Thibaut Béchetoille – Croissance Plus : "Le capitalisme doit se réinventer"

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(Crédits : DR)
Etre plus conquérante, plus juste, savoir chasser en meute façon allemande, ne pas négliger l'opportunité qu'offre la Bourse, faire fi de certains réflexes culturels qui agissent comme des freins… telle doit être l'économie française dit le président de Croissance Plus. Autant d'arguments qui constituent aussi sa feuille de route.

Il connaît bien Provence Alpes Côte d'Azur pour avoir effectué une partie de son parcours professionnel au sein de la technopole de Sophia-Antipolis. Désormais à la tête d'Ozon, spécialisé dans les solutions de cybersécurité pour les PME, il est aussi le président de Croissance Plus, ce réseau d'influence qui entend parler à l'oreille des pouvoirs publics et des leaders d'opinion. Un président qui a une certaine idée de ce que doit être l'économie française et qui sert sa feuille de route.

"J'aime beaucoup l'accompagnement des chefs d'entreprises", dit Thibaut Béchetoille. L'entreprenariat et son écosystème, le président de Croissance Plus le connaît bien, lui qui dès 2008 s'est engagé auprès du Réseau Entreprendre. Un Réseau qui constitue une bonne école et une certaine façon d'encourager la croissance.

Désormais à la présidence de Croissance Plus - depuis juin dernier - l'entrepreneur a dessiné une feuille de route où il est question d'impact, de RSE, d'innovation et de modification de paradigme.

L'impact d'abord, "est à concevoir au sens large", plus large que la RSE à laquelle on l'associe immédiatement. "Le capitalisme doit se réinventer. Il doit permettre un meilleur partage des richesses, de la valeur", plaide Thibaut Béchetoille. Et pour "avoir de l'impact, il faut de la croissance".

La croissance c'est justement le sujet, le point central de Croissance Plus. 350 membres que le réseau accompagne sur des sujets d'accélération, de levée de fonds, de gestion RH... tous ces points qui sont des briques permettant de croître et de changer de taille. Mais il y aussi l'autre côté, plus "militant" de Croissance Plus, cette "vocation d'influence" qui est d'inciter aux changements, dans une démarche d'évangélisation.

Et la Bourse ?

Parmi les sujets, figure celui de la Bourse. Un outil qui n'est pas toujours perçu à sa juste valeur par les entreprises. La Bourse interroge, effraie... C'est précisément cette perception que Thibaut Béchetoille aimerait renverser, s'appuyant pour étayer son propos, sur ce qu'il se passe de l'autre côté de l'Atlantique. "Peu de personnes comprennent que l'écosystème de l'innovation aux Etats-Unis tient beaucoup au rôle du NASDAQ". Le NASDAQ qui permet de valoriser les entreprises technologiques. Disposer du même outil en Europe aiderait considérablement les entreprises à "risquer" l'innovation. "Il existe une fluidité dans la rotation du capital aux Etats-Unis qui explique le succès des jeunes entreprises. Ce sujet d'un marché boursier fort nous intéresse à Croissance Plus car nous pensons qu'il est déterminant", appuie Thibaut Béchetoille. Des discussions avec Euronext sur la meilleure façon de stimuler le marché boursier sont menées afin de rendre ce dernier appétant pour les midcaps et les smallcaps.

Décomplexer

Serait-ce une façon de produire davantage d'ETI ? "La Bourse a un impact mais nous n'allons pas inventer un NASDAQ européen demain matin", souligne Thibaut Béchetoille, qui exhorte les PME au potentiel de croissance fort, de ne pas hésiter à emprunter les mêmes armes et la même stratégie que les Américains du Nord, ce qui inclut notamment de faire fi des réflexes culturels quasi pavloviens et de ne pas hésiter à utiliser les armes marketing et communication, comme d'envisager de prendre place sur le marché mondial.

Autre recommandation, celle qui concerne l'ouverture du capital, cette étape tant redoutée. "Les Français sont frileux sur ce sujet", reconnaît Thibaut Béchetoille qui encourage également les entreprises à avoir très tôt une gouvernance avec laquelle partager les questionnements stratégiques de long terme. "La stratégie c'est l'art de l'allocation des ressources" et c'est aussi être capable de déterminer les valeurs différenciantes par rapport aux concurrents. C'est également savoir chasser en meute, "c'est un poncif, mais il faut s'inspirer de l'Allemagne, qui fait cela très bien".

Et quand on évoque des particularités françaises, comme celles des impôts de production, 7 fois plus élevées dans l'Hexagone qu'en Allemagne justement, Croissance Plus dit réfléchir avec l'Institut Sapiens sur des propositions qui permettraient une baisse de 24 Mds€ sur 5 ans. IA, robotisation, nouvelles technologies sont aussi des thématiques qui angoissent. "Nous somme dans une société très anxiogène, qui craint la destruction d'emplois", reconnaît Thibaut Béchetoille. "Mais nous voulons nous placer dans une prospective positive, projeter les entreprises vers l'avenir".

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Commentaires
a écrit le 19/11/2019 à 10:53 :
La recherche de la rente est loin de l'âme du capitalisme qui n'est que risque permanent!
a écrit le 19/11/2019 à 9:09 :
Un discours que j'entends depuis trente ans, au bout de tant d'années ce ne sont plus des idées mais des prêches. Le sourire sur la photo ne suffit plus !

"Si vous ne trouvez plus rien cherchez autre chose" B. Fontaine

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