Une plateforme R&D agricole pour quoi faire ?

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(Crédits : Pixabay com atinder777)
Initié par la Chambre d'agriculture Provence Alpes Côte d'Azur, cet outil vise à concentrer et surtout à partager ce qu'il se fait de mieux en matière d'innovation et d'expérimentation dans la filière. Une mise en commun des travaux et recherches venus du terrain qui est fondamentalement stratégique au moment où transition agricole et changement climatiques constituent de réels défis, aux enjeux forts tout autant qu'incertains.

Il y a déjà des initiatives - sans jeu de mots - qui poussent ici et là. A l'instar de Mycophyto à Sophia-Antipolis ou d'Ombrea à Aix-en-Provence, les expérimentations et les travaux de recherche dans le très large secteur de l'agriculture se multiplient. Pour au moins deux raisons simples : d'une part parce que l'agriculture fait face à une transition qui tend à la rendre plus en accord avec son environnement, plus efficiente aussi, et d'autre part parce que les bouleversements climatiques ont des conséquences déjà grandement mesurables sur les cultures et que l'alliance de ces deux enjeux vise à façonner ce que l'on appelle l'agriculture de demain.

Penser transversal pas vertical

Ce constat est bien évidemment fait par les professionnels du secteur. Et par la Chambre régionale d'agriculture Provence Alpes Côte d'Azur qui suite à une mission d'audit menée en 2017 afin de connaître les besoins en R&D et les outils assortis, à l'horizon de 20 ans, a conclu à la nécessité de structurer davantage le tout.

Car comme l'explique parfaitement Jean-Pierre Bourdin, le directeur de la Chambre régionale d'agriculture, "les professionnels de l'agriculture savent très bien travailler en silo, sauf que les défis auquel chacun est confronté ont des aspects transversaux". D'où la nécessité pour plus d'efficacité, pour gagner du temps, de faciliter et encourager le partage de travaux de recherche, d'expériences innovantes menées sur le terrain, dans l'ensemble du territoire. Une sorte de pot commun en quelque sorte.

"Nous disposons d'une multitude de filières, du riz à la plante à parfum, de l'olive à la cerise. L'idée est de mettre à disposition de tous, les données produites par les uns et les autres, que ça puisse percoler", insiste Jean-Pierre Bourdin.

Car jusqu'ici, l'innovation et la R&D sont diffusés via les Organismes d'expérimentation régionaux, disséminés sur le terrain régional, tels la Pugère, Sonito (organisme interprofessionnel de la tomate destinée à la transformation NDLR), France Olive, le Crieppam (expérimentation des plantes à parfum, aromatiques et médicinales NDLR) ou l'Adapi (centré sur l'apiculture NDLR). Sauf que ces OER - 25 au total - ne disposent pas de moyens de communication à grande échelle et certains ne bénéficient même d'aucun moyen de publier leurs résultats. Ce qui laisse ces données précieuses se disperser sans être concentrées. Un trou dans raquette que la plateforme vient donc combler. "C'est un outil commun qui ne fonctionne que s'il est partagé", souligne par ailleurs Jean-Pierre Bourdin, insistant bien sur la nécessaire boucle qui doit s'auto-alimenter. "Il faut que l'on soit agile, que l'on accélère sur l'échange de données".

Parmi les thématiques abordées par la plateforme, première initiative de ce genre dans l'Hexagone, figurent les sujets de la stratégie phytosanitaire, de l'agriculture biologique, de l'agriculture numérique, de la fertilité et de l'entretien des sols, des méthodes alternatives de protection... "C'est aussi un moyen de favoriser les montées en compétences". Un autre sujet dans le sujet, pas moins important.

L'agriculture demain

Tout cela doit donc, bien sûr, servir l'avenir. Comprendre, anticiper le mieux possible ce que sera l'agriculture demain, avec en filigrane les sujets d'aménagement du territoire, ceux d'une alimentation sécure et saine, d'une agriculture qui nourrisse correctement les producteurs, qui soit durable, bref moderne et ancrée dans son siècle. Le sujet de l'innovation, pourtant bien présente dans l'agriculture, n'est pas forcément visible, même auprès des acteurs hors filière agricole. Or, "nous devons faire connaître ce qui existe, donner l'opportunité à des acteurs de développer, pourquoi pas par exmeple un champ en commun. De se positionner aussi, sur un appel d'offre  européen", poursuit Jean-Pierre Bourdin. Surtout que l'Europe, qui soutient l'initiative, devrait développer une politique de financement musclé de la R&D. Ce qui signifie plus de moyens en monnaie sonnante et trébuchante affectés au sujet. L'enjeu du développement de cette plateforme collaborative est donc bien plus large que le sujet de la simple mise en commun de données. Il est aussi éminemment stratégique pour tout un secteur qui génère 3 Mds€ de chiffre d'affaires. Sachant que Provence Alpes Côte d'Azur est n°1 en terme de production de raisin de table, de tomates, de plantes à parfum, de cerises et qu'un quart des surfaces agricoles, couvrant elles-mêmes un quart de la région, sont consacrés au bio. Ce qui tend à prouver que Provence Alpes Côte d'Azur avance sur 3 pieds : le tourisme, l'industrie et l'agriculture.

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Commentaires
a écrit le 27/11/2019 à 13:35 :
A l'origine, les Chambres d'agriculture disposaient d'un réseau consacré à la diffusion (souvent gratuite) des études de terrain faites par leurs établissements.
Puis, nombre d'entre elles (dont PACA...) ont fait l'économie de leurs centres de documentation ouverts au public.
Et maintenant elles se font les championnes du "partage de travaux de recherche, d'expériences innovantes menées sur le terrain, dans l'ensemble du territoire" ?
a écrit le 26/11/2019 à 18:21 :
Voilà qu'une entité administrative veut récupérer a son compte ce que de multiples associations ont faites sans elle et l'offrir aux lobbies de toute sorte sous son nom!
C'est l'agriculture sur SOL VIVANT qui est le point commun pour tous et non l'agriculture "biologique" dont elle veut se réclamer et contribuer a promouvoir, a coup de réglements, de taxes et de pub!
a écrit le 26/11/2019 à 17:59 :
"Une plateforme R&D agricole pour quoi faire ?"

Ben à la la fin de votre article on se pose toujours la question hein !? Et pourtant cela ne vient pas de votre article, sûr ! Seulement de ce secteur définitivement resté au moyen age, prisonnier des intérêts financiers.

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