Pourquoi Nice n'ignore pas l'Afrique et pourquoi ça sert la smart city

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(Crédits : DR)
Si les liens et l'intérêt entre l'un et l'autre ne sont pas récents, le développement du continent africain est synonyme d'expertises et compétences à partager de chaque côté de la Méditerranée. Autant en terme de ville intelligente dans tous les aspects qu'elle comprend, que d'entreprenariat, startups y compris.

L'Afrique, ce contient aux multiples visages est un territoire ultra attractif. Parce que enregistrant un taux de croissance moyen de 5 % depuis près de 20 ans. Parce que

très tourné vers les nouvelles technologies avec plus de 43 % de la population qui est connectée. Parce que, évidemment les investisseurs portent tout leur intérêt vers ce côté de la Méditerranée. Et cela notamment parce que 8 500 startups maillent le continent.

Tout un ensemble d'éléments qui, pris un par un ou ensemble, dresse le portrait-robot d'un vaste terrain d'expérimentation et de coopération économique d'ampleur.

Le plus ancien accord de coopération entre la cinquième ville de France et l'Afrique remonte à... 1962. Et c'est plus précisément la signature du jumelage entre Nice et Libreville, au Gabon qui marque un premier rapprochement concret. Suivront des liens resserrés avec la tunisienne Sousse dès 2012, avec l'ivoirienne Abidjan en 2017 et en 2018 avec Ouagadougou.

Partage d'expertises

Des rapprochements qui tous, se sont renforcés au fil du temps. Comme l'explique Rudy Salles, adjoint au Maire de Nice délégué au Tourisme, aux Congrès et aux Relations Internationales, "auparavant, il s'agissait davantage d'accords de papier, aujourd'hui il s'agit de vrais accords de coopération". Avec en fil rouge, "comment être utile, comment servir nos causes réciproques".

Ce sont plus précisément sur les thématiques de qualité de l'air, de mobilité, de formation et de santé que les échanges sont pertinents.

Avec Abidjan, c'est par exemple une convention qui a été finalisée en 2013 entre les CHU des deux villes tandis qu'en juillet 2018 c'est sur la qualité de l'air que convention aussi a été signée portant notamment sur une sensibilisation au développement durable. Au Burkina Faso, les échanges se tissent avec Ouagadougou sur les sujets de sécurité, d'organisation métropolitaine et d'aménagement du territoire lié au transport. Trois sujets pour lesquels la cité burkinabé compte prendre modèle sur Nice.

De son côté, Libreville a proposé en août dernier de revoir le pacte de jumelage qui le liait avec la Baie des Anges pour renforcer davantage la coopération déjà esquissée.

Mais c'est peut-être avec Sousse que les liens sont actuellement les plus forts. Unis depuis 2012 via un pacte de jumelage, Nice et cette ville portuaire ont des points communs et complémentaires. Situées au bord de la Méditerranée, la première est axée vers le tourisme mais possède aussi une deuxième "jambe" industrielle, quand la seconde voit son économie reposer principalement sur l'industrie notamment sur les produits agro-alimentaires mais voit dans le tourisme sa deuxième "jambe" économique. Sans oublier une diaspora implantée à Nice, réunissant une communauté de 7 600 résidents, plus importante que la communauté italienne. "Nice est à équidistance entre Paris et Sousse", glisse Rudy Salles comme pour prouver qu'il n'est pas plus complexe d'aller dans l'un ou l'autre des sens. Qui révèle aussi que seule ville arabe dotée d'un carnaval, Sousse bénéficie de l'expertise des carnavaliers niçois.

Autant de liens à la fois économiques, sociaux et culturels qui soulignent de manière globale "l'intérêt évident entre Nice le continent africain, c'est une relation presque intime", redit Rudy Salles.

Quel écosystème de l'innovation ?

Avec un tissu de 8 500 startups donc, 1,16 milliard d'euros injecté dans l'innovation par le biais de levées de fonds en 2018, le continent africain fait des nouvelles technologies un moteur de croissance dont on devine qu'il peut accélérer bien davantage. Très tournée vers le mobile - on recense 456 millions d'abonnés - l'Afrique voit le Kenya être le pays le plus connecté, la Tunisie figurant en 5ème position et le Maroc en 9ème place selon Choiseul, qui organise à Nice un Forum Africa Business ces 3 et 4 octobre. Résolument positionné sur l'innovation, le territoire azuréen - qui dispose outre le CEEI, bras armé de la Métropole Nice Côte d'Azur, incubateurs et accélérateurs qui vont bien - pourrait donc assez naturellement trouver, nouer et pérenniser des coopérations entre jeunes entreprises innovantes. Un sujet qui ne déplaît pas au co-président de la French Tech Côte d'Azur, Cédric Messina, qui considère que "beaucoup reste à faire et que l'Afrique va vite. Très connectée, il y a clairement des opportunités à saisir. On retrouve en Afrique la naïveté des startups mais surtout une fraîcheur, une envie de faire bouger les lignes", qui ne peut que nourrir des rapprochements plus concrets que de simples échanges. Sur le même thème, Samir Abelkrim, expert du système des startups africaines et auteur de "Startup Lions", explique bien que Provence Alpes Côte d'Azur est un territoire légitime pour les jeunes pousses venues de l'autre côté de la Méditerranée. "Cela découle d'une légitimité historique, sociologique, économique, culturelle". Autant dire, c'est naturel. Pour rappel, Nice a par ailleurs accueilli le sommet France Afrique en 2010. Où il était déjà question de responsabilités sociétales des entreprises et d'énergies renouvelables.

"Avec le Rwanda, très tourné vers le high tech, la télémédecine, l'IA, le deep learning, Nice et Sophia-Antipolis peuvent nouer des partenariats à valeur ajoutée", considère Samir Abdelkrim.

Reconnue comme smart city, Nice fera acte de candidature d'ici quelques jours à l'appel à projets "Villes durables d'Afrique", histoire de pousser davantage ce qui la lie déjà avec le district autonome d'Abidjan avec lequel la Cité des Anges coopère sur des projets orientés développement durable. "L'Afrique se trouve face à un défi démographique. Région du monde qui émet le moins de gaz à effet de serre, elle est aussi celle qui souffrira le plus des conséquences en matière économique, environnementale et de santé", précise Rudy Salles. Si elle l'emporte, Nice bénéficiera de cofinancement du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères.

"Face aux défis du changement climatique, de la croissance durable, des migrations qu'ils induisent, des bouleversements de nos modèles économiques et sociétaux qui doivent intégrer des révolutions technologiques sans précédent, il ne peut y avoir que des réponses collectives", affirme Christian Estrosi, le maire de Nice et président de Nice Côte d'Azur. Pour aller plus loin, de façon smart, évidemment.

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