Le Talus, havre de biodiversité au cœur de Marseille

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(Crédits : DR)
Située dans le 12ème arrondissement de Marseille, cette ferme urbaine participative veut sensibiliser les citoyens quant à l’intérêt d’une agriculture en ville, au plus proche de la nature. Et ce, en prouvant qu’elle présente une triple viabilité : sociale, environnementale et économique.

C'est un petit bout d'ailleurs au milieu du béton. Une de ces surprises que Marseille sait offrir à qui s'aventure hors des sentiers battus.

Encerclés par la rocade L2, une ligne de chemin de fer et la rue Saint Pierre : 3 500 m² de vie sauvage où l'on trouve de tout. Des courgettes encore en fleur, des tomates qui arrivent à maturité, des fraises, des salades, des carottes. Et tout autour, une haie fruitière où se mélangent pas moins de trois cent espèces de jeunes arbres et buissons : cassissiers, noisetiers, kiwi, pommiers ou encore néfliers... Un véritable terrain de jeu pour les vers de terre, insectes et autres oiseaux qui peuvent s'abreuver dans la petite mare toute fleurie en ce mois de juillet.

Un écosystème qu'entretiennent à tour de rôle 1 400 adhérents.  Et il y a de quoi faire comme l'indique une ardoise qui énumère les différentes tâches à réaliser aujourd'hui : "Récolter les pommes de terre et les tomates mûres. Mettre de la paille et retourner le composteur. Tuteurer les tomates » ou encore « Ateliers de fabrication des panneaux signalétiques". "Tous les mardis, les adhérents nous aident dans le cadre de chantiers participatifs", explique, chapeau sur la tête, Carl Pfanner, l'un des trois fondateurs du Talus.

"Nous avions envie de créer un projet d'agriculture urbaine proche de la nature, local et sans parti pris politique". Pour cela, les trois hommes s'inspirent des jardins urbains de Berlin et d'Amérique du Nord. "Là-bas, c'est très répandu. Berlin, c'est même un peu un cas à part. On trouve une centaine de jardins urbains installés sur des parkings". Et si Marseille est encore loin de ces références, ils y voient un réel potentiel. "On y trouve un fort terreau associatif. Il y a du soleil toute l'année. Il n'y a pas de raison qu'elle ne devienne pas un moteur dans ce domaine".

Viabilité sociale, environnementale et économique

Pour cela, le Talus doit prouver que ce type d'initiative présente une triple viabilité : sociale, environnementale mais aussi économique.

Sociale parce qu'elle réunit des personnes de différents horizons sociaux, culturels, générationnels. "Certains viennent même de l'étranger. On a des touristes, des associations d'autres pays qui viennent nous rendre visite". Des personnes qui se retrouvent sur les chantiers, lors des événements organisés chaque mois, ou autour des tables faites de palettes recyclées qui entourent la buvette. Mais l'action de l'association Heko, porteuse du projet, ne se limite pas à cette parcelle. "Nous avons un jardin en permaculture dans une école de la Pointe Rouge et un ilot avec des bacs potagers dans le quartier de Frais Vallon, au nord de la ville, où nous proposons deux activités par semaine en lien avec les structures locales". Et partout, le public répond présent. "Il y a une vraie demande pour plus de nature en ville. On mange tous trois fois par jour et on a tous un lien plus ou moins lointain avec l'agriculture. On a tous un grand-père, une arrière-grand-mère qui a été agriculteur. Chacun a quelque chose à apporter. Et on fait de plus en plus attention à notre manière de s'alimenter".

La viabilité doit également être environnementale, et ce grâce à une autre façon de penser l'agriculture. "Il faut s'imaginer qu'il y a un an, ce lieu était la décharge d'un chantier. Ce n'était qu'un monticule de déchets. On a pu l'exploiter car il n'y avait pas de pollution par hydrocarbures ni de métaux lourds. Nous avons remblayé avec 600 tonnes de déchets organiques et du broyat que nous livrent les élagueurs de la ville". Un mélange qui a permis de reconstituer "de nouveaux horizons fertiles", riches en micro-organismes. La base d'une "agriculture auto fertile sur sol vivant". C'est-à-dire qu'elle se nourrit par elle-même, qu'elle est entretenue par sa propre biodiversité. "L'idée c'est d'offrir le gîte et le couvert à la vie du sol. On n'utilise aucun intrant, on ne laboure pas, on ne retourne pas la terre". Les envahisseurs ont leurs prédateurs et les choses se régulent ainsi. "C'est du biomimétisme".

Une grande diversité d'activités

Mais pour être pérenne, ce système a aussi besoin d'être économiquement tenable. "L'objectif est de trouver une viabilité économique au bout de trois ans". Et ce, au moyen des diverses activités qui y sont menées. Le maraichage  d'abord, qui devrait à terme permettre de réaliser 12 000 euros de chiffre d'affaire annuel. "On s'est spécialisés sur le mesclun. C'est une salade qui pousse vite, qui se recoupe plusieurs fois, qui est populaire parce que bon marché et qui offre une forte densité de production au mètre carré". Mesclun, oignons, radis, betteraves... sont ensuite vendus aux adhérents, à des épiceries paysannes ou à des restaurants qui ont à cœur de proposer des produits locaux, bio et riches en goûts.

Autre source de revenus : la location de bacs potagers aux adhérents, pour un euro la semaine. "En échange, nous mettons à leur disposition de l'eau, des outils et des conseils". 116 bacs sont actuellement loués. Les formations et visites pédagogiques permettent elles aussi de tirer des revenus, de même que la restauration et la buvette qui constituent pour l'heure la plus grande part du chiffre d'affaire. Enfin, l'association s'appuie sur les adhésions et sur les aides publiques et privées qu'elle reçoit. "Nous avons des aides de la Région, de la société de la rocade L2, des fondations Véolia, Carrefour, Macif, du Crédit coopératif ou encore de la fondation de France".

Bientôt près d'un hectare cultivé

De quoi payer les charges et investir sur de nouveaux projets. Et parmi eux, celui de cultiver la parcelle voisine de 4 500 m², de l'autre côté de la rocade. "Elle est en cours de libération. Il y aura plus de plantations, des conteneurs pour la restauration et la buvette, ainsi que des ruches". 800 bacs potagers seront également installés pour faire face à la forte demande.

Une parcelle qui, comme la première, est offerte à titre gracieux par l'Etat et la société de la rocade L2 dont dépend par conséquent le projet. "Rien n'interdit qu'ils récupèrent ces terres un jour. Ça fait partie du deal. On n'est pas vraiment chez nous", reconnaît Carl Pfanner. "Mais si on attend d'avoir toutes les garanties pour mener un projet, on ne fait rien". Accepter de ne pas tout contrôler. Vivre au jour le jour. C'est peut-être un peu ça, l'agriculture de demain.

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