La perte d'emploi des chefs d'entreprises ralentit dans le Sud

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(Crédits : Dado Ruvic)
Près de 5000 chefs d'entreprise sont perdu leur poste en 2018 en Provence-Alpes-Côte d'Azur selon une étude réalisée par Altares pour GSC. S'il s'agit d'une des régions les plus touchées, c'est aussi celle où la baisse est la plus importante.

L'entrepreneur "est un véritable aventurier" disait le célèbre économiste Joseph Schumpeter. Par définition, l'aventure est faite d'imprévus. Et cela peut parfois mal se terminer, laissant le chef d'entreprise sur le carreau. En 2018, ils 4 981 à avoir perdu leur emploi dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, selon une étude réalisée par Altares pour l'assureur des mandataires sociaux GSC. La région Sud représente 10 % des pertes d'emplois pour les chefs d'entreprise au niveau national, ce qui la positionne à la troisième place de ce classement peu envieux. Toutefois, la région Sud est celle où ces chiffres connaissent la plus forte baisse à -7,3%.

Dans le détail, la situation est très différente selon les territoires. Trois départements présentent un chiffre à la baisse, Bouches-du-Rhône (-14%), Alpes-Maritimes (-11,2%) et Hautes-Alpes (-8,3%). Pour les trois autres, la tendance est à la hausse avec +3,3% pour le Vaucluse ainsi que les Alpes-de-Haute-Provence et +4,8 % dans le Var. "Près de 52% des entreprises de Provence-Alpes-Côte d'Azur, impactées par la perte d'emploi de leur dirigeant, comptaient un ou deux salariés", précise l'étude. Les principaux secteurs concernés sont la construction, le commerce et l'hébergement-restauration-débit de boissons. A eux trois, ils concentrent les deux tiers des pertes d'emploi.  A voir comment va être digérée l'année 2019 durant laquelle "les défaillances d'entreprises devraient repartir à la hausse (au niveau national NDLR), et les dirigeants d'entreprises en situation de perte d'emploi être toujours plus nombreux", selon Charles Battista, directeur d'Altares.

Plus d'emploi et pas d'allocation

C'est peut-être à ce moment-là que se trouve le moment le plus dangereux de l'aventure de l'entrepreneur. "Les chefs d'entreprises en situation de perte d'emploi ne sont pas pris en charge par Pôle emploi et ne bénéficient d'aucune protection chômage", souligne Anthony Streicher, président de l'association GSC. C'est ce qui est arrivé à Sébastien Brule. "L'Apec aide seulement à retrouver du travail, les allocations sont gérées par Pôle Emploi et nous n'en bénéficions pas", explique celui qui est resté 12 ans à la tête de la société WyPlay. "Cela signifie qu'à J+1, vous touchez zéro euro", confirme Jean-François Biry, qui a été mandataire social pendant 20 ans. "Il faut savoir qu'un chef d'entreprise peut être révoqué par l'assemblée générale ad nutum, c'est-à-dire de manière immédiate", ajoute-t-il.

Heureusement pour les deux ex-dirigeants, ils avaient souscrit à une assurance pour percevoir un revenu en cas de perte d'emploi. "Mon expert-comptable au moment de me lancer m'a dit qu'il fallait absolument en prendre une", raconte Sébastien Brule. "C'est du chômage privé", résume-t-il. Concrètement, il s'agit de verser une mensualité chaque mois pour qu'ensuite l'assurance verse un revenu après la perte de l'emploi. La durée et les montants à verser peuvent varier.  Dans son cas Sébastien Brule a cotisé 1500 euros mensuels pendant 12 ans, il perçoit aujourd'hui une "allocation" de 8 000 euros sur une durée de 18 mois maximum. Durant toute cette période, il est contrôlé. Il faut s'inscrire à Pôle emploi pour pouvoir toucher le revenu de son assurance puis fournir à l'assureur tous les 4 mois un compte-rendu des offres d'emploi auxquels il a postulé et les démarches pour retrouver un travail.

"Heureusement que je l'ai fait", souffle-t-il. "Lorsqu'on a un salaire élevé, les charges le sont aussi, certaines il est possible de les couper mais pour le crédit d'une maison par exemple cela est plus compliqué." Pour Jean-François Biry, ce type d'assurance est indispensable. "Cela permet de rechercher à rebondir à tête reposée", explique-t-il.

Faire passer l'information

Pour lui, ce dispositif n'est pas assez connu. "Il n'y a pas d'homogénéité dans le profil des chefs d'entreprises, donc ils sont difficiles à cibler et il n'y a pas beaucoup de publicité", juge-t-il. Est-ce le rôle des collectivités et des structures d'accompagnement de sensibiliser sur ce sujet ? "C'est difficile parce que toutes ces entités aident au développement de l'entreprise, quand on travaille dessus on n'est pas obsédé par l'idée de tout perdre", estime Jean-François Biry. De son côté, Sébastien Brule avance "qu'il faudrait qu'à chaque fois qu'une entreprise s'enregistre à la CCI il soit envoyé de la documentation sur cela".

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