"L’Afrique n’a pas besoin d’aide ! "

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(Crédits : DR)
Un nouveau chapître de l’histoire du continent africain est en train de s’écrire. Il balaye nos certitudes comme nos fantasmes. Il impose, autant pour lui-même qu’au reste du monde, à la fois une remise en cause des habitudes, et une approche radicalement différente du relationnel.

Par leur proximité économique, culturelle, et une histoire souvent partagée, parfois difficile,  la France et les autres nations européennes sont directement et intimement concernées par cette Afrique qui s'éveille et les bouscule. Cette Afrique dont elles découvrent avec stupeur et inquiétude le rapprochement majeur et décompléxé avec des partenaires jusque là discrets, voire absents.

Conscients de la nécessité morale et économique de favoriser le développement, la communauté internationale a imaginé, depuis près de 50 ans, une succession de plans et programmes d'aides et de coopérations. A l'évidence cela n'a pas été à la hauteur des attentes, et l'on peine à justifier l'efficience des « modéles » proposés, appuyés par des financements considérables (environ 60 miliards de dollars engagés annuellement sur les deux dernières décennies...).

On découvre ainsi, que l'émergence ne peut qu'être endogène.

Le continent africain, initialement par une partie plus dynamique de ses 54 Etats, devient un nouveau moteur majeur de la croissance mondiale. L'avenir qu'il écrit ne peut toutefois s'affranchir de la confiance et de l'investissement de partenaires étrangers.

Le temps est venu d'associations intelligentes, exigeantes et équilibrées, dont les acteurs n'ont plus aucune leçon à donner en raison des richesses économiques des uns, ni à recevoir pour un passé dont le rappel de l'inhumanité est trop souvent, pour les autres, une excuse justifiant une inertie aussi misérabiliste que stérile.

Ces objectifs de partenariat, d'association, d'avenir partagé, sont incompatibles avec la notion d'aide qui suppose une forme de dépendance et d'assistanat pour le receveur, de supériorité et de condescendance pour le donneur. L'aide suppose une main qui donne au-dessus de celle qui reçoit, elle alimente, à tort ou à raison, les accusations d'arrogance et de néocolonialisme.

L'Afrique n'a pas besoin d'aide !

C'est dans cet esprit que le Président Ghanéen Nana Akufo Addo déclarait, le 11 juillet 2019, au Sommet des Diasporas à l'Elysée, "qu'aucun Père Noêl ne va venir développer notre continent". Ou encore lorsque le Président Rwandais Paul Kagamé énoncait, en juin 2018, que "l'Afrique n'a pas besoin de babysitting".

La réalité économique, le pragmatisme politique, autant que le symbole et la sémantique, nous imposent de réserver le mot « aide », exclusivement, à des actions de solidarité humaine liées à des situations d'urgence (catastrophe naturelles, pandémies, populations en péril, crise migratoires,...) où qu'elles interviennent.

Nos financements en Afrique ne sont pas des aides. Ce sont des investissements qui servent nos intérêts à moyen et long terme, ce sont les « parts sociales » de l'avenir que nous voulons construire avec nos associés africains, comme nous le faisons avec nos homologues européens, comme nous pouvons le faire partout dans le monde.

Il sera d'ailleurs beaucoup plus facile, et juste, de faire  accepter par les citoyens français et européens, des investissements créateurs de richesses, plutôt que des aides supposées réduire leurs droits.

La France, en Europe, à une responsabilité particulière dans cette nouvelle appréhension de notre relation à l'Afrique. Il est d'ailleurs significatif qu'Emmanuel Macron, dans son discours aux ambassadeurs d'août 2018, ait proposé de « faire de l'aide une nouvelle politique d'investissement solidaire ».

Dans cet esprit, il deviendra nécessaire de parler « d'IPD », d'Investissement Public au Développement » et non plus « d'APD », Aide Publique au Développement. Et de faire partager cette idée par l'ensemble des institutions financières internationales...

L'avenir de la France, et de l'Europe, est en partage avec celui de l'Afrique.

A nous de le construire, en remettant en cause nos certitudes anciennes et en innovant.

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Commentaires
a écrit le 30/07/2019 à 13:13 :
Oui, l'Afrique a besoin de compétences qui créent et développent les richesses africaines loin des corruptions et de l'autoritarisme. Je suis tout à fait d'accord avec Yves. Merci Yves. Habib

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