Féminisation des entreprises : peut (encore) mieux faire

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(Crédits : Istock)
C'est ce que dit, en résumé, l'étude publiée par l'Observatoire Skema. Où il apparaît que le coup de pouce législatif se révèle indispensable, que les difficultés à recruter des profils féminins pour certains secteurs ou des profils masculins pour d'autres empêchent parfois les bonnes volontés. Et que la performance boursière plaide définitivement en faveur de la féminisation.

C'est le dixième Observatoire publié par l'école de management, dont le siège est basé à Sophia-Antipolis. Un Observatoire créé en 2007 par Michel Ferrary, professeur en management à l'Université de Genève et chercheur affilié à Skema Business School. Une décennie de travaux qui sont loin d'être inintéressants - ils ont fait l'objet de nombreuses études académiques - dans un contexte où la mixité des gouvernances d'entreprises est (toujours) d'actualité.

Cette photographie à l'instant T est forcément riche d'enseignements. Car elle permet par exemple de souligner la différence entre les discours des entreprises et les faits. Ce qui laisse entre-apercevoir quelques surprises. Si la loi Copé-Zimmerman et son obligation de 40 % de femmes présentes dans un conseil d'administration met au pas les entreprises françaises, il en est quelques-unes qui pourtant sont loin du compte. C'est le cas d'Airbus, de Gemalto ou de STMicroelectronics. Normal... ces grands groupes, bien que faisant partie du CAC40, ne sont juridiquement pas installés sur le sol français. Et donc pas soumises aux quotas... Des sortes "d'évadés sociaux" selon l'expression de Michel Ferrary.

"Sans quotas, ça ne change pas"

L'un des enseignements le plus fort est sans doute l'impact prouvé des quotas sur la féminisation des conseils d'administration. Certes c'est la loi, mais au 1er janvier 2018, la quasi-totalité des entreprises du CAC40 étaient raccord avec elle. "Lorsqu'on regarde l'Histoire, elle plaide pour les quotas", fait remarquer Michel Ferrary. Il y a 20 ans, le nombre de femmes présentes dans les conseils d'administration et le nombre de celles présentent dans les comités exécutifs variaient entre 11 à 12 % respectivement. Aujourd'hui, la présence féminine atteint 40 % dans les premiers, loi oblige donc, alors que dans les seconds, le pourcentage... est toujours de 11 %. De quoi inciter à établir des quotas aussi pour les Comex ? En Suisse, c'est entré dans la loi depuis l'an dernier, exigeant 20 % de femmes. "Il n'y a aucune impulsion, aucune corrélation (le coefficient en la matière est de 0,1454 exactement NDRL), entre la féminisation des conseils d'administration et la féminisation des comex", dit Michel Ferrary. Mais une frontière bien étanche, en revanche.

Bipolarité malgré soi

Le sujet rend même bipolaire : d'un côté les entreprises dites très féminines - telles L'Oréal, Hermes, LVMH... - de l'autre, les très masculines - comme Pernod Ricard, Thales, Bouygues... Mais il ne faut pas toujours y voir de la mauvaise foi. Car la difficulté à recruter s'en mêle. "Le luxe fait face à des problèmes de recrutement de profils masculins", explique Michel Ferrary. Dans des entreprises plutôt orientées recrutement d'ingénieurs, la difficulté à dénicher des profils féminins est réel, tant il existe peu de femmes ingénieurs.

Si certains groupes son considérés comme machistes - c'est le cas de Vivendi ou de la Société Générale, d'autres sont de vraies amazones, telles Orange, Suez ou Renault. "Ce sont les entreprises au sein desquelles le pourcentage de femmes dans le Comex est supérieur à la moyenne alors que le pourcentage de femmes dans l'encadrement est inférieur à la moyenne", détaille Michel Ferrary.

Critère d'investissement

Elément - chiffré - qui plaide pour la féminisation et devrait finir de convaincre les fémino-sceptiques, la performance boursière des entreprises ayant un encadrement féminisé à au moins 40 %, est supérieure aux entreprises du CAC40. Le Femina Indice 15, qui réunit les 15 entreprises dont l'encadrement est le plus féminisé - surperforme le CAC40 à la fois sur le long et le moyen terme. Mais surtout, certains fonds commencent à faire de la féminisation des instances dirigeantes, un critère d'investissement. "Dans l'industrie, la présence de femmes dans les instances dirigeantes, permet par exemple de mieux comprendre les consommatrices. De même, les banques les plus féminisées sont celles qui s'en sont le mieux sorties après la crise financière. La diversité permet d'avoir un rapport différent au risque", indique Michel Ferrary. Rappelant que c'est par exemple, grâce à des ingénieures qu'il est possible de rouler avec une voiture ayant un pneu crevé...

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Commentaires
a écrit le 08/03/2019 à 12:05 :
Cette cause de défense des droits des femmes et pour la parité dans les entreprises ne sera pas placée sous le signe de l'équité tant que les entreprises/les secteurs/fonctions qui n'emploient que des femmes n'auront pas été mis à l'index et feront le nécessaire pour accueillir des candidats d'hommes! Les premiers a pratiquer l'ostracisme étant souvent les femmes elles memes: dans le nettoyage, dans l'aide à domicile, dans la garde des enfants: COMBIEN D'HOMMES?! on est proche du néant, CQFD!
a écrit le 07/03/2019 à 10:50 :
La femme veut toujours être "plus" égale que l'homme en gardant tout les avantages, mais n'a pas inventer la machine a laver! L'histoire d'Adam et Ève, me revient en mémoire et ils furent chasser du Paradis!

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