L'économie est-elle une science impossible ?

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(Crédits : DR)
C'est la question que pose l'ouvrage de l'économiste et chercheur Michel Devoluy, originaire de Gap et ancien enseignant à l'Université de Strasbourg. Résident à Cannes, il est également titulaire d'une chaire Jean Monnet d'économie européenne. Pour lui, l'économie est loin d'être neutre et les théories, jamais objectives. Une critique assortie de solutions qui passent, entre autres, par le combat contre la démesure et la fin d'une hyper financiarisation. Et où la philosophie n'est jamais très loin.

Les premières lignes donnent le ton. "L'économie, cette science, peut-elle être vraiment neutre et objective ?" pose, en préambule, Michel Devoluy. Le dire ainsi, c'est déjà répondre, pour partie, à la question. Et l'économiste ne tarde pas à expliciter sa pensée : "derrière une théorie économique existe toujours en creux, une doctrine". Comprendre que les théories célèbres et reconnues ne seraient en fait que des vues partielles de la question.

C'est ce que suggère le titre de l'ouvrage. "L'économie n'est pas une vraie science, car une science est extérieure à son sujet". Or, insiste Michel Devoluy, "lorsqu'on adopte une théorie, on s'y plie, on essaie de l'appliquer". La théorie économique, qui est, selon lui, "une explication du monde, à un moment donné. Ce que nous appelons science économique neutre et objective, n'est qu'une explication du monde à un moment donné, et une norme que l'on pose et que l'on impose".

Intériorisation

L'économie de marché est donc dans son viseur. "Je ne nie pas le croissance économique extraordinaire qu'elle a permis mais aujourd'hui, l'économie de marché ne peut pas résoudre les problématiques qui se posent à nous". La preuve, dit-il, avec le sujet de l'environnement. "Un bon règlement serait plus profitable que des incitations financières"..Et de continuer en prenant l'exemple de ce que l'on nomme la nouvelle économie, qui "essaie de trouver des ressorts pour mieux comprendre les individus. C'est bien mais on reste dans la micro-économie, dans l'économie pur sucre".

Pour autant, Michel Devoluy dit ne pas jeter l'opprobre, car "nous avons tous intériorisé les caractéristiques de l'économie libérale". Et que si les certains acteurs, issus du monde de la finance par exemple, sont critiqués, pour autant, "si nous étions à leur place, nous ferions pareil". Le libéralisme, dit-il encore, n'est qu'un temps court dans l'Histoire, chaque époque produisant sa théorie.

Un modèle économique "soutenable"

Après le constat, quelles préconisations ? Comment "prévoir" ou plutôt construire le futur ? En donnant vie, en inventant "un modèle économique soutenable", propose Michel Devoluy. Qui en appelle à une vision collective du sujet et non plus individualiste, à être plus raisonnable dans le sens de ne plus encourager la démesure, en incitant à la course à la puissance et aux biens matériels. Et d'appeler aussi à préférer la coopération à la concurrence, coopérer étant synonyme d'empathie, d'altruisme, de générosité et de mesure. Michel Devoluy va même beaucoup plus loin, estimant qu'elle est "devenue la condition sine que non de la survie de notre planète". L'économiste préconise, dans le même sens, le choix du qualitatif à la place du quantitatif, ce qui correspond à une façon d'envisager la finalité de l'activité économique, différemment. Ici c'est le bien-être que Michel Devoluy voudrait pouvoir comptabiliser. Et de donner en exemple, celui du PIB qui ne mesure pas l'idée de bien-être collectif. "Un chiffre, même en économie, ne dit pas tout". Et l'économiste et ancien chercheur d'estimer que "l'économiste devrait être le nouveau philosophe". Une autre idée qui vaut débat...

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Commentaires
a écrit le 03/01/2020 à 16:04 :
Si nous examinons l'économie comme une conséquence de... LA SURPOPULATION MONDIALE, et non point comme une cause, tout s'éclaire très vite !

Tant que ce monde n'impliquera pas par une loi internationale l'ensemble des dirigeants de ce monde, sur leur irresponsabilité grave face aux surpopulations irresponsables, ce monde ne méritera pas le nom de monde évolué !
___Il ira à chaque époque critique, tel au Moyen-Orient..., de CRISES en GUERRES prétendues..., vendues "insurmontables"..., d'incendies de forêts en désertifications prétendues faussement "irrattrapables" !
___"Les rizières avec peu d'eau sur de grandes surfaces étagées, pas d'excellents barrages anti-incendie ?" demanderait Lao-Tseu.
___Lequel affirmait il y a plus de deux millénaires que TOUTE SAGESSE commence par LA GESTION DE l'EAU

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