Quel bilan pour le LabEx Objectif Terre Méditerranée

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(Crédits : iStock)
Créé en 2012 dans le cadre du Programme Investissement d’avenir, ce laboratoire d’excellence réunit des chercheurs autour des enjeux du changement climatique en Méditerranée. Avec une marque de fabrique : une recherche qui se veut transdisciplinaire et internationale, ouverte sur le monde socio-économique.

Rendre visible la recherche française à l'international, attirer des experts de rang mondial, valoriser les découvertes... Ce sont les objectifs des LabEx, un des outils du programme Investissements d'Avenir initié en 2010. Un moyen de soutenir des domaines stratégiques de la recherche, qu'il s'agisse de sciences humaines, de numérique ou de nanotechnologies.

Parmi les projets retenus, celui porté par Joël Guiot depuis Aix-en-Provence. L'idée est alors de constituer un groupement de chercheurs interdisciplinaire de portée internationale, focalisé sur l'environnement du bassin méditerranéen, avec un regard aiguisé sur les risques naturels et le changement climatique. "De nombreux laboratoires travaillaient déjà sur cela et c'était un sujet de société important, particulièrement en Méditerranée". Car le changement climatique y est "20% plus rapide que dans le reste de l'Europe", avec son lot de conséquences d'ores et déjà visibles : glissements de terrain, feux de forêts, tremblements de terre...

Dix labos, une approche interdisciplinaire, une portée internationale

Des enjeux qui nécessitent des moyens : dix laboratoires sont mobilisés, soit une centaine de chercheurs actifs. Le LabEx se voit doté d'une enveloppe de 7 M€ pour huit ans, de 2012 à 2020. Il faut aussi repenser la façon de travailler. Pas question de fonctionner en silo ; il faut s'ouvrir à l'international en attirant des étudiants et de jeunes chercheurs venus d'ailleurs, de l'autre rive de la Méditerranée dans 30 à 40 % des cas. Ce qui se fait au moyen de bourses de thèses et de post-doctorats.

Et le LabEx OT-Med a un autre objectif : l'interdisciplinarité. Il faut se faire parler sciences dures et sciences sociales. "Nous étudions le changement climatique en tant que tel, mais aussi son impact sur l'écosystème ou encore le fonctionnement des relations entre décideurs et scientifiques". Un chercheur en psychologie a ainsi pu plancher sur la meilleure façon d'alerter la population de l'imminence d'un tremblement de terre, afin d'éviter la panique et les inutiles incidents qu'elle pourrait induire.

Cette façon d'aborder les choses a permis au LabEx une certaine reconnaissance de ses pairs puisqu'il a été explicitement remercié dans environ 300 publications. Mais il ne s'agit pas de s'adresser seulement à la recherche. L'ambition est aussi de toucher un large public et de sensibiliser quant à l'urgence de la situation.

Tisser des liens avec le monde socio-économique

"Nous travaillons beaucoup avec les pouvoirs publics". Et ce, au travers de rapports évaluant l'impact du changement climatique sur les littoraux, sur le tourisme ou encore sur l'agriculture. Un premier rapport sera publié l'an prochain, il dressera un bilan des problèmes qu'il faudra prendre en compte dans un futur plus ou moins proche. Localement, un groupement d'experts (GREC Sud) a été créé pour "épauler les collectivités et les aider à prendre des mesures intelligentes pour lutter contre le réchauffement climatique". L'occasion de pointer du doigt une série de défis locaux, des atteintes à la biodiversité à la montée des eaux en passant par les feux de forêts.

Mais le LabEx veut aussi s'adresser directement aux citoyens au travers d'outils pédagogiques. Les chercheurs ont ainsi développé une application nommée Ludicc qui propose des quiz pour petits et grands. "Nous faisons aussi des Mooc [des formations en lignes, ndlr] pour les professeurs de lycée et de collège". Un outil dont ont bénéficié 600 enseignants.

Enfin, le laboratoire d'excellence propose des conférences auprès d'associations et d'entreprises. "Récemment, nous en avons donné une chez Thalès à Sophia Antipolis, pour les salariés". Car les entreprises ont un rôle à jouer, estime Joël Guiot. "Il faut qu'elles produisent moins de gaz à effet de serre et qu'elles influent sur le comportement de leurs salariés". En soutenant les alternatives à la voiture pour leurs déplacements par exemple, alors que certaines zones d'activité sont encore mal desservies, "notamment la technopôle de l'Arbois, à Aix-en-Provence, où, paradoxalement, beaucoup d'entreprises travaillent sur l'environnement », s'étonne-t-il.

Faire des entreprises des actrices de la transition énergétique : une mission au cœur du prochain LabEx, l'institut Item (Institut de transition environnementale en Méditerranée) qui devrait prendre la relève d'OT-Med et qui sera en fait une fusion de ce dernier et d'un autre LabEx, Sérénade, spécialiste de l'impact des nanotechnologies sur l'environnement et la santé. "L'institut reprendra nos défis et s'intéressera aussi à l'économie circulaire, la gestion des déchets et l'élimination des contaminants". Parmi les projets déjà entamés et prochainement portés par cet institut, la réalisation d'un bilan carbone de la Région ou encore la création d'une Cité de l'environnement à Gardanne.

Des opportunités à saisir d'urgence

Sept ans après le lancement de son LabEx, Joël Guiot est fier de ses réalisations. Il dresse aussi un bilan des politiques menées contre le changement climatique. "Il y a des avancées mais elles restent trop faibles. Il faut agir sur nos deux principales sources d'émission que sont le transport et les résidences". Ce qui nécessite d'investir. "Lorsque l'Europe impose un déficit de 3 %, les investissements de ce genre ne devraient pas être pris en compte comme des dépenses malsaines. C'est de l'investissement au sens strict, ce qui nécessite de s'endetter. On nous répète que la dette c'est ce que nous léguons aux générations futurs. Mais là, on leur lègue un monde invivable".

Mieux, la transition énergétique pourrait enclencher un cercle vertueux qui profiterait à chacun. Et d'énoncer ces études de l'Ademe selon lesquelles cette transition pourrait créer jusqu'à 900 000 emplois en France d'ici 2050. "Si on ne fait rien c'est une catastrophe. Mais si on fait quelque chose, nous permettrons au système de fonctionner bien mieux qu'aujourd'hui".

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