Jean-Marc Gambaudo : "L'Université Côte d'Azur doit encourager la biodiversité"

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(Crédits : DR)
Dans quelques jours, il cédera son fauteuil et son titre de président d'Université Côte d'Azur pour retourner de l'autre côté de la force, prendre soin de l'IDEX UCA Jedi. Depuis 2015, c'est lui qui pilote la transformation de l'Université, officiellement créée sous cette appellation depuis le 1er janvier, chantier ô combien complexe mais ô combien passionnant. Où la disruption n'est pas un gros ni un vain mot…

4 ans et quelques mois. Un temps de mandat qui se confond avec un chantier, celui de la transformation de l'ex Université Nice Sophia Antipolis en Université Côte d'Azur. Le pilote dans l'avion, c'est Jean-Marc Gambaudo. Venu des mathématiques, directeur de recherche au CNRS, il inscrit ses pas dans ceux de Frédérique Vidal, nommée ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche d'Emmanuel Macron, à qui il succède, officiellement élu en septembre 2015. Sa préoccupation alors est double : confirmer l'obtention du label IDEX et engager l'Université dans son changement de statut - et de nom - à l'horizon janvier 2020.

L'IDEX confirmé, c'est donc la délicate mais essentielle métamorphose de l'Université qui constitue sa mission principale. Délicate car l'Université est une vieille dame pétrie d'habitudes qu'il ne faut pas hésiter à bousculer. Essentielle car l'objectif est bien d'occuper les premiers rangs européens, favorisant le rayonnement à l'international.

Pour cela, il faut savoir faire venir à soi les chercheurs de haut niveau. Ceux qui contribuent à l'aura - et la visibilité - de l'Université. "Nous avons mis en place un système d'attractivité", rappelle Jean-Marc Gambaudo. Un système à plusieurs strates, allant de la création de postes de doctorants ou post-doctorants, en collaboration avec le CNRS, l'INRIA ou l'Ecole des Mines à la création d'un Welcome Center, capable d'accueillir au sens propre comme au sens figuré, les nouveaux arrivants.

Carte mentale de l'écosystème... et des idées

Mais l'attractivité se joue aussi - beaucoup ? - ailleurs. Dans la capacité à s'ouvrir à ce qui constitue son environnement proche. Le fameux écosystème. "Il ne faut pas rester qu'universitaire", exhorte Jean-Marc Gambaudo. On ne peut pas prétendre être fort, uniquement d'un point de vue universitaire. Pour chaque sujet, il faut avoir la carte mentale de l'écosystème. En renforçant l'écosystème, on se renforce".

L'exemple "emblématique", c'est cet Institut du storytelling, créé en 2017, unissant la Ville de Cannes, l'UCA, UCLA et Vivendi/Canal + et qui forme à l'écriture de scénarios de long-métrage de fiction. Le cinéma, un sujet qui pourrait paraître éloigné de l'Université. Pas tant que cela. "Le récit est le meilleur moyen non seulement pour divertir, mais aussi pour sensibiliser au monde, donner à penser, promouvoir, vendre, transmettre la connaissance et l'information, mais surtout comprendre, dans une société sans cesse plus connectée" disait-il alors. Unir les composantes de l'écosystème, la méthode a aussi fonctionné lors de la candidature IDEX, ou plus récemment, de celle de l'institut 3IA.

Mais avant tout, "ce qui compte, c'est d'avoir des idées". Sauf, que, voilà, "on ne fait pas suffisamment confiance aux idées", déplore Jean-Marc Gambaudo. Alors même que toute la valeur ajoutée est là. "A l'Université, il faut de la biodiversité". C'est-à-dire "accepter les différences, les personnes différentes. L'Université Côte d'Azur doit comprendre cela et ne pas retomber dans un modèle classique". Cela constituerait alors, un terrible pas en arrière.

UCA Jedi en action

Alors qu'au contraire, elle doit aller de l'avant, innover dans tous les sens du terme, montrer l'exemple s'il le faut. C'est le but, entre autres, du programme UCA Jedi Junior, dont la vocation est de lever les freins ou de permettre la réelle connaissance de ce qu'est l'Université, ses métiers et les départements qui la composent, auprès des collégiens prometteurs issus du réseau d'enseignement dit prioritaire ou assimilés. "Le but n'est pas de distiller de la culture scientifique, mais que ces collégiens découvrent ce qui existe et qu'ils ne connaissent peut-être pas". Une première opération, en octobre dernier, a réuni 600 collégiens, de la 6ème à la 3ème. Une opération financée par l'IDEX UCA Jedi. Ce même IDEX qui constituera dès le 9 janvier, le quotidien de Jean-Marc Gambaudo. En ligne de mire, la pérennisation de la labellisation, l'échéance étant septembre 2020. Une échéance abordée avec sérénité revendiquée. "Les entreprises sont impliquées, les laboratoires communs - comme celui associant Amadeus sur le comportement voyageur - fonctionnent bien". L'obtention de l'Institut 3IA au printemps dernier apporte sa (bonne) pierre à l'édifice et constitue une brique essentielle pour l'Université - "il ne faut surtout pas l'imaginer comme un outil à part", prévient Jean-Marc Gambaudo. A un challenge en succède donc un autre. "Cela a été une super expérience, notamment parce qu'elle m'a offert la possibilité d'échanger avec autant de profils différents. Finalement, cela correspondait bien à mon tempérament d'entraîner les individus dans une aventure nouvelle", reconnaît Jean-Marc Gambaudo. On se souvient alors que ses travaux de recherche portaient sur la théorie des systèmes dynamiques. Probablement pas un hasard...

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