Xavier Niel au capital de Nice-Matin. Vraiment ?

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(Crédits : CHARLES PLATIAU)
En annonçant, avec un sacré effet de surprise, sa volonté d'entrer au capital du quotidien basé à Nice, le fondateur de Free n'y va pas par quatre chemins. Sauf qu'il n'est pas tout seul sur le coup et que son projet d'entreprise demeure pour l'heure inconnu. Si le tout agite le paysage local, il dit aussi beaucoup de la valeur du titre.

Niel contre Safa ? L'affiche pourrait être alléchante s'il était seulement question de comparer les modèles économiques ou les fortunes personnelles. Sauf que c'est l'entrée au capital de Nice-Matin qui "oppose", pour l'heure, les deux entrepreneurs. Et qu'en filigrane, il s'agit d'économie et d'emplois.

L'annonce, via un communiqué dimanche soir, de l'entrée en négociations exclusives de Xavier Niel avec le groupe belge Nethys qui détient 34 % du capital du seul quotidien des Alpes-Maritimes a surpris, du paysage local aux salariés du journal eux-mêmes. Car, jusqu'à présent, c'est Iskandar Safa qui semblait tenir la corde. L'homme d'affaires libanais, qui n'en n'est pas à sa première tentative de rachat du titre (il s'était également mis sur les rangs en 2014 NDLR), a, lui, déjà présenté son projet, assurant investissement et zéro casse sociale. Ainsi que le rachat des actions et l'apport au compte courant.

L'option Niel vient dont quelque peu déstabiliser ce qui semblait rouler, c'est-à-dire une opération de rachat imminente, se déroulant dans une atmosphère plutôt sereine.

Au point que la direction de Nice-Matin a elle-même réagit via un communiqué démentant avoir été en contact avec le patron de Free. Ni même avoir été consultée - ni elle ni l'actionnaire majoritaire (la SCIC qui réunit les 456 salariés actionnaires NDLR) sur la vision de Xavier Niel pour le quotidien azuréen.

Pour rappel, Nice-Matin a été placé en procédure de sauvegarde (qui permet de suspendre le paiement de dettes le temps de réorganiser l'entreprise, NDLR) en mars dernier, procédure attaquée par Nethys. L'actionnaire belge avait en effet peu apprécié de ne pas avoir donné son accord, attaquant à son tour la validité de la procédure. Laquelle a été confirmée par le Tribunal de commerce de Nice ce vendredi.

Nethys, pour rappel, a été sommé par la justice belge de se désengager des investissements réalisés à l'étranger, notamment dans l'énergie en Afrique et dans la presse en France. Le groupe belge détient par ailleurs 11 % du capital d'un autre quotidien, La Provence. Où l'actionnaire est un certain Bernard Tapie...

Pistes à explorer

Bref, entre la direction et les salariés de Nice-Matin d'un côté et Nethys de l'autre, rien ne va plus. Les premiers reprochant au second sa politique de la chaise vide, bloquant tout développement.

Alors Niel ou Safa ? Pour l'heure, c'est l'expectative. Evidemment, comme le rappelle Romain Maksymowycz, délégué SNJ, il est essentiel de connaître le projet envisagé par Xavier Niel. "Nous restons vigilants sur le plan social. Comme sur l'indépendance éditoriale". Et de rappeler que "nous avons été échaudés par l'attitude de Nethys".

La soudaineté de l'arrivée de Xavier Niel dans le dossier serait-elle liée au paysage politique ? Iskandar Safa est réputé pour être proche d'Eric Ciotti, qui s'oppose à Christian Estrosi en vue des prochaines élections municipales. "Nous n'excluons pas la piste politique", indique Romain Maksymowycz, "surtout dans les Alpes-Maritimes et à Nice". Edulcorant tout de même la chose : "C'est davantage Xavier Niel qui parle à l'oreille des politiques que l'inverse."

Les deux candidats à la reprise des parts de Nethys ont tout de même des points communs dont notamment celui de disposer d'une présence dans la région. Iskandar Safa est le propriétaire du Domaine de Barbossi, à Mandelieu-la-Napoule, ville située à quelques kilomètres de Cannes. Xavier Niel est entré au capital de Monaco Telecom en 2014 et il prévoit d'installer une "Station F" au sein du projet Ecotone à Sophia-Antipolis. Sur l'ancrage régional, il y a donc presque égalité.

Autre point commun : ils possèdent déjà des parts dans des groupes de presse. Safa est l'actionnaire majoritaire du Groupe Valeurs Actuelles (Mieux vivre votre argent, La Lettre de la Bourse), tandis que Xavier Niel est au capital du Monde et de plus petits médias comme Les Jours.

Un titre attractif

Quoi qu'il en soit, on peut considérer que Nice-Matin, que l'on a souvent présenté comme très mal en point économiquement parlant, crée une certaine appétence.

Romain Maksymowycz l'analyse aussi ainsi : "Deux investisseurs d'importance s'intéressent à notre titre. Nous ne nous sommes jamais cachés de posséder une trésorerie parfois un peu exsangue. Malgré cela nous suscitons l'intérêt".

Pour Nicolas Teisseyre, responsable du Centre de Compétence Télécommunications, Médias et Technologie de Roland Berger, l'intérêt de Xavier Niel marque surtout une confiance dans le modèle de la presse, et dans la survie du quotidien. "Le rachat de Nice-Matin serait en cohérence avec son portefeuille actuel. Il enverrait un message d'optimisme au sujet des actifs de groupes de presse."

Malgré sa situation financière et une diminution de l'audience liée à une tendance générale, Nice-Matin diffuse encore largement. Plus de six millions de visites sur son site par mois et près de 70.000 exemplaires papiers vendus par jour (selon l'ACPM) attestent de sa puissance de frappe. "L'info locale est rare et précieuse, c'est un vrai avantage comparatif pour les entreprises de presse quotidienne régionale", rappelle Nicolas Teisseyre. Si le monde de la presse peine à endiguer son ralentissement, l'analyste reste convaincu de leur attrait pour les investisseurs : "Les actifs de presse ont trois intérêts aujourd'hui : on achète une marque, une capacité de rédaction de contenus, et une force commerciale capable de vendre ces contenus à des annonceurs."  La visibilité de Nice-Matin est sans équivalent dans la région, et plus de 200 salariés font valoir des décennies d'expérience éditoriale. Finalement, l'intérêt des investisseurs marquent aussi leur croyance en un modèle de diversification rentable pour le titre.

Iskandar Safa offre de rembourser l'intégralité des 20,9 millions d'euros investis par Nethys dans Nice-Matin. Reste à savoir quelle offre Xavier Niel prépare de son côté. Le bras de fer ne fait que commencer...

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Commentaires
a écrit le 19/07/2019 à 19:05 :
ce mec a commencé avec le minitel rose, les sex-shops et le porno. avec de l'argent sale quoi...
a écrit le 18/06/2019 à 10:23 :
A part, participer a la manipulation des médias, on ne voit pas ce qu'il aurait a gagner!
Réponse de le 18/06/2019 à 14:44 :
Une pompe à argent public tiens ! Mais bon c'est vrai il y en a déjà tellement...

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