Erik Orsenna : "Les villes, comme les entreprises, sont à la fois le problème et la solution"

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(Crédits : DR)
En visite à Marseille, l’écrivain auteur de "La Fabrique du neuf" s’est exprimé sur l’innovation dans ce qu’il qualifie de 3ème révolution industrielle. Il met en avant le rôle des villes et des entreprises, tout en pointant du doigt "l’assignation sociale et spatiale" que subit une frange de la population.

A l'origine de son dernier livre, deux ans de rencontres à partir desquelles il a voulu, avec Stéphane Quéré, directeur innovation chez Engie, peindre un tableau de l'innovation depuis une dizaine d'années. Dix années au cours desquelles a émergé ce qu'il qualifie de troisième révolution industrielle, "initiée par les sciences dans tous les domaines, les robots, la génétique". Des sciences qui font face au problème de la rareté. "Comment y répondre ? Comment permettre la mobilité ? Une mobilité qui soit verte". En découle selon lui une prise de conscience qui remet au cœur deux acteurs : les entreprises et les villes. "Si les différentes COP, à Paris ou à Copenhague ont été un échec, c'est parce que s'y affrontaient deux acteurs : les Etats et les ONG. Réunissez les Etats et les ONG et vous n'avancerez jamais". A l'inverse, il en est convaincu, "les villes, comme les entreprises, sont à la fois le problème et la solution".

"L'écologie ne se développera que si elle est rentable"

Pour ce qui est des entreprises, elles ont bien compris l'intérêt à aller en ce sens. "A un moment donné, dans le secteur de l'énergie comme de l'eau, on est passé de sociétés de production à des entreprises de service. Il y a douze ans [alors qu'il préparait son livre "L'avenir de l'eau", NDLR], je me suis étonné de voir que des entreprises gagnaient de l'argent en faisant tout pour faire consommer des ressources rares. C'était un peu contradictoire. Maintenant, elles se rendent compte que l'on peut gagner de l'argent, de manière certes contradictoire mais bien plus intelligente, en aidant les clients à économiser de l'argent". Un levier sur lequel compte beaucoup Erik Orsenna pour qui "l'écologie ne se développera que si elle est rentable".

Autre changement de paradigme qu'il observe auprès des entreprises, une plus grande ouverture au changement, après une époque faite de grands monopoles dans le domaine des énergies en particulier. "Elles ont dû affronter toutes sortes de révolutions : la concurrence, la miniaturisation, le digital. Les monopoles ont dû se réformer en interne et ce, en accueillant ce qui se faisait à côté". Notamment en s'ouvrant aux startups, un atout pour rester dans la course effrénée à l'innovation. L'innovation ouverte (ou open innovation) est d'ailleurs de plus en plus sollicitée par les entreprises qui offrent pour cela à leurs salariés de plus en plus de lieux de vie, d'activités communes afin de créer du lien et de susciter la créativité, organisant ces lieux comme autant de petits villages. Avec l'idée que la proximité est au cœur des nouveaux modes d'innovation.

L'innovation imite la nature

La proximité, une notion qui prend tout son sens dans l'économie circulaire, ce pan de l'économie qui prend en compte l'ensemble de la vie des produits. Pour Erik Orsenna, il s'agit d'un "retour au fondamental : la nature. On imite la nature après s'en être longtemps éloigné. On s'en inspire car elle ne produit pas de déchet. C'est le biomimétisme". Nature qu'il compare d'ailleurs à "une startup de 4,5 milliards d'années". Ce n'est pas un hasard si son livre est ponctué de mots en rapport avec l'environnement, de même que le jargon des startups, avec ses "pépinières" et autres "pousses".

La nature, c'est aussi une harmonie entre des éléments différents et multiples. Ce qu'est possible de récréer une ville. "Je suis de plus en plus convaincu que la ville est la bonne échelle". Et d'abonder : "Les villes ont une formidable capacité d'innovation. Trump est sorti de l'accord de Paris. Qu'ont répondu les villes ? On s'en fout, ce ne sont pas ses électeurs qui sont concernés mais les nôtres". Se référant notamment au cas de la Californie qui a soutenu bon nombre d'initiatives en faveur de l'environnement, dans une forme de résistance après l'élection de Donald Trump. "Plus on est forcé d'être intelligent, plus on l'est".

Des villes innovantes de plus en plus en compétition, et dont l'aménagement est un enjeu central qui doit favoriser les rencontres entre des populations variées. Car, selon l'auteur, la particularité de la révolution en cours est la synergie entre des acteurs qui ne se parlaient auparavant pas. "Jusqu'à une époque récente, pour une université, être en contact avec les entreprises était comme vendre son âme au diable. Cela a beaucoup changé en dix ans".

L'école pour recréer une égalité des chances

De nouveaux acteurs. La volonté de travailler ensemble. Mais aussi des craintes. Et le sentiment pour certains d'être laissés pour compte dans un monde où tout va très vite. Sentiment que comprend l'écrivain. "Quand on regarde la situation en France, on relève une vraie revendication : la mobilité. Mobilité spatiale, mais aussi sociale". La possibilité de mener la vie que l'on souhaite, quel que soit le milieu social d'où l'on vient. Un principe mis à mal par la pratique. "Beaucoup ressentent qu'ils ne pourront pas monter ou ont peur de descendre davantage. C'est une assignation sociale et spatiale qui est insupportable. Quelle est la revendication la plus légitime que d'avoir une égalité des chances ?" Et de faire référence aux gilets jaunes : "c'est marrant de voir à quel point l'allégorie des ronds-points est une allégorie de la vie, comme des gens qui tournent en rond".

La solution tient selon lui en un mot : "L'école ! 20 % des enfants français ne maîtrisent pas la langue à 12 ans. On peut dire qu'à 12 ans, 2 0% n'auront pas de chance dans la vie. C'est insupportable. L'école peut faire plein de choses. Mais si on voit que malgré les efforts, elle retransmet les inégalités, ça ne va pas". Et d'appeler à réagir, pour "donner sans arrêt l'occasion de rebattre les cartes".

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Commentaires
a écrit le 04/02/2019 à 17:43 :
Mr Erik Orsenna
Je viens de lire votre résumé condansé, et le trouve très intéressant et innovent.
Je me nomme Kadija Kaba , originaire de la Guinée Conakry ( Afrique de L'Ouest )
Ce pays est le château d'eau d'Afrique ! Mais malheureusement il n'est pas autonome à ce niveau.
Aussi je suis à la recherche de toutes opportunités qui pourraientt aider ce pays ainsi que ses jeunes cadres fraîchement diplômés mais qui hélas ne trouvent pas d'opportunité !
Je reste à l'écoute de toutes suggestions venant de vous
Cordialement
KK

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