Conjoncture : 2019, année à risque pour l’hôtellerie azuréenne ?

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Selon le baromètre Deloitte In Extenso, l’année 2018 a été un bon cru pour le secteur hôtelier azuréen dont le chiffre d’affaires hébergement a grimpé de 5%. Si les perspectives 2019 restent optimistes sur le plan national, le contexte économique et social risque toutefois d’affecter les destinations prisées par la clientèle internationale, la Côte d’Azur en tête.

Comment se porte l'hôtellerie française en général, et azuréenne en particulier ? "Bien", répond Olivier Petit, associé du cabinet Deloitte In Extenso Tourisme, Culture et Hôtellerie qui dresse chaque année un bilan de l'évolution des tendances commerciales du marché de l'hôtellerie. "Le cru 2018 a été bon partout en France avec un chiffre d'affaires hébergement (RevPar, NDLR) en hausse de 6,4%". Une performance "tirée par le prix moyen, qui grimpe de 4,9%, plus que par le flux", le taux d'occupation n'augmentant que de 1,4%.

La Côte d'Azur résiliente

Si Paris surperforme avec une progression de son RevPar de 12%, la Province et la Côte d'Azur ne sont pas en reste avec une croissance respective de 2 et 5%. "Les régions connaissent une croissance continue depuis dix ans, les marges de progression sont donc plus minces que les marchés ayant connu un fort retournement", analyse l'expert. Quant à la Côte d'Azur, elle est dans une position intermédiaire avec certes un repli sur l'exercice 2016 lié au tragique attentat de Nice mais une reprise forte dès 2017 dans un contexte à dix ans largement favorable à l'hôtellerie azuréenne". Qui démontre là sa capacité de résilience.

Dans le détail, le chiffre d'affaires hébergement a progressé de 7% en 2018 à Nice et de 5% à Cannes. La première étant tirée par les catégories haut de gamme et luxe (+8,8%), la seconde - c'est plus étonnant - par le boom de l'hôtellerie économique (+18,1%). Laquelle "s'inscrit désormais sur un marché largement assaini avec des concepts nouveaux qui abandonnent la périphérie pour entrer dans la ville", indique Olivier Petit. Ceci dit, le luxe reste bel et bien le moteur de la croissance sur la Côte d'Azur avec un RevPar en hausse de 25% sur la période 2014 - 2018.

Des inquiétudes malgré de bons fondamentaux

Quid de 2019 ? "Nous anticipons une progression du chiffre d'affaires au niveau national de 4 à 5,5% qui devrait bénéficier à toutes les catégories d'hébergement", reprend l'analyste. Selon lequel "les fondamentaux sont suffisamment bons" pour résister à une conjoncture rendue incertaine par le ralentissement, d'une part, de la croissance économique européenne et mondiale, et, de l'autre, par un Brexit qui n'en finit plus et dont l'une des conséquences, "la dévaluation de la livre sterling, affecterait vraisemblablement et très fortement un des premiers marchés émetteurs en France de clientèle internationale". Mauvaise nouvelle pour la Côte d'Azur dont la clientèle britannique, avec 15,2% des séjours*, représente le deuxième marché émetteur après l'Italie (16,8%). Autre inquiétude, le contexte social avec le mouvement des gilets jaunes. "L'image renvoyée à l'international, notamment aux Etats-Unis et en Asie, aura une incidence tant que perdurera la crise dans les territoires fortement orientés sur les marchés internationaux". Avec 50% de visiteurs étrangers, dont 27% de non-européens*, le caractère international de la Côte d'Azur, généralement favorable à l'activité, la place cette fois-ci en première ligne.

La question de l'offre

Enfin, une interrogation se pose quant à l'équilibre - ou plutôt au déséquilibre - entre l'offre du parc hôtelier et la demande régie selon un mécanisme immuable. "Quand l'offre vient à manquer, les taux d'occupation grimpent, le prix moyen aussi. Si les hôteliers sont satisfaits, les métropoles le sont un peu moins. Elles tendent alors à développer le secteur pour générer de l'attractivité et de la demande, ce qui vient déstabiliser le marché en tassant les taux d'occupation et les prix", explique Olivier Petit. C'est ce qui s'est passé à Marseille, capitale de la culture en 2013, qui a connu un fort développement de l'offre, concentré sur une courte période. Depuis, la cité phocéenne est entrée dans une période de digestion qui se lit encore aujourd'hui avec un RevPar en recul de 1 point en 2018. Un phénomène susceptible de guetter la capitale azuréenne dont le parc, s'il s'est contracté de 2% entre 2014 et 2018, va bénéficier de plus de 1 200 chambres supplémentaires à l'horizon 2020...

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