Joël Chassard : "Avec le Brexit, Paris doit faire valoir ses atouts de place financière"

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(Crédits : DR)
Brexit "hard" ou pas ? Alors que la sortie de l'Europe de la Grande-Bretagne continue d'alimenter les conversations et de nourrir des craintes, et alors qu'Alastair Campbell, l'ex spin doctor de Tony Blair est attendu demain à Marseille, invité par le Club Marseille Métropole pour évoquer le sujet face aux chefs d'entreprises, le sujet appréhendé d'un point de vue financier n'est pas sans conséquences probables comme l'explique le président du directoire de la Caisse d'Epargne CEPAC, basé à Marseille.

La date officielle de sortie de la Grande-Bretagne approche et continue d'interroger. Quelles pourraient être, selon vous, les incidentes globales de ce Brexit ?

Cette impréparation ne plaît pas aux acteurs économiques et les marchés n'apprécient pas non plus. Voir la cinquième puissance mondiale quitter le navire européen n'est pas anodin. Il faudra plusieurs années pour reconstruire ce qui sera déconstruit. Si aucun accord n'est conclu sur les échanges commerciaux, cela impactera de façon certaine la Grande-Bretagne. Selon les différents experts, en terme de croissance, 4 à 10 % de baisse sont à envisager. Et cela aura forcément un impact sur l'emploi. Si la croissance baisse, les rentrées fiscales seront moindres. Tout cela constitue un cocktail détonnant. Sans oublier les risques contre l'intégrité de la Grande-Bretagne. Qui pourrait, sans jeu de mot maladroit, devenir le Royaume désuni.

Comment, plus particulièrement, le secteur bancaire appréhende-t-il le Brexit ?

Si la notation de la Grande-Bretagne va en prendre un coup, pour autant le Brexit ne signera pas le coup d'arrêt de la City comme place financière. Il y aura une certaine résilience. Nombre de pays se sont réjouis, imaginant qu'en fonction du passeport financier européen (dispositif qui permet aux établissements bancaires de pouvoir exercer sur l'ensemble du territoire européen à partir de leur pays d'origine, sans nécessiter l'implantation de filiales dans les pays visés NDLR), certaines banques ne pourraient plus distribuer leurs produits en Europe. Mais ce n'est sans doute pas aussi simple. Il pourrait y avoir des aménagements. En revanche, les établissements bancaires français installés à Londres rapatrient du personnel à Paris, qui a des atouts à faire valoir. Je ne vois pas Paris devenir une nouvelle City, mais plutôt faire partie d'un réseau polycentrique qui intègre plusieurs places financières comme New York, Chicago et Boston aux Etats-Unis. Mais cela nécessite une coopération et une volonté politique. Nous avons l'opportunité si nous avons la volonté, de construire une Europe plus efficace, pas uniquement une Europe administrative et réglementaire. Cela contribuera aussi à éviter la montée des populismes.

Quelles sont les conséquences attendues par les entreprises du territoire qui seraient à l'export ou en sous-traitance avec la Grande-Bretagne ?

Les grandes entreprises sont préparées de toute façon au Brexit. Elles ont certainement trouvé des solutions alternatives. Celles qui sont les plus fragiles ce sont les PME qui commercent avec la Grande-Bretagne. Ce que nous pouvons craindre ce sont les conséquences sur le tourisme, du à la chute de la livre face au dollar et à l'euro. Les vacances des touristes anglais seront sans doute plus chères, ils viendront moins, dépenseront moins. Mais nous n'avons pas à compter sur le Brexit pour faire venir à nous des entreprises à valeur ajoutée. Cela doit être un travail de tous les jours.

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