Jean-Luc Monteil : haro sur "l'effet yoyo"

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(Crédits : DR)
Les montagnes russes ce n'est pas vraiment la marotte du président du Medef Sud qui fustige la méthode Macron. Et celui qui est membre du conseil exécutif et président de la commission Adhérents au sein du Medef de vanter le principe de la réforme. Car après tout, ce qui vaut pour le syndicat patronal devrait aussi valoir pour le gouvernement.

On n'a jamais pu taxer Jean-Luc Monteil de pratiquer la langue de bois. Et ce ne sont pas ses fonctions nationales, venues s'ajouter à sa casquette de président du Medef Sud, qui ont changé la donne. Bien au contraire. L'expérience de ce multi-entrepreneur - finance, immobilier, médias - est précieuse dans la refonte du syndicat patronal, engagée par Geoffroy Roux de Bézieux.

Et c'est aussi ce qui lui permet de jeter un regard critique sur les annonces gouvernementales. Autant dire que les dernières en date ne l'ont pas laissé indifférent. C'est bien simple, si Emmanuel Macron est souvent résumé à son "en même temps", pour Jean-Luc Monteil, ce qu'il pratique davantage c'est l'effet yoyo.

"D'un côté, on nous dit qu'il faut alléger la pression sociale et fiscale et de l'autre, dès qu'il s'agit de rassurer l'opinion, on alourdit un peu plus le poids auprès des entreprises, en s'attaquant aux niches fiscales. Tout cela est flou. Et comme le dit l'adage, quand c'est flou, c'est qu'il y a un loup". Pour alléger, "cela passe par la capacité de l'Etat à se réformer et par un acte de décentralisation. Ce qu'il faut, c'est avoir un interlocuteur unique. Ça évite le millefeuille et ça apporte plus d'agilité". Au-delà, c'est l'attitude même du chef de l'Etat, que pointe Jean-Luc Monteil : "Emmanuel Macron affirme que sa vision est la bonne", sans une remise en question qui ferait du bien. Le président du Medef Sud de prendre l'exemple de l'âge de départ à la retraite. "Statuer sur la retraite à 62 ans, c'est soit prendre les Français pour des imbéciles, soit ne pas voir la réalité".

Macron, entrepreneur d'hier

Si Geoffroy Roux de Bézieux a souvent été présenté comme le candidat des territoires lors de l'élection à la présidence du Medef, le sujet "région" n'est pas aisé chez Emmanuel Macron. "Il a du mal à nous convaincre lorsqu'il parle de territoires", estime Jean-Luc Monteil. Pas davantage convaincu par l'idée de France Service. "Nous sommes sur du concept marketing. On ne doute pas de la volonté de bien faire d'Emmanuel Macron mais quelque soit la bonne volonté, on sent le manque d'expérience. On nous propose des big bang qui apportent des réponses pires que les précédentes". Et l'entrepreneur de donner sa vision. "Dans le management qu'il opère, le président dirige le pays comme hier l'entrepreneur dirigeait ses entreprises. Tout passe par ses mains, on est sur des cycles rapides, très brutaux. Ce modèle ne peut être possible que si l'on fait confiance. Or, Emmanuel Macron ne fait pas confiance. Il doit apprendre à travailler en équipe".

Mieux penser

Des solutions, le think tank lancé par le Medef Sud en 2017 en a plein son escarcelle. Baptisé Nouveau Cap il s'est justement saisi "de deux sujets au cœur de l'actualité" : la démocratie (thème de la première note NDLR), le millefeuille administratif et la perte de charge pour le second opus. "Trop d'impôt tue l'impôt car les acteurs s'organisent différemment pour ne pas en payer. Dans ce pays, beaucoup de professionnels ont baissé le stylo. On décourage ceux qui veulent entreprendre avec un système sur-réglementé, sur-fiscalisé". Un think tank qui ne demeure pas centré dans le Sud mais qui est promu dans d'autres régions, comme la Normandie, ainsi qu'au Sénat, du CESE ou encore de Matignon. Et qui va bientôt s'atteler à sa troisième note, consacrée à l'organisation sociale. "Pour assurer la solidarité, on a accumulé les dispositifs et on a créé un modèle profondément injuste. Aujourd'hui, le système est tellement complexe que lorsque le besoin est réel, la solidarité ne fonctionne plus". Et Jean-Luc Monteil de suggérer qu'il n'est peut-être pas de la mission de l'Etat de prendre en charge certaines missions.

En clair, pour que le pays se porte mieux, "il faut faire des diagnostics et faire de la pédagogie".

Etre sexy

Question réforme donc, quid de ce nouveau Medef, tant attendu et promis par Geoffroy Roux de Bézieux ? "Il ne laisse rien au hasard", explique le président de la commission Adhérents. "Ce qu'il conseille aux autres, il se l'applique à lui-même". Pour l'heure, le Medef est toujours en chantier, mais ça avance. "Le réseau a été mis à plat. Nous travaillons à une nouvelle organisation qui permettra au Medef d'être plus souple, plus agile, plus représentatif". Le tout doit être suffisamment sexy pour attirer ceux qui ne sont pas encore adhérents. Et finalement, c'est encore dans le modèle de l'entreprise, que l'inspiration se fait le mieux. "Nous élaborons une logique client. Et nous développons des services qui ont pour mission de faire grandir l'offre auprès des territoires". Car le patron des patrons "veut que le Medef soir le reflet de ce qui nous distingue, que chacun se sente pris en compte". C'est exactement sur ce modèle que les REF, les rencontres des entrepreneurs de France, ont été imaginées. Finie l'Université d'été et son campus de Jouy-en-Josas. Le traditionnel rendez-vous d'août se fera désormais à Longchamp. "Au vert, avec une formule in et off. Et le retour d'invités exceptionnels" promet Jean-Luc Monteil. La création d'un Comex des entrepreneurs de moins de 40 ans est aussi une façon de marquer le désir de transformation. "Tout cela contribue au changement de l'organisation". Et à un certain équilibre... loin de l'effet yoyo.

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