Quel bilan de santé pour les startups en Côte d'Azur ?

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(Crédits : Pixabay)
Si le dynamisme demeure certain, les jeunes pousses ont tout de même connu une année 2018 moins flamboyante qu'en 2017 : baisse des tours de tables conclus, des tickets moyens moindres aussi, des investisseurs privés qui manquent à l'appel… Pour le cabinet Techmind, basé à Nice et Paris, le remède pourrait résider dans la spécialisation de filière, tout en profitant de la labellisation 3IA pour faire émerger davantage celles qui sont spécialisées Deeptech.

Le monde merveilleux des startups l'est souvent... de loin. De près, comme toute entreprise - et peut-être même davantage - le financement est le nerf de la guerre. Perçue comme le mètre étalon, la levée de fonds est souvent l'objet d'analyses et de commentaires. Sur le sujet, Techmind s'y est penché également pour un diagnostic qui pointe faiblesses et forces.

Avec 40,5 M€ levés pour 15 tours de table et un ticket moyen de 2,7 M€, l'année 2018 a été moins dynamique en Côte d'Azur que 2017 où sur les mêmes données, il était question de 88,2 M€ pour 26 levées et un ticket moyen de 3,9 M€. Il faut dire qu'en 2017, on avait pu compter notamment sur les levées de Qwant, Vulog et TxCell, supérieures à 10 M€. Une performance qui ne s'est pas reproduite en 2018, Wildmoka, Izicap et Silicon Mobility constituant le trio de tête ayant réunis respectivement entre 5 et 10 M€, suivis par 6 autres levées, inférieures à 5 M€. Au global, la Côte d'Azur pointe à la 9ème place des territoires en termes de volume de levées de fonds.

Soutenir le transfert de techno

Un diagnostic que Techmind a poussé jusqu'à analyser les business modèles. Et d'où il ressort que 66 % des startups azuréennes s'appuient sur le BtoB. Pas tout à fait un hasard peut-être, les fonds d'investissements ciblant davantage les entreprises ayant adopté ce modèle, cela représentant même 78 % des tours de table.

Où on se rend compte aussi que le logiciel ou le digital ne concentrent pas la majorité de jeunes pousses. C'est la santé et les biotech qui en a le privilège. Le big data et l'intelligence artificielle, cette dernière tout juste auréolée de l'obtention de l'institut 3 IA, commencent à concentrer des jeunes pousses, une tendance qui devrait se confirmer. "Il existe une vraie ambition sur le projet de l'institut 3IA, porté par des personnes charismatiques", indique David Domingues, fondateur de Techmind. "Demeure la problématique du transfert de technologies, comment faire passer les technologies issues de la recherche publique au monde de l'entreprise. Les grands groupes le font sur le temps long, alors que les startups pourraient les mettre plus rapidement sur le marché." Un sujet dont s'emparent justement l'INRIA Tech et l'institut 3IA.

Accélérer... sur les accélérateurs

L'offre d'accélération des startups, que certaines trouvent pléthore, est selon Techmind, encore trop peu développée. Qui pointe les forces en présence, d'Allianz Accélérateur qui accueille de plus en plus des pépites prometteuses issues d'autres territoires, au Village by CA qui en une année d'existence possède un joli groupe de startups prometteuses, à P.Factory, qui pose des jalons encore récents en Côte d'Azur. BA06, le plus ancien acteur sur la place, est le premier à avoir créé son propre véhicule d'investissement. Quant au Mas du groupe Nice-Matin, il est encore très (trop) tôt pour un tirer des indications.

Et David Domingues de mettre le doigt que une particularité qui représente tout de même une faiblesse : la rareté des investisseurs privés. En comptabilisant l'ensemble des opérations menées en 2017, 2018 et au premier trimestre 2019, seuls Région Sud Investissement, Sofipaca et Creazur sont les régionaux de l'étape. "De nombreuses startups sont obligées d'aller chercher des fonds à Paris", fait remarquer David Domingues. "Dans le domaine du numérique, que l'on soit sur un business modèle en BtoB ou en BtoC, tout se passe dans la Capitale. Peu de fonds investissent de façon régulière en local". Les business angels, au nombre de 3 (Var Business Angels, Angels Bay et Sophia Business Angels NDLR) sont aussi pas assez actifs, estime David Domingues. "Au moment où les fonds étrangers regardent de plus en plus ce qu'il se passe en France, il existe un réel sujet sur l'attractivité de l'écosystème". A noter tout de même, le comportement des établissements bancaires, qui ne rechignent pas (moins ?) à réaliser des prêts contre-garantis par Bpifrance, ce qui constitue l'autre façon de récolter monnaie sonnante et trébuchante, sans passer par la case levée en capital.

Ordonnance

Pour vitaminer le métabolisme de base, Techmind considère que le territoire azuréen a tout intérêt à "avoir des spécialités fortes, comme l'IA et la santé", conseille David Domingues. Qui considère aussi que le lien entre startups et PME devrait être renforcé, les solutions des premières permettant d'aider les secondes dans leur transformation digitale, celles-ci jouant du coup, en même temps, le rôle de premiers clients. Que la constitution d'un fonds local ne serait pas une mauvaise idée et que la volonté du gouvernement de faire émerger les Deeptech, un bon éperon pour faire la différence.

Toujours est-il que 2019 semble avoir retrouvé l'énergie de 2017, les premiers tours de table enregistrés au cours des six premiers mois de 2019 le prouvant à l'instar de ceux concrétisés entre autres par B-network, Active Asset Allocation, Teach on Mars ou MyCoach. Des indicateurs d'une santé... pêchue.

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