannes aura-t-elle (enfin) son palace ?

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Le projet de palace, baptisé Palm Cannes, tel que l'a imaginé l'architecte Richard Martinet.
Le projet de palace, baptisé Palm Cannes, tel que l'a imaginé l'architecte Richard Martinet. (Crédits : DR)
Avec son Palm Cannes, le groupe Corinthia entend équiper la Cité des festivals d'un 5 étoiles, prometteur dit-il en terme d'attractivité touristique. Où il est aussi question d'offre hôtelière nouvelle et donc de positionnement stratégique pour la ville. Au point de convaincre co-propriétaires du terrain et municipalité ?

Le Palm Beach, appelé aussi Pointe Croisette, est l'un des quartiers de la Cité des festivals les plus prisés - par les amateurs de kitesurf pour son spot, par les amoureux d'un immobilier d'un certain standing pour sa vue sur les îles de Lérins et la Méditerranée, par les amateurs de soirées pour celles qui s'y déroulent et pas seulement pendant le Festival du Film... Ce quartier est depuis toujours au centre des attentions, pour les diverses raisons - et d'autres aussi - qui viennent d'être citées.

Il l'est d'autant plus que fin janvier les co-propriétaires (ils sont plus d'un millier) du lieu se réuniront en assemblée générale avec à l'ordre du jour, la prolongation ou non du bail emphytéotique qui les lie actuellement avec Cannes Balnéaire, une société qui exploite le Gotha Club, et qui a pris la suite du groupe Partouche qui exploitait dans la même bâtisse, un casino.

Un palace pour demain

Le choix - pour les co-propriétaires - n'est pas forcément aisé. Jusqu'en 2027, c'est Cannes Balnéaire qui exploite le lieu. Mais après ? Quatre projets ont émergé ces derniers mois. L'un notamment porté par Bouygues Immobilier et le groupe Accor. Un autre par Cannes Balnéaire elle-même, pour un pôle événementiel. Et puis, donc Corinthia, avec un projet ambitieux.

220 clés - chambres standard, suites - 5 piscines privées, 5 piscines extérieures, une ball-room modulable de 2 870 m2, 4 cours-jardins, 2 parking - un public en extérieur et un enterré de 140 places, deux restaurants, trois bars (hôtel, de plage, de piscine), le tout sur 33 000 m2 de surfaces de plancher sur 6 niveaux, du R-2 au R+3... Le groupe Corinthia n'a pas lésiné sur les détails, faisant appel pour imaginer son Palm Cannes à Richard Martinet, l'architecte (entre autres) du Crillon à Paris et de l'Hôtel de Paris à Monaco. Un architecte qui sait à quel point la Pointe Croisette est "un lieu symbolique" et que "l'enjeu est important". D'ailleurs, le bâtiment (nouveau) doit "reprendre racines dans son site" ce qui passe par le choix des matériaux, "essentiellement des pierres de la région, qui sont le contrepoint de la végétation et de l'eau. Le verre et le métal seront aussi présents, peut-être aurons-nous aussi de la terre cuite. C'est un palace pour demain".

Seule ombre au tableau, petit caillou dans la chaussure, le PLU de Cannes indique que sur le site, un établissement commercial peut y être érigé, mais pas un hôtel. Or pour Corinthia, un hôtel est un établissement commercial. "Nous avons respecté les dispositions réglementaires du PLU. Il demeure un point qui en effet est sujet à discussion. Mais il est de la prérogative du maire de Cannes de dire son interprétation", souligne Richard Martinet.

Prendre des parts de marché

Si ce point est en suspens pour l'heure, Corinthia n'en demeure pas moins persuadée que l'idée d'un palace à Cannes a économiquement tout son sens. Et le groupe s'appuie sur cela sur l'analyse de Gabriel Matar, économiste, spécialiste en développement stratégique et en gestion d'investissements hôteliers au sein du cabinet parisien Sentinel. Un expert pour qui "l'offre hôtelière est vieillissante". Et qui souligne un fait auquel peu pensent : "Cannes ne possède pas de palace". La Côte d'Azur, si, en revanche. 5 précisément sur les 25 palaces répertoriés dans tout l'Hexagone. Mais aucun dans la Cité des festivals.

A cela, Gabriel Matar ajoute que les concurrents des hôtels cannois "sont plus flexibles, mieux dotés et moins chers. Une destination qui dépend d'un type de clientèle pour faire sa saison est une destination à risque". Doter Cannes d'un 5 * serait l'une des meilleurs façon, estime-t-il pour que la ville puisse "capter les parts de marché de la clientèle hôtelière de luxe, en fort développement à Paris mais aussi à Courchevel ou Saint-Tropez... La clientèle nouvelle est partout, mais encore faut-il des produits attractifs pour l'intéresser. Si Cannes était dotée d'un palace, elle attirerait une clientèle qui pour l'heure lui échappe. Il faut attirer les familles, les clients en quête de produits nouveaux".

L'autre pendant, d'un point de vue économique aussi, ce sont les retombées estimées. Un chiffre d'affaires annuel, hors TVA de 63 M€, 17 M€ injectés directement dans le tissu local, près de 150 M€ d'investissement dès le rythme d'exploitation de croisière atteint. Le tout devant entraîner la création de 520 emplois ETP et 295 emplois induits. Tout cela, après investissement initial de 200 M€, une enveloppe qui doit couvrir aussi la démolition des bâtiments existants et l'enlèvement des matériaux par la mer. L'étape construction devrait durer 2 ans et 10 mois exactement. Mais tout ceci est (encore) de la théorie. Car Cannes Balnéaire et ses dirigeants - candidats sérieux dans la poursuite du bail emphytéotique - n'ont sans doute pas dit leur dernier mot. Quid du point du PLU qui coince ? Quel point de vue la municipalité défendra-t-elle ? La Pointe Croisette demeure définitivement, d'un point de vue business, très attractive.

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Commentaires
a écrit le 21/01/2019 à 14:58 :
Enfin un article de fond, non partisan et instructif sur le sujet. Beaucoup de désinformations et de rumeurs continuaient jusqu'alors d'alimenter un dossier pourtant crucial pour Cannes. La position du Maire de Cannes reste néanmoins étrange, presque surnaturelle: il veut un hôtel jusqu'en début 2018 puis subitement tourne sa veste.
Une grande majorité de cannois ne veulent pas d'une siesta bis, le vrai luxe a besoin de reprendre pied sur la ville, débordée par le bling. Bravo L.Bottero !

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