Institut 3IA, outil de cohésion et d'attractivité territoriales ?

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(Crédits : Pixabay (CC0 Creative Commons))
Obtenu au printemps dernier, la labellisation 3IA place le vaste territoire de Nice Sophia-Antipolis un peu plus sous le sceau de l'innovation. Si c'est forcément bien pour les entreprises, la recherche et le monde académique, sa vraie force – et c'est ce que les acteurs en attendent – est de créer encore davantage de réelles synergies et de travaux véritablement menés en commun. Car sous les paillettes de la labellisation, résident de vrais sujets d'attrait de compétences, de bon placement sur l'échiquier mondial et de positionnement avant-gardiste pour les entreprises, toutes tailles confondues.

Ça y est, il est (presque) officiellement lancé. L'Histoire retiendra la date du 22 novembre 2019 pour ses annales. En vrai, cela fait déjà quelques mois que le 3IA comme on l'appelle sur le territoire - comprendre l'institut 3IA - est passé à la vitesse supérieure. Il faut dire que l'attente avait été longue, stressante et que maintenant que Nice Sophia-Antipolis fait partie avec Grenoble, Paris et Toulouse du cercle restreint des territoires ayant obtenu un institut interdisciplinaire, inutile de retarder davantage le passage à l'action.

"Les 28 chaires sont lancées autour des sujets sur lesquels portent le 3IA c'est-à-dire santé et territoires intelligents. Cinq autres chaires seront lancées l'année prochaine. Actuellement 25 % des entreprises qui nous ont soutenu durant le projet de labellisation ont des partenariats finalisés", explique David Simplot, qui pilote l'Institut et qui a dirigé l'INRIA, portant le projet depuis son origine.

Renforcer la cross fertilisation

Les entreprises, les partenariats, les liens avec le monde académique... c'est tout cela qui a été le cœur du projet de labellisation. Des industriels - ils sont 11 exactement - se sont mêmes réunis dans une structure spécifique, baptisée ICAIR (pour conseil industriel de recherche pour l'IA) avec comme objectif de permettre aux chercheurs évoluant dans les secteurs industriels d'échanger sur l'utilisation de l'IA. Du pratique et du pragmatique.

D'ailleurs, de manière globale, c'est bien cela qu'attendent les entreprises.

Partie prenante d'ICAIR, Accenture - installée via son centre de recherche sur la technopole de Sophia-Antipolis depuis le début des années 90 - rappelle que l'IA n'est pas tant un sujet nouveau. "Nous travaillons sur l'intelligence artificielle depuis plusieurs années, notamment sur le computer vision", dit Emmanuel Viale, le managing director du site sophipolitain. Qui dit aussi que les liens avec le monde académique - INRIA, CNRS et l'Université Côte d'Azur... - trouvent ainsi le moyen de renforcer les liens d'échanges déjà initiés. Avec une sort de double effet kiss cool. "Au niveau local, la création de l'institut renforce la cohérence locale, la cross fertilisation, cela donne aussi des moyens". Et en ce qui concerne le niveau international, évidemment que cela apporte "une reconnaissance. Cela rend le territoire encore plus visible, valide encore davantage le modèle de Sophia-Antipolis et attire les talents internationaux". Accenture qui ne dit pas non à être associé à une chaire, qui "pose un cadre et permet de faire le lien, de faciliter le transfert de technologies".

Tech mais pas que

Même décryptage et même attente pour Amadeus, co-fondateur d'ICAIR. "Le but est de se faire entendre et de développer l'attractivité du territoire", dit Gilles Floyrac, le directeur d'Amadeus Sophia-Antipolis, qui voit dans l'institut un "catalyseur, un drapeau de notre intérêt commun", pour le sujet IA. Mais au-delà de la belle image, il est aussi question de "vulgariser et dédramatiser". C'est-à-dire intensifier la recherche, mettre l'intelligence artificielle à disposition des industriels et de l'économie et bien sûr développer des solutions qui facilitent la vie de Monsieur et Madame Toutlemonde. Et dans le domaine d'Amadeus - le voyage - l'IA présente des avantages certains. "Le logiciel ne se substitue pas, il aide à la décision. C'est de l'intelligence augmentée".

"Beaucoup reste à définir", dit pour sa part Jérôme Riboulon, directeur du site d'Hewlett Packard Entreprise à Sophia-Antipolis, qui appuie sur le fait que la démarche de labellisation a mis en relation des mondes pas toujours bien connectés. Mais que l'IA paraît aussi être "un sujet tarte à la crème. Il faut faire du tri dans tout ce qui est raconté. Il faut avancer rapidement sur des cas d'usages dont la vidéo-surveillance, la voiture autonome ou la maintenance prédictive par exemple". Et de rajouter que l'IA n'est pas uniquement un sujet tech, c'est aussi un sujet marketing. C'est aussi des applicatifs très pratiques dans des secteurs peu tech mais où l'IA apporte une vraie plus-value. "La technologie est disponible, nous avons les données, elles sont générées et il y en aura de plus en plus".

"Nous ne devons pas avoir un discours évangélique mais objectif", souligne David Simplot. "La technologie est neutre, ce qui n'est pas neutre, c'est l'usage que l'on en fait".

16 M€ dédiés... pour le moment

Impliquée dès l'origine du projet, l'Université Côte d'Azur valide ainsi sa volonté d'être un acteur du territoire. Mais surtout, "nous pesons dans le game" s'exclame enthousiaste son président, Jean-Marc Gambaudo. Et si Sophia-Antipolis accueille pendant trois jours un second SophIA Summit - l'événement consacré à l'intelligence artificelle avait été initié l'an dernier, à l'aube du cinquantième anniversaire - celui-ci s'est justement emparé des thèmes portés par l'institut 3IA, histoire d'être logique. "47 % des participants sont des industriels", se réjouit aussi Jean-Marc Gambaudo qui espère attirer des étudiants internationaux dès l'an prochain. Le 3IA ? "Il ne suffit pas de l'avoir, il fait le placer dans l'écosystème", conclut le président d'UCA. Et pour avoir cette large envergure, un comité de labellisation informel va estampiller les projets et initiatives autour de sujets comme la médiation scientifique, la recherche, la formation, l'animation, l'observatoire de l'impact de l'IA, annonce David Simplot. Qui estime que le démarrage est "doux". Mais qui ne cache pas son objectif : suivre la trajectoire fixée et aux 16 M€ dédiés, ajouter quelques monnaies sonnantes et trébuchantes supplémentaires pour atteindre 20 M€. De fait, c'est maintenant que tout commence...

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