Courtiers vs banques : ce qu'en disent l'Apic et Philippe Taboret

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Pas vraiment visible pour le consommateur, la tension des relations entre d'un côté les établissements bancaires et de l'autre les courtiers en crédit immobilier est pourtant révélatrice de la situation du crédit en France. Une guerre un peu froide, qui n'en n'est pourtant pas à son premier épisode, rappelle le président de l'Apic, venu à Marseille.

Rien ne va (presque) plus entre les banques et les courtiers en crédit immobilier. A l'origine de ce qui pourrait s'apparenter à une crise de foi, une dénonciation de certains des contrats liants les premières avec les seconds. Une attitude qui a surpris les professionnels du crédit immobilier et qui est de nature à tendre des rapports instaurés assez naturellement au fil du temps.

Bâle III, taux bas... rien ne va plus

Une attitude qui, pour le président de l'Association professionnelle des intermédiaires en crédit trouve sa source notamment dans le phénomène persistant de taux bas. "Les taux sont toujours bas et s'ils ont remonté légèrement dernièrement - entre 0,15 et 0,20 % - cela est bien davantage du à la décision des banques de gagner des parts de marché et non pas à un certain comportement du marché lui-même" explique Philippe Taboret.

A cela s'ajoute une "influence de la Banque de France", considérant que les banques prêtaient trop en matière immobilière alors que Haut Conseil de stabilité financière (HCSF) considérait aussi "qu'il fallait mettre le holà", alors que, considère Philippe Taboret, "il n'existe pas de risque d'impayés en France, nous sommes le pays le moins risqué". Mais, "Bâle III est en préparation" suggère le président de l'Afic. Comprendre que les règles étant plus rigoureuses, les établissements bancaires deviennent à la fois plus prudents et plus frileux.

Le taux bas sont même "un faux problème" puisqu'il s'agisse de taux courts ou de taux longs, il s'agit des mêmes niveau de taux. "Jusqu'à présent, une différence existait toujours entre les deux, permettant aux banques de réaliser une marge", ce qui n'est donc plus le cas désormais.

Anticiper l'avenir

A cela s'ajoute un autre phénomène, qui n'est pas anodin car même si les banques se sont toutes emparées du "phygical", de nouvelles façons de structurer leur présence... reste que le modèle de demain pérenne reste encore à inventer, tant les besoins, l'attitude même des consommateurs évoluent rapidement, beaucoup plus qu'avant. "Les banques préparent l'avenir, où les établissements auront des tailles plus conséquentes, même si les ratio sont moins bons", décrypte Philippe Taboret. "Les banques n'ont pas anticipé l'impact des nouvelles technologies. De plus, le taux négatif est un peu une terre inconnue pour les banquiers".

Parallèlement à ce bouleversement des habitudes, les courtiers ont pris leur place. "Nous représentons 40 % des crédits immobiliers accordés, nous devenons un acteur incontournable". Qui "peut faire un peu peur". Surtout que banques et courtiers n'ont pas forcément évolué sur le même plan de développement, suggère encore Philippe Taboret. "Les banques ont fermé des agences quand nous en ouvrons. Elle se sont déspécialisées quand nous apportons une expertise. Nous faisons un choix averti quand elles veulent placer un produit".

Si c'est le Crédit Agricole Languedoc-Roussillon qui a été le premier établissement à dénoncer le contrat le liant avec les courtiers en crédit immobilier, d'autres ont suivi. "Beaucoup espèrent qu'avec le digital, les clients viendront à eux", souligne Philippe Taboret.

40% de parts de marché

Des relations tendues qui pour autant, "n'impactent pas le client", rassure le président de l'Afic, qui en a déjà connu d'autres dans le passé. Car oui, les tensions actuelles entre banques et courtiers ne sont pas nouvelles. Il fut un temps où c'est avec la Société Générale que c'était je t'aime moi non plus. Or cette même Société Générale est aujourd'hui le premier partenaire de Capfi, la société de courtage dont Philippe Taboret est le directeur général adjoint. Et dont le plan de développement est à l'image du métier. Outre l'ouverture d'une agence phygitale à Marseille, le courtier prévoit 20 nouvelles agences en 2020 alors qu'il effectue ses premiers pas à l'export, d'abord au Portugal, où il s'est installé pour travailler à la fois sur le marché local et en lien avec le marché français. 2021 le verra poursuivre la démarche internationale, en Espagne, en Italie ou en Belgique, selon les opportunités. D'autant qu'aux verticales métiers immobilier et regroupement de crédit s'ajoute le financement professionnel.

Tout cela à replacer dans le cadre d'un métier de courtage "qui progresse de la taille du marché", indique Philippe Taboret, et qui hier représentait 25 % de parts de marché pour 40 % actuellement, l'Afic regroupant 3 800 courtiers pour 200 sociétés. "Nous sommes encore une profession atomisée. Des petites et grandes enseignes se sont regroupées. Le phénomène de concentration va être le sujet de ces prochaines années".

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