Comment La Ciotat Shipyard structure sa stratégie

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(Crédits : DR)
Outil incontournable du refit et de la réparation des yachts, les chantiers navals basés dans les Bouches-du-Rhône ont bien conscience que sans vision long terme, point de salut. Et si un village dédié à l'accueil d'entreprises du secteur constitue une brique essentielle dans ce plan de développement, il n'est évidemment pas le seul.

Les poses de première pierre sont par essence symboliques. Celle qui marque la future concrétisation du village d'entreprises installé au cœur de La Ciotat Shipyard n'échappe pas à la règle. Car ce village c'est plus qu'un ajout, c'est une part significative de la stratégie de la SEM qui pilote les 65 000 m2 dédiés au refit des  yachts, avec comme éléments distinctifs, sa plateforme Super yachts et le futur ascenseur 4000 tonnes.

La Ciotat Shipyard c'est l'atout attractivité en matière de réparation. Pourtant, comme le rappelle Jean-Yves Saussol, le directeur général de la société, "le repositionnement sur le yachting est récent, il s'est fait aux alentours des années 2000". C'est à ce moment que les tailles des bateaux s'allongent, allant jusqu'à 80 mètres. Avec pour conséquence de provoquer une explosion de la demande, entraînant de fait, un besoin de professionnalisation accru. Ce qui attire également les opérateurs, Monaco Marine et l'ancien Compositeworks en tête.

Poursuivre l'hyperspécialisation

Aujourd'hui, comme l'explique Jean-Yves Saussol, "la plateforme Superyachts (capable d'accueillir des bateaux de 50 à 80 mètres, avec un poids inférieur à 2 000 tonnes NDLR) constitue le cœur du réacteur, associée au savoir-faire des opérateurs". C'est ce qui positionne les chantiers navals comme le premier site au monde sur ce segment, accueillant 1/7ème de la flotte mondiale. C'est aussi une capacité de 17 places et 65 000 m2.

"Notre questionnement c'est comme utiliser tout cela pour aller plus loin", poursuit le DG de la SEM, convaincu qu'il est obligatoire de "continuer à adapter nos infrastructures", et à laisser ce qui concerne les bateaux de plus petite taille à d'autres, la concurrence sur ce segment là étant trop importante. "Nous devons continuer à nous spécialiser sur les gros bateaux, nous refusons du monde sur la plateforme de 2 000 tonnes. Le marché se décale et le besoin aussi".

L'ascenseur 4000 tonnes, prévu pour être opérationnel en 2022, constitue l'une des pièces maitresse du développement des chantiers navals. "C'est la taille que nous voulions atteindre", poursuit Jean-Yves Saussol. Pour qui la poursuite de l'excellence est un autre axe essentiel dans la feuille de route stratégique. "Nous devons continuer à monter le niveau de services aux opérateurs, c'est-à-dire avoir des compétences sur place". C'est dans ce contexte qu'intervient le futur Village d'entreprises. Qui doit combler les trous ans la raquette actuels. Comprendre compléter la palette de services, puisque actuellement "il nous manque certains corps de métiers". Ce qui a pour inconvénient de devoir faire appel à des compétences extérieures lorsque nécessaire, ce qui signifie réactivité altérée et coût plus élevé. Une cinquantaine d'entreprises sont attendues, représentant 500 emplois avec un calendrier faisant état d'une livraison entre 2023 et 2024.

Un cluster sinon rien

Mais si accueillir de nouvelles expertises c'est essentiel, ce qui tient à cœur de Jean-Yves Saussol c'est "de les faire travailler ensemble". D'où la volonté de créer un cluster. De lier les avantages, de mener des réflexions entre acteurs, ensemble. "La professionnalisation va être de plus en plus forte", prévient Jean-Yves Saussol. "La réparation des grands yachts c'est un métier un peu OVNI, entre bateau de commerce avec une philosophie de bateau de plaisance". La Ciotat, pour continuer à tirer son épingle du jeu, bénéfice outre les outils qui vont bien aux professionnels de ce que le DG appelle les "externalités positives", c'est-à-dire le positionnement géographique et le fait que le port soit dans la ville. Mais il faut pousser, "créer des zones récréatives pour les équipages, travailler sur la sûreté portuaire... C'est bien de rehausser le service, pas uniquement la technique". Il sera donc question de remettre les entreprises en concurrence, de façon à conserver une offre adaptée à la demande. "Favoriser la réindustrialisation oui, mais nous voulons en garder les rênes, c'est important pour maîtriser le développement".

A la question de se projeter dans 3 ans, Jean-Yves Saussol estime que l'ouverture de l'ascenseur de 4 000 tonnes va avoir une incidence positive. Que d'ici là le village d'entreprises "aura pris son essor" et que d'ici 2025, les emplois - 700 aujourd'hui - auront doublé. Les entreprises actuellement génèrent un chiffre d'affaires de 130 M€. A comparer au marché du yachting qui représente 1,5 Md€ de chiffre d'affaires consolidé au niveau mondial...

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