Quand l'Aéroport Marseille Provence capitalise sur l'exportation de compétences

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(Crédits : DR)
Désigné concessionnaire, avec Eiffage, de Lille-Lesquin au début de l'été, la société aéroportuaire basée à Marignane n'en n'est pas à son premier essai dans l'apport de son expertise à d'autres plateformes. Et c'est aussi du côté de l'Afrique, notamment, que ça se passe.

La nouvelle, parvenue un 12 juillet, aux prémices de la torpeur de l'été, aurait pu passer presque inaperçue. Pourtant, en annonçant avoir été retenu - via la société constituée pour l'occasion en commun avec Eiffage - pour la concession de Lille-Lesquin, l'Aéroport Marseille Provence a aussi mis le focus sur l'une de ses particularités : le transfert de compétences.

Car la plateforme basée à Marignane n'en n'est pas à sa première expérience. C'est même presque une "vieille" habitude, ainsi que l'explique le président du directoire : "Historiquement, Marseille-Provence a déjà pratiqué ce type d'opérations, depuis une vingtaine d'années, auprès d'aéroports implantés en Afrique".

Ces opérations étaient alors menées conjointement avec Egis (filiale de la Caisse des Dépôts NDLR) et les "participations étaient portées par les chambres de commerce et d'industrie", poursuit Philippe Bernand. Les contrats sont ensuite restés dans le giron des CCI, vendant par la suite leurs parts à un fonds d'investissement africain.

"Marseille Provence a bien été à l'origine de ces actions et a su développer un savoir-faire dans l'exportation des compétences".

Voie de valorisation

Initié et développé voilà deux décennies, puis abandonné, l'exercice est donc remis au goût du jour. Et ce n'est pas un hasard, cela relève au contraire bel et bien de la volonté de la plateforme aéroportuaire provençale de s'engager à nouveau dans cette forme de diversification. "Nous allons poursuivre cette voie de valorisation", indique Philippe Bernand, qui trouve le projet "passionnant" et compte bien mettre l'accent sur ce "plus" non négligeable. L'assistance à maîtrise d'ouvrage se fait sur des sujets divers mais stratégiques comme l'agrandissement de pistes ou ce qui relève de la réglementation par exemple, "l'Aéroport Marseille-Provence exporte son savoir-faire plus administratif que technique", précise d'ailleurs Philippe Bernand. "Il s'agit de prestation de conseils éclairés", comprendre testés et approuvés. "Nous ne prodiguons pas de conseils hors-sol".

Inspirer pour créer sur-mesure

Pour ce qui concerne précisément Lille-Lesquin, il s'agit, dit Philippe Bernand, "d'accompagner un concédant, un investisseur qui souhaite se renforcer pour aller exploiter un aéroport dont il prend le contrôle". Eiffage est donc venu chercher les compétences de Marseille Provence. Mais pas pour copier purement et simplement. "Nous sommes dans l'imagination d'un projet sur mesure qui tient compte des spécificités de Lille-Lesquin, du territoire, qui comporte un niveau d'écoute extrêmement fort", tient à préciser Philippe Bernand. "Chaque infrastructure est un cas particulier. Nous sommes à l'écoute des besoins, des interrogations pour y apporter des réponses".

Si la signature du contrat très officiel s'est déroulée fin juillet, la mise en œuvre se fera à partir du 1er janvier 2020, "en continuité parfaite", assure le président du directoire de l'aéroport provençal. "Nous avons quatre mois pour nous préparer sur le plan administratif, pour rencontrer les équipes".

A Lille, Marseille Provence va apporter l'une de ses expertises, celle de conjuguer travaux et poursuite de l'exploitation de la plateforme en même temps. "Nous avons développé un savoir-faire qui est de réaliser des travaux sous exploitation", dit Philippe Bernand. Une difficulté semble-t-il préalablement, qui se révèle être une différenciation porteuse de business. "Lille-Lesquin est doté d'un seul terminal, où les départs et arrivées se côtoient. Aujourd'hui, un aéroport doit séparer ses flux. Nous allons nous employer à mettre tout cela d'aplomb. La plateforme avait atteint ses limites, notamment face aux perspectives de développement, qui prévoient un doublement de son activité dans les 20 années à venir".

De Lille... à l'Afrique

Décidé donc à développer cet axe de différenciation, l'aéroport provençal revient véritablement à ses premiers amours puisque c'est de nouveau vers l'Afrique que Marseille Provence porte son intérêt. Une mission est actuellement en cours avec les aéroports du Cameroun, plus précisément ceux de Yaoundé et Douala, pour des agrandissements d'aérogares. Au Burkina-Faso, il est question de construire un nouvel aéroport, l'existant étant trop près de la ville. "Nous intervenons véritablement en conseil", redit Philippe Bernand.

Effet boomerang

"Le transport aérien est décrié mais c'est tout de même la mondialisation et la multiplication des échanges qui fait que le trafic aérien à vocation à se développer. Les aéroports vont devoir se poser des questions, notamment comment moderniser leurs structures pour être plus efficaces", note le président de la plateforme provençale. Qui concernant cette dernière, demeure extrêmement confiant. "Nous sommes face à un marché important. Accompagner des aéroports accueillant entre 2 à 20 millions de passagers est tout à fait dans nos cordes". Et Philippe Bernand d'ajouter que "nous devons faire fructifier nos talents". Que tout cela est aussi très bon pour la bonne santé interne de Marseille Provence, notamment pour "la gestion de nos propres ressources humaines". Et que "aller voir ailleurs ce qu'il se passe, c'est toujours instructif et enrichissant aussi sur le plan humain".

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