Nice reliée à la Chine : quels impacts pour l'économie du Sud ?

 |   |  1299  mots
(Crédits : DR)
L'annonce – enfin confirmée – d'une ligne reliant Pekin Capital à Nice Côte d'Azur est évidemment une bonne nouvelle pour les acteurs économiques du Sud. Car tous les segments sont concernés : le tourisme de loisirs mais aussi celui d'affaires, l'attractivité des investisseurs de tout ordre, entreprises y compris. Reste maintenant à impulser des actions stratégiques pour confirmer le potentiel estimé en réalité.

Ces derniers mois, l'ouverture d'une ligne aérienne reliant Nice Côte d'Azur à la Chine bruissait inlassablement. Et si le sujet était devenu un secret de Polichinelle, la confirmation, ce 21 juin, de 3 vols par semaine à compter du 2 août, opérés par Air China, a permis aux acteurs économiques de pousser un ouf de soulagement.

Temps long

Car pour arriver à concrétiser ce rapprochement franco-asiatique, il aura fallu conjuguer travail et patience. Et encore de la patience. C'est en effet depuis les années 1990 que le Comité régional du tourisme et les villes majeures de la Côte d'Azur - telles Nice, Cannes et Antibes - ont entamé discussions et actions de promotions, autant auprès des prescripteurs que des professionnels. En 2010, lors de l'Exposition universelle de Shanghai, un Pavillon France avait permis à la Côte d'Azur d'obtenir une certaine visibilité. Hu Jintao, le président chinois, avait lui-même décidé de passer par la Baie des Anges et la Riviera lors de son séjour officiel dans l'Hexagone, quelques mois plus tard. Il y a eu aussi la nomination de l'acteur chinois Liu Yé, dont la femme est originaire de Nice, en tant qu'ambassadeur de la destination Côte d'Azur France en 2016. Sans oublier l'effet réseaux sociaux qui permet via les deux principaux autorisés en Chine, Wechat et Weibo, de comptabiliser 110 000 abonnés Côte d'Azur France, la marque instaurée par le CRT pour promouvoir la destination. Et on n'oubliera pas non plus la formidable action de promotion menée en 2016 par le PDG de Tiens qui n'avait rien trouvé de mieux que de récompenser ses 6 500 meilleurs vendeurs par un périple niçois, "consommant" en même temps 3 000 nuitées et se faisant encore plus remarquer en battant un record, celui de la plus longue phrase humaine vue depuis le ciel. Une extravagance qui avait permis de largement mettre la lumière sur Nissa la Bella. Lors d'un déplacement à Shanghai, Shenzhen et Guangzhou en octobre 2016, Christian Estrosi, alors président de la Région Sud avait également milité pour l'ouverture d'une ligne, reconnaissant à l'époque que des efforts en matière de signalétique devaient être fait au sein de la plateforme aéroportuaire. Ce qui avait été suivi d'effet. L'Aéroport niçois dispose également d'une hotline sur WeChat, un site internet et une plateforme d'accueil en mandarin, une application de conciergerie et des bornes interactives dans les terminaux.

Mais c'est sans doute la venue en mars dernier de Xi Jinping qui a permis d'apporter la touche finale au projet.

Objectif Top 10

On le sait, les Chinois aiment la Côte d'Azur et la Provence. A Marseille, en mars dernier, le Rendez-vous en France avait accueilli 45 prescripteurs chinois, preuve de l'intérêt de l'Empire du Milieu pour la destination. Sur la Côte d'Azur, d'après le Comité régional du tourisme, 115 000 séjours de 4 nuits en moyenne sont comptabilisés chaque année, sachant que 41 % des visiteurs avion repartent vers Paris. La liaison entre Nice Côte d'Azur et Pékin-Capital va également avoir une autre conséquence, celle de désengorger les hubs et de permettre un accès direct entre les deux destinations.

Evidemment, le tourisme apparaît comme l'un des secteurs sur lequel cette liaison va peser. Le CRT évoque un objectif clair : celui de 250 000 séjours en 2025 ce qui placerait la Chine dans le Top 10 des marchés étrangers de la Côte d'Azur. Il figure pour l'heure à la 15ème place. A noter qu'entre 2007 et 2015, il y avait eu triplement des séjours. Le choix d'une liaison avec Pékin Capital apparaît comme logique, Pékin représentant la première région d'origine des touristes chinois, à 30%, suivi par Shanghai à 24 %.

Huawei en précurseur

Mais il n'y a évidemment pas que le tourisme de loisirs qui va bénéficier de cette nouvelle route. Le tourisme d'affaires est un autre axe qu'il faudra développer, d'autant que l'A330-200 et ses 227 sièges comprennent également 28 sièges affaires.

Et ça, c'est bon aussi pour attirer à soi les investisseurs. Ce qui fait plaisir à Team Côte d'Azur. Qui a déjà facilité l'installation de Huawei à Sophia-Antipolis en 2014 via un centre de R&D spécialisé chipset et électronique embarquée. L'opérateur initie d'ailleurs chaque année depuis 2014 son concours de startups, baptisé Digital InPulse, programme qui d'après le géant chinois lui-même souhaite "ouvrir les portes de la Chine" aux jeunes pousses. Avec une liaison directe c'est plus simple. Huawei qui en a profité pour rayonner régionalement, autant du côté du Conseil régional que de Monaco où s'expérimente la 5G.

Potentiel à développer

A noter que la Côte d'Azur dispose de 16 entreprises à capitaux chinois, ce qui correspond également à 353 emplois. A comparer avec celles d'origine asiatique au global, soit 92 entités pour 2 051 emplois.

Team Côte d'Azur ne cache pas que le terreau est fertile. Comme le rappelle Philippe Servetti, le directeur général de l'agence de promotion économique, la Chine ne fait pas forcément partie des destinations prioritaires, cependant, elle constitue néanmoins un pays où "nous allons chasser collectivement, en meute", plus précisément en travaillent avec des réseaux sur place et Business France. Si les entreprises françaises sont depuis longtemps implantées en Chine - elles sont 1 800, représentant 500 000 emplois - les entreprises chinoises sont beaucoup plus récemment implantées en France, notamment via des prises de participation dans des grands groupes comme Accor ou Auchan. "Il y a un potentiel à développer", appuie Philippe Servetti. Le positionnement smart city de Nice Côte d'Azur constitue aussi un facteur d'attractivité, la Chine étant volontairement décidée à améliorer son empreinte énergétique. La tenue du sommet franco-chinois en octobre prochain à Nice, à l'initiative de l'ancien ministre Jean-Pierre Raffarin, constitue une autre preuve de l'intérêt qui unit les deux territoires. Et même si l'angle de coopération prévu sera culturel, il sous-tend forcément des enjeux économiques autour des filières cinématographiques notamment.

Effet d'entraînement

Un peu plus loin, le spécialiste de la silice, Quechen, qui s'installe à Fos-sur-mer, ne devrait pas ignorer cette liaison directe et c'est bien tout le Sud qui devrait voir s'ouvrir des perspectives de développement. C'est exactement ce que dit Dominique Thillaud, le président du directoire de l'aéroport Nice Côte d'Azur, interrogé par La Tribune. "Nous avions déjà beaucoup de touristes chinois. Le tourisme d'affaires et des salons tels que le Mipim attirent de plus en plus d'entreprises chinoises. Pour la technopôle de Sophia-Antipolis, bénéficier d'une liaison directe avec la Chine, constitue un avantage colossal. Cette liaison va servir toute la région Sud, qui, vue de Chine, est une tête d'épingle sur la carte du monde". Gênes et Savona, en Italie et à proximité géographique immédiate, sont toutes autant concernées, qu'il s'agisse d'entreprises ou de croisiéristes. "Il existe un effet d'entraînement. Tout cela va changer l'image de la destination en Chine", prédit Dominique Thillaud. Qui exhorte l'ensemble des acteurs à se préparer à l'arrivée des ressortissants chinois, c'est-à-dire en étant équipés des différents moyens de paiement dont ceux-ci ont l'habitude et à s'organiser pour disposer de documentation dans leur langue natale. Et qui dit aussi que c'est grâce à l'ouverture des droits de trafic que tout a été rendu possible, la sensibilisation auprès d'Elisabeth Borne ayant porté ses fruits. Et que donc les aéroports de province ont bien toute leur place dans l'organisation du trafic.

Si l'officialisation est l'aboutissement d'un travail de longue haleine, pour transformer l'essai prometteur en succès, tout commence maintenant.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 02/08/2019 à 11:49 :
Pour mieux connaître la Chine et sa récente évolution, lisez "Mémoires chinoises" de Jean Tuan chez CLC éditions. L'auteur observateur attentif du pays de son père a été le témoin privilégié de ces brutaux changements depuis 1980. Marie Holzman, sinologue de renom, a préfacé le récit. Disponible en librairie sur commande et via fnac.com, amazon.fr, decitre et babelio.
a écrit le 24/06/2019 à 13:54 :
Bon pour le business tout ça. Le climat attendra;
a écrit le 24/06/2019 à 12:26 :
Madame Boretto, les vrais connaisseurs de la Chine n'utilisent pas l'appellation de "L'empire du milieu". Elle est racoleuse, bidon et cherche à effrayer le lecteur. Le nom chinois du pays, "zhonguo" se traduit par "pays du milieu". De plus si la Chine a été "empire", même entre eux les chinois ne la qualifient plus ainsi. "La culture c'est comme la confiture...".
a écrit le 24/06/2019 à 12:15 :
"La tenue du sommet franco-chinois en octobre prochain à Nice, à l'initiative de l'ancien ministre Jean-Pierre Raffarin, constitue une autre preuve de l'intérêt qui unit les deux territoires." A hurler de rire ou bien à pleurer. Raffarin ne connaît de la Chine que les ors et les somptueux cadeaux que ses maîtres de Pékin lui font. Si certains espèrent qu'il va les aider dans leurs démarches entrepreneuriales en Chine, ils vont être déçus ! Il prospère sur un terreau dont il ne connaît rien. L'exemple type du fantoche !
a écrit le 24/06/2019 à 12:05 :
Madame Bottero, il aurait fallu révéler le nom de la compagnie chinoise qui va assurer la liaison. Là, cela aurait eu un intérêt...
a écrit le 24/06/2019 à 12:02 :
Team Côte d'Azur ne cache pas que le terreau est fertile. Comme le rappelle Philippe Servetti, le directeur général de l'agence de promotion économique, la Chine ne fait pas forcément partie des destinations prioritaires, cependant, elle constitue néanmoins un pays où "nous allons chasser collectivement, en meute". Quelle prétention M. Servetti ! extrait de votre article...
Vous croyez arriver en Chine en terrain conquis ?! vous croyez arriver au bon moment alors que toutes les bonnes places sont prises et que la Chine se développe depuis les années 80 ?! Un ami pékinois me disait il y a 30 ans "les produits allemands sont de bonne qualité mais coûteux, les produits italiens sont bon marché mais de qualité quelconque, les produits français ne sont pas d'excellente qualité et chers. Pour les vendre il faut beaucoup de compétence, or vous français êtes suffisants...".
a écrit le 24/06/2019 à 10:35 :
"Hu Jinto Tao" ?! arrêter d'écorcher les noms de dirigeants chinois, des grandes villes ou des grandes entreprises chinoises. L'ancien président se nommait "Hu Jin Tao". Que penseriez-vous de journalistes chinois qui écriraient : "Magron" pour Macron, "Bali" pour Paris et "Zitroen" pour Citroen ? et ne parlons pas de la manière dont la majorité d'entre vous prononcent le nom de l'actuel n°1 chinois (Xi Jin Ping) ou bien de l'entreprise Huawei...
a écrit le 24/06/2019 à 10:33 :
"Hu Jinto Tao" ?! arrêter d'écorcher les noms de dirigeants chinois, des grandes villes ou des grandes entreprises chinoises. L'ancien président se nommait "Hu Jin Tao". Que penseriez-vous de journalistes chinois qui écriraient : "Magron" pour Macron, "Bali" pour Paris et "Zitroen" pour Citroen ? et ne parlons pas de la manière dont la majorité d'entre vous prononcent le nom de l'actuel n°1 chinois (Xi Jin Ping) ou bien de l'entreprise Huawei...
a écrit le 23/06/2019 à 10:10 :
C'est comme dans n'importe quel business confiez ce projet à des gens éclairés et il ne fera que nous faire prospérer confiez le à des gens compromis et c'est un désastre annoncé.

Ah mais mince on est à Nice là... Désolé.
a écrit le 22/06/2019 à 18:57 :
Seigneur, pardonnez leur parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils font, les marchands du Temple...pour quelques dollars de plus.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :