Super Cafoutch : le supermarché collaboratif à l’épreuve de Marseille

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(Crédits : DR)
Inspiré des Etats-Unis, ce concept de supermarché collaboratif et participatif a essaimé dans plusieurs villes du monde dont la Cité phocéenne. Encore à un stade expérimental avec son épicerie-test, le projet doit faire face à plusieurs défis avant de passer à la vitesse supérieure.

C'est à New-York, dans le quartier de Brooklyn que naît, en 1973, le premier supermarché coopératif : le Park Slope Food Coop. Coopératif car il appartient à ses coopérateurs et fonctionne selon un mode démocratique : un adhérent, une voix. Les membres, en plus de contribuer au capital, offrent environ trois heures de leur temps mensuel pour gérer le magasin : tenue de la caisse, rayonnage... En échange, ils ont accès à des produits, bio et locaux pour l'essentiel, à moindre coût - environ 40 % de moins qu'en supermarché classique dans le cas américain. Des économies permises par le bénévolat des membres, l'achat groupé, ainsi que par une marge limitée à environ 20 %, contre 30 à près de 100 % pour certains produits dans la grande distribution.

S'il a fallu au départ quelques ajustements pour remporter l'adhésion, le Park Slope Food Coop compte aujourd'hui près de 17 000 membres et 70 salariés sur une surface de 2000 mètres carrés, affichant un chiffre d'affaire de plus de 40 millions de dollars. Un modèle qui a fait des émules aux quatre coins du monde, rencontrant un grand succès dans des villes comme Paris ou Montpellier. Selon une recette reproduite quasiment à la lettre : organisation d'un groupement d'achat, mise en place d'une épicerie-test et enfin, ouverture du supermarché.

Une épicerie-test pour se rôder

A Marseille, l'initiative débarque en 2016 sous la forme d'une association. L'épicerie-test est ouverte en avril 2017, dans une petite rue du centre-ville. On y trouve 600 produits, alimentaires ou non, choisis selon six critères parmi lesquels l'impact environnemental, le caractère local, équitable, le prix ou encore la manière dont ce produit répond aux besoins culinaires du quartier. L'approvisionnement se fait auprès de grossistes tels que Scoop Epices pour ce qui est des produits secs, de la Plateforme paysanne locale ou bien en direct auprès des producteurs.

Depuis le début de l'aventure, près de 1 000 personnes ont été impliquées et deux salariés ont été embauchés pour l'animation du magasin et le développement du projet. L'épicerie-test a permis de mieux organiser l'activité des coopérateurs et de prendre la mesure de l'engagement, même si, reconnaît Raoul Michel, le président, "beaucoup attendent le supermarché pour s'impliquer réellement car ici, ils ne trouvent pas encore tout ce qu'il leur faut".

Une coopérative toute fraîche

Un supermarché qui nécessite la constitution d'une coopérative, condition pour souscrire des prêts et vendre des parts sociales. C'est chose faite depuis fin juin. Deux semaines plus tard, on recense 123 coopérateurs. Il en faut 800 pour qu'ouvre le supermarché, 1 400 pour qu'il soit rentable. "L'objectif est d'atteindre les 500 membres d'ici la fin d'année", espère Raoul Michel. Il s'agira dans un premier temps de faire revenir les personnes qui ont été plus ou moins proches du projet à un moment donné et d'en toucher de nouvelles grâce à divers événements.

Il faudra aussi un local. "Nous avons une piste en centre-ville. Un local avec 300 mètres carrés de surface de vente, autant en sous-sol et le stockage". De quoi proposer un plus grand panel de produits avec 3000 à 4000 références. Des recrutements sont par ailleurs prévus : 4 à 5 salariés devraient être mobilisés au moment de l'ouverture prévue pour mai ou septembre 2020.

Mixité sociale et mobilité : les défis marseillais

Mais pour que la greffe prenne, suivre le mode d'emploi des expérimentations réussies ne fait pas tout. Il faut aussi savoir s'adapter à son terreau d'implantation. Et Marseille présente son lot de défis. "La plus grande difficulté, c'est la mobilité. Ce n'est pas facile de venir jusqu'à nous, même si nous sommes au centre-ville. A Grenoble, on vient à vélo. A Paris le réseau de transports est suffisamment dense. Ici, le fait d'être proche d'un tramway ou d'un métro ne suffit pas toujours".

Et si l'engouement a pu être assez spectaculaire dans certaines villes réputées écolo, il l'est bien moins ici. Peut-être le fait d'une population dont les attentes sont différentes. "C'est un projet qui peut paraître bobo. Beaucoup de gens pensent que ce n'est pas fait pour eux". D'autant que l'épicerie-test ne permet pas encore des baisses de prix significatives et une variété de produits permettant de répondre à toutes les attentes. Des limites qui devraient se résorber au moment du passage au supermarché, ce qui permettra de toucher un public plus large, à l'image du Park Slope Food Coop qui a su séduire les classes populaires.

Car tout l'enjeu est de se connecter au quartier et à ses habitants. A New-York, les excédents sont utilisés pour proposer des services tels que de la garde d'enfant ou l'accompagnement de clients jusqu'à leur domicile lorsque ceux-ci ont des difficultés pour se déplacer. "Pour le moment, nous proposons du recyclage et envisageons d'installer un frigo solidaire". Mais il sera possible de faire beaucoup plus lorsque le magasin sera rentable. "Nous espérons y arriver d'ici trois ans".

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