Muriel Bernard-Reymond, l’entrepreneuriat comme levier d’insertion

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(Crédits : DR)
A la suite d’un parcours dans l’emploi et la création d’activité, Muriel Bernard-Reymond devient en 2015 directrice du Carburateur, pépinière d’entreprise dans les quartiers Nord de Marseille. Un lieu en pleine effervescence pour lequel elle nourrit de nombreux projets.

Sa façade peut intriguer lorsque l'on s'aventure le long du chemin de la Madrague Ville, dans le 15ème arrondissement de Marseille. Un béton encore brut, criblé de bulles de diverses tailles et une enseigne discrète indiquant "Pôle de l'entrepreneuriat".

Lorsqu'on franchit le portail d'entrée, on découvre sur la gauche une salle vitrée. Aujourd'hui, elle est occupée par des demandeurs d'emploi venus écouter des entrepreneurs hébergés dans les locaux. Car ici, au Carburateur, l'entrepreneuriat est intimement mêlé à l'insertion et à l'emploi, à l'image du parcours de sa directrice, Muriel Bernard-Reymond.

Emploi et entrepreneuriat ... et quartiers Nord

Née à Marseille de parents fonctionnaires, elle a "toujours grenouillé dans la sphère publique", animée par des idéaux de justice sociale. C'est donc assez naturellement qu'elle s'oriente vers des études en droit public, avant de travailler pour une agence de développement des services à la personne, une activité en plein boom à ce moment-là, à l'aube des années 2000. Elle est alors en charge du volet emploi et création d'activité.

Huit ans plus tard, elle rejoint la Maison de l'emploi de Marseille, pour huit ans à nouveau, "c'est mon cycle", sourit-elle. "J'ai été chargée de l'emploi et de la création d'entreprises dans les quartiers Nord de Marseille", une mission qui lui tient à cœur : "il faut rééquilibrer le Nord. On y trouve des acteurs très dynamiques, de potentielles locomotives économiques. J'avais envie de m'investir sur un territoire dont les besoins sont vitaux". En parallèle, elle planche sur un autre projet à la demande de la Métropole. "Elle nous a demandés de l'accompagner dans la préfiguration d'un équipement pour accompagner la création d'entreprises dans les quartiers Nord".  D'autant qu'à ce moment-là, il n'existe presque rien sur ce territoire.

Le Carburateur : un travail collectif

Pour répondre à cette demande, elle travaille avec des partenaires tels que Positive Planet, la Boutique de gestion, Cosens ou encore Interface. Chacun ayant ses spécificités, en matière de public visé notamment. Car l'ADN du projet est de "décloisonner et d'arrêter de mettre les gens dans des cases de parcours. Faire se rencontrer des entreprises à différents stades de développement afin qu'elles aient des choses à s'apprendre".

Il faut également un lieu, et donc un terrain. Dans les quartiers Nord et facile d'accès. Près d'une autoroute et proche des habitants. Des qualités que regroupait un terrain donné par la ville à la Métropole où la structure élira domicile. Elle s'appellera le Carburateur, du nom de cette "pièce automobile qui mélange l'air et le carburant et permet de démarrer et d'avancer. Et puis dans le quartier, il y a beaucoup de casses, c'est donc un nom qui ressemble à son quartier".

Et c'est Muriel Bernard-Reymond qui en devient directrice, en décembre 2015, appuyée par le conseil d'administration composé des structures avec qui le projet a été élaboré. "J'en avais envie. C'était un projet qui me plaisait et j'étais sûre qu'il allait marcher". Elle se réjouit de proposer "un bel équipement qui prenne en compte le public et lui donne la fierté de porter un projet".

Il faudra ensuite attendre septembre 2016 pour que le lieu ouvre ses portes, rencontrant rapidement un certain succès avec 13 entreprises hébergées fin 2016. "Le manque de structures sur ce territoire était si criant que tout le monde s'est rué. Aujourd'hui, on ne fait quasiment plus de prospection", constate Muriel Bernard-Reymond. Un dynamisme qui a par ailleurs permis la création de 50 emplois nets, en plus des dirigeants d'entreprises, sans compter les emplois indirects dans les commerces alentours.

Toucher un public toujours plus large

Mais soucieuse de tendre la main aux personnes les plus éloignées du progrès économique, Muriel Bernard-Reymond veut aller encore plus loin en proposant des places d'incubation financées par l'Etat et le Département, alors que les entreprises hébergées dans l'open space doivent débourser 153 euros par mois. Vingt-six places seront ainsi offertes à des allocataires du RSA ou des habitants de quartiers prioritaires en 2019. Elle veut aussi s'adresser ceux qui n'oseraient pas franchir le seuil du Carburateur, en allant vers eux. Un projet muri depuis plusieurs années qui devrait définitivement voir le jour en janvier 2019, dans le cadre d'une expérimentation sur trois ans. "L'idée, c'est ensuite de les attirer ici", où ils pourront notamment bénéficier des places d'incubation gratuites.

Dépasser les blocages pour "que les gens s'en sortent". Une motivation pour celle qui envisage également, avec son équipe et ses partenaires, d'agir dès le plus jeune âge, auprès de collégiens, grâce au programme "Chiche, je monte mon entreprise". Il s'agit d'un challenge auquel participent trois collèges marseillais et au cours duquel les élèves sont amenés à travailler sur un projet de création d'entreprise.  "L'idée n'est pas de créer des vocations entrepreneuriales. Mais trois quarts des jeunes d'ici ont des parents au chômage, et cela joue sur l'idée qu'ils se font du travail. L'objectif du challenge est de leur montrer qu'on peut s'éclater au boulot".

Car la directrice du Carburateur en est convaincue : plus qu'une fin en soi, l'entrepreneuriat peut être un tremplin, un moyen de renouer avec la confiance en soi, avec une dignité souvent écorchée. Il est également un levier d'ouverture au monde, et au Carburateur plus qu'ailleurs, il permet de "faire se rencontrer des catégories de personnes qui ne se parlaient pas", et qui ont pourtant tant à se dire.

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