Blockchain et industrie du tourisme : un champ des possibles ?

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(Crédits : DR)
Alors que la blockchain demeure un sujet à explorer, alors que pour les chercheurs elle est au centre de projets, les professionnels du tourisme en attendent beaucoup, a minima une facilitation du quotidien et une fidélisation plus fine du client. Entre fantasmes et réalité, on en est où ?

La blockchain sera-t-elle demain présente dans l'usage quotidien du touriste ou du professionnel du secteur ? Comme l'IA, l'IoT... passées, elles, de l'autre côté du miroir ? Telle est la (bonne) question. Posée, entre autres, par Telecom Valley, le cluster du numérique, basé à Sophia-Antipolis, qui a consacré une journée au sujet. C'est dire. "La blockchain, ce n'est pas que les bitcoins", prévient Jean-Bernard Titz, le président de la commission m-tourisme de Telecom Valley, convaincu que la blockchain vit actuellement le pic de Hype, et qu'après avoir connu une courbe descendante, elle "deviendra incontournable".

Le tourisme comme les autres industries

"Il en faut pas se fier au fait que l'on en parle un peu moins dans les medias", note Joël Viale, architecte de solution chez IBM à Nice, qui insiste pour dire que non il n'existe pas d'effet "pschitt" mais que, au contraire, la blockchain est bien une solution apporteur de valeur et que oui elle a toute sa place dans le tourisme. On rappellera que pour le coup IBM s'est intéressé d'abord au secteur de l'alimentation, expérimenté avec Walmart dans la standardisation et la traçabilité de la supply chain, projet appelé Food Trust. La réflexion d'un avenir prometteur est partagé par Amadeus, le spécialiste de la réservation de voyage, dont le centre de R&D est installé à Sophia-Antipolis, qui estime par la voix de Christophe Ancolio, Innovation manager, que la "blockchain n'est pas plus ou moins avancée dans le tourisme que dans n'importe quelle autre industrie".

Un constat partagé par Nicolas Cantu, co-fondateur de Chain Accelerator, accélérateur dédié à la blockchain installé depuis un an au sein de Station F à Paris, qui voit naître pléthores de projets, notant la maturité de certains d'entre eux. Appliqué au tourisme il y a bien sûr la question de l'avis client, de la fidélisation, de la traçabilité... mais aussi celle de la fédération de l'économie locale.

Unir chercheurs et professionnels

Un point qui n'est évidemment pas sans titiller les professionnels du tourisme. Attentifs, voire même dans l'attente. Car comme le fait remarquer Jean-Patrick Mancini, "nous n'avons encore vu passer aucun POC". Comprendre, les professionnels du tourisme aimeraient beaucoup être associés. D'autant que comme le fait remarquer le directeur de la Fédération régionale des offices de tourisme de Provence Alpes Côte d'Azur, "la philosophie portée par la blockchain correspond au message que porte le tourisme institutionnel. Nous sommes en phase avec ce que cette technologie peut apporter. Notamment elle permet des leviers d'action, surtout vis-à-vis des plateformes (Airbnb et consorts NDLR) qui trustent le trafic". Et quand on dit rapprocher le local du touriste, ça ne peut que plaire au professionnel. C'est exactement ce que dit Michel Chevillon, vice-président de la CCI Nice Côte d'Azur en charge du tourisme, ancien président du syndicat des hôteliers de Cannes, hôtelier dans la Cité du Festival qui répète que "le touriste est fait de chair et de sang" et que si la blockchain permet d'apporter du service, de la plus-value, il ne faut pas hésiter. Sauf que pour le moment, côté pros du secteur, la blockchain demeure au mieux un fantasme, sinon une promesse espérée. Et Jean-Patrick Mancini de donner l'exemple de Dubaï, où une monnaie a été émise en 2017, afin de favoriser les échanges et le paiement de services publics par exemple. Une initiative que le directeur régional de la Fédération régionale des offices de tourisme verrait bien transposée pour valoriser le patrimoine naturel de la région, rappelant que justement l'institution régionale parie sur une COP d'avance et que la blockchain peut être ce nouvel acteur qui favoriserait la "consommation" locale.

Techno ou pas techno ?

Les bémols - car il y en a - sont évidemment d'ordre juridique. A qui appartient la blockchain, contre qui se retourner en cas de problèmes... sans oublier qu'au milieu de tout cela est apparu le RGPD et sa politique de préservation des données personnelles. Sur ce point, Joël Viale se veut rassurant, précisant que "les données ne sont pas dans la blockchain, c'est l'identité numérique qui y figure". L'autre problématique posée, qui en découle, c'est quid du tiers de confiance ? Un peu comme pour le véhicule autonome, qui est responsable ? "La blockchain est une innovation qui ne vient pas de la Silicon Valley, les sachants ne sont pas uniquement aux Etats-Unis", note Nicolas Cantu. Plus poétique, mais sans doute pas que, Christophe Ancolio donne sa vision. "La blockchain, ce n'est pas une technologie, c'est une philosophie". Probablement à méditer. Et pas que pour les pros du tourisme.

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Commentaires
a écrit le 24/10/2019 à 14:41 :
Blockchain, utilisé de cette manière, est un synonyme de base de données distribuée. Un produit qui existe depuis très longtemps, et n'intéressait personne ; car une base de données distribuée possède les mêmes propriétés qu'une base de données classique. Les propriétés de résistance à la censure, et l'impossibilité d'altérer les données passées n'émergent que sur Bitcoin, et seulement sur Bitcoin ; car Bitcoin est un protocole neutre, et monétaire. Ces propriétés découlent des incitations économiques, et seulement des incitations économiques, et non de la base de données sous-jacente.

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