Dominique Thillaud - Aéroports de la Côte d'Azur : "Demain, la vraie boussole sera la compétitivité écologique"

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(Crédits : DR)
On peut tout à fait accompagner l'attractivité économique du territoire et s'engager dans une politique de réduction de l'empreinte environnementale, en même temps. C'est le message bien pesé du président du groupe aéroportuaire dont fait partie Nice Côte d'Azur. Et qui vise le net zéro émission dès 2030. Ce qui plaît particulièrement à un certain Bertrand Piccard.

En juin dernier, le groupe aéroportuaire avait annoncé - pas seul mais aux côtés de 192 autres plateformes européennes - son objectif de réduire les émissions de Co2 d'ici 2050. Une date bien trop lointaine au vu des urgences climatiques et autres effets néfastes que subit l'environnement. Ce qui pousse donc Aéroports de la Côte d'Azur à vouloir aller plus vite. Avec la méthode expliquée.

Du "pratico-pratique" inspiré (aussi) par Piccard

Car donc, Dominique Thillaud le rappelle, pour atteindre l'objectif fixé, point d'incantation mais du "pratico-pratique" dit-il. Avec des actions, allant crescendo dans le temps. "Nous avons dessiné un chemin pour les trois plateformes que nous gérons - Nice Côte d'Azur, Cannes-Mandelieu et Saint-Tropez. Chacune évoluera à son rythme". C'est Saint-Tropez qui sera la première plateforme à ne plus émettre de gaz à effet de serre, dès 2020. Et dès 2022, à devenir absorbeur net. Puis viendront donc en 2030, Cannes-Mandelieu et Nice Côte d'Azur. Un chemin qui ne s'est pas tracé sans regarder ce qui se faisait ailleurs. Dont du côté de Solar Impulse, la fondation de Bertrand Piccard qui a servi de conseiller puisque certaines des solutions labellisées par la fondation seront utilisées par le Groupe aéroportuaire. Un contrat avec Antismog, le boîtier qui permet de réduire les émissions de NOx et de particules, a par ailleurs été signé.

Pour se faire donc, il y a phases. Dont dès cette année, une flotte des véhicules de services à 80 % électriques. En 2022, ce sera la suppression du gaz naturel, en 2023, l'installation de panneaux photovoltaïques. La décarbonation des engins spéciaux est aussi prévue. Pas avant 2029, Dominique Thillaud rappelant que certains d'entre eux ne peuvent être décarbonnés, comme la centrale électrique ou les camions des pompiers. Mais dès 2034, les émissions de ces engins spéciaux seront décarbonnés par absorption.

Donnée précise, un passager qui transite par Nice Côte d'Azur représente très exactement 101 grammes de Co2. Et Dominique Thillaud de s'amuser aux comparaisons, "c'est l'équivalent de 5 mails de 1 Mo ou de 33 minutes de streaming vidéo". D'ici 2022, un passager égalera 23 grammes, "ces derniers grammes qui sont les plus difficiles à grapiller", reconnaît le président du Groupe aéroportuaire azuréen.

Inciter aussi les compagnies aériennes

Qui peut donc décider de la stratégie des Aéroports eux-mêmes mais qui ne peut pas grand-chose sur le comportement des avions. Car, dans ce qui génère du gaz à effet de serre, il faut aussi prendre en compte l'approche, le décollage et le roulage une fois posé, ce que l'on appelle le cycle LTO. Cependant, plutôt que de rester spectateur et inactif, Dominique Thillaud entend bien suggérer quelques idées, notamment aux compagnies aériennes pour qu'elles aussi, s'inscrivent dans une démarche vertueuse le plus vite possible. Comme par exemple rendre systématique la procédure de roulage avec un seul moteur ou promouvoir le Sustainable Aviation Fuel mais aussi rendre l'éco-contribution, la taxe qui se répercute sur les billets d'avion, modulaire. C'est-à-dire qui intégrerait le bon comportement carbone des aéroports, plus sévère avec les moins vertueux. "Cela servirait d'aiguillon", insiste Dominique Thillaud. Lequel veut aussi moduler les redevances aéroportuaires, prenant en compte l'empreinte environnementale de chaque avion. L'effet aiguillon, on disait...

L'agrandissement, conséquence et pas la cause

Dans ce contexte, la baisse depuis 5 ans de ce que représente le cycle LTO par passager - soit 10,75 kg de Co2 actuellement - malgré l'augmentation du trafic aérien est, pour Dominique Thillaud, la preuve que l'on peut allier écologie et économie. "Notre plan stratégique est de réconcilier la logique économique et la logique environnementale. Il y a un chemin pour réunir ces deux logiques, que nous prenons. Nous voulons être précurseur afin de démontrer que c'est possible". Être vertueux, c'est même très bon pour l'attractivité et le développement économique. Ce même développement qui incite à l'agrandissement du Terminal 2, projet qui prévoit 25 000 m2 supplémentaire abritant un nouveau hall d'enregistrement, des salles d'embarquement et une zone de tri pour les bagages afin de faire face à l'augmentation du trafic - 13,85 millions de passagers en 2018 - la capacité étant de pouvoir traiter ainsi 4 millions de passagers supplémentaires. Et Dominique Thillaud de redire que "le trafic aérien est dérivé de l'attractivité du territoire. Nous devons être capable d'accueillir de manière décente les passagers qui passent par la plateforme". Et d'ajouter que l'absence de comportement vertueux serait justement contraire à cette même attractivité. "Demain, la vrai boussole sera la compétitivité écologique". De rappeler aussi qu'il y a 4 ans, l'expérience des navettes électriques avait démontré qu'elle "était anti-économique". Et que l'investissement dans cette stratégie écologique se fait sur fonds privés (pour rappel Aéroports de la Côte d'Azur appartient au consortium Azzurra NDLR). "Et c'est un bon investissement que de se lancer dans cette voie".

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Commentaires
a écrit le 16/01/2020 à 9:11 :
Écologie et secteur aéronautique marchand seront toujours en opposition.

Arrêtez de faire rentrer les carrés dans les ronds à coup de marteaux svp, merci.
a écrit le 15/01/2020 à 19:27 :
La boussole sera peut-être écologique, mais elle risque d'être bien la seule chose d'écologique dans le fatras des pseudos solutions écologiques. Enfumage.
La solution ? Supprimer aéroports et avions. Pas possible ? alors on va cuire, étouffer, cracher nos poumons...merci la boussole écologique.
Réponse de le 16/01/2020 à 6:56 :
Pour avoir moins d'avions, moins de bateaux, moins de voitures, moins de centrales au charbon, moins de ... Il faudrait d'abord et tout simplement avoir moins d'humains sur terre!

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