Sonia Ciccione, réparatrice de parcours cabossés

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(Crédits : DR)
Entrée à l’Ecole de la deuxième chance à Marseille il y a neuf ans après un parcours en entreprise, Sonia Ciccione a peu à peu gravi les échelons pour en devenir la directrice générale. Une directrice ambitieuse qui envisage d’ouvrir une seconde école, au sud de la ville.

Il s'agissait autrefois d'abattoirs et de marchés, comme l'indiquent les lettres gravées sous l'horloge qui culmine à l'entrée du lieu, dans le 15e arrondissement de Marseille. La façade est faite de pierres, un peu froide. Il faut ensuite pousser une lourde porte en fer forgé pour entrer au cœur de l'école de la deuxième chance. On arrive dans une cour qui donne sur un bâtiment aux murs jaunes et aux nombreuses portes vitrées et qui rappelle un lieu de retraite que seuls viennent perturber les chants d'oiseaux... et les voix discrètes des jeunes inscrits ici pour quelques mois.

Soudain, une porte s'ouvre. Derrière : Sonia Ciccione, la directrice des lieux, sourire avenant. Dans son bureau, face à la porte, une dizaine de cadres photos affichent les visages rayonnant de jeunes passés par là. Ces visages : une fierté pour celle qui a franchi le seuil de l'école il y a neuf ans.

Connaissance de l'entreprise puis de l'insertion

Née à Tourcoing, c'est à Paris qu'elle débute sa carrière dans le monde de l'entreprise où elle étoffe sa palette de compétences en marketing et gestion de projets. "J'ai passé sept ans chez Canal Plus où je travaillais sur la télé interactive. C'était la préhistoire", plaisante-t-elle. Elle rejoindra Marseille quelques années plus tard pour des raisons personnelles.

Après avoir repris des études en ressources humaines et management, elle trouve un premier emploi à la fédération de la relation client. Sa mission : favoriser l'emploi sur les plateaux téléphoniques de personnes handicapées et allocataires du RSA. Elle est en contact avec le Plie, la Mission locale ... C'est son premier rendez-vous avec l'insertion. "J'ai adoré cela". Puis l'association ferme. Elle se retrouve à l'école de la deuxième chance pour un remplacement.

Entrée comme chargée de mission, elle se charge de trouver des entreprises partenaires pour accueillir les stagiaires. "Au début, je me demandais comment faire pour trouver autant d'entreprises en mesure de les recevoir. Mais finalement, il y a énormément de TPE et PME qui jouent le jeu à Marseille, des patrons qui se rappellent qu'eux aussi ont été jeunes. Aujourd'hui, nous travaillons avec 2000 à 2500 entreprises".

Une méthode à 360°

Tout de suite, elle prend goût à ses missions et à la philosophie de l'école créée en 1998 à Marseille pour redonner une chance aux décrocheurs. "J'ai aimé l'idée que l'on propose quelque chose à des jeunes en perte de repères. Notre jeunesse a un potentiel. Pour qu'elle le développe, il faut la mettre dans un cadre qui lui permette de s'épanouir".

Et ce, grâce à une "méthode à 360°" qui prend en compte l'ensemble des aspects de la vie des stagiaires. "Nous travaillons sur la confiance en soi, les savoir-être, le vivre-ensemble, sur les savoirs minimum ainsi que sur le projet professionnel. On les accompagne également sur leurs problématiques personnelles grâce à notre réseau de partenaires". Une recette qui a essaimé dans toute la France où l'on compte aujourd'hui plus de cinquante écoles qui ont vu défiler 15 000 jeunes en 2018.

Adapter la formation aux besoins des entreprises locales

Outillée de ses capacités en gestion de projet, elle gravit les échelons devenant en 2014 secrétaire générale avant d'occuper le poste de directrice dès 2017. Venue du monde des entreprises, c'est assez naturellement qu'elle veut renforcer les relations de l'école avec elles. Ce qui passe par le développement de formations collectives comme cela se fait depuis longtemps avec la restauration, l'école disposant d'un plateau technique dédié. "Le territoire a des besoins de recrutement. Il s'agit de développer des parcours selon ses besoins". Des formations sont ainsi proposées dans la pose de fibre optique, la propreté et la santé. "Nous allons lancer la voirie et réseaux divers ainsi que l'électricité". Un moyen d'ouvrir des portes à des jeunes éloignés de l'emploi, tout en leur assurant la possibilité de changer de cap si le domaine ne leur plaît pas.

Elle s'attelle aussi à développer la mobilité des jeunes. "Nous les emmenons au musée, aux calanques, au stade Vélodrome. On leur fait prendre le métro, lire une carte". Car elle est consciente des difficultés rencontrées lorsqu'il s'agit de se déplacer et sait que les jeunes des quartiers du sud de la ville ne viendront pas jusqu'à elle. Alors elle veut aller à eux.

"Nous allons construire une seconde école d'ici l'été dans les quartiers Sud. D'ici 2 ou 3 ans, nous aimerions avoir 400 stagiaires au Sud, 800 au Nord", contre 500 à 600 aujourd'hui. "C'est un changement d'échelle ambitieux mais le besoin existe. Dans le sud de la ville, il y a des zones avec des besoins sociaux mais le tissu associatif est moins dense". La nouvelle école proposera des formations en lien avec les besoins propres à ces quartiers.

Recréer une rencontre manquée

Une nouvelle école avec des parcours de formation spécifiques mais avec un même esprit : celui de "valoriser" les jeunes, un mot qu'elle répète comme un mantra et qui permettrait de panser l'absence d'une "rencontre qui ne s'est pas faite", faute d'une bonne orientation ou d'un environnement propice, faute d'être en face de la bonne personne au bon moment.

Un défi qui l'anime. "J'avais besoin de me sentir utile. J'avais cette fibre depuis longtemps. Elle était un peu planquée puis elle s'est réactivée comme une évidence quand je suis arrivée ici. Quand je vois les trajectoires de ces jeunes qui arrivent tout recroquevillés et qui repartent fiers d'eux, c'est très beau". Et de citer "ces parcours hors du commun comme ce jeune qui finit à Sciences Po, c'est incroyable ! Mais nos réussites quotidiennes, ce sont plutôt celles de ceux qui arrivent à se stabiliser, à quitter le quartier, à fonder une famille. Cela montre qu'on peut changer des vies".

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