La French Tech, les fonds d'investissements et les trous dans la raquette

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(Crédits : DR)
Présentes au salon IPEM qui s'est tenu à Cannes, les treize capitales French Tech sont venues en mission à l'initiative de la French Tech Côte d'Azur, désireuses d'évangéliser les investisseurs à la jeune entreprise innovante. Car l'accès aux fonds est souvent la pierre d'achoppement, le frein qui empêche de changer de taille. Ce qui n'aide pas à l'émergence des licornes et autres ETI.

L'initiative est originale et elle a le mérite de confronter deux réalités terrain. Non pas que les fonds d'investissements et les startups ne se connaissent pas mais on sait bien que les salons sont un espace où convivialité et prises de contacts informels sont des vecteurs d'accélération du business.

C'est quelque peu l'idée qu'a eu la French Tech Côte d'Azur, à l'initiative de cette gentille "intrusion" du coq tricolore au beau milieu des stands des spécialistes du private equity. "C'est en travaillant sur notre feuille de route et les axes permettant de favoriser l'hypercroissance que nous nous sommes rapprochés du salon IPEM", explique Jessica Pellegrini, la directrice générale de French Tech Côte d'Azur. Un rapprochement concrétisé par la signature d'une convention de 3 ans liant les deux parties. Une French Tech azuréenne qui a créé une délégation incluant les 13 capitales French Tech dont Lyon, Aix-Marseille, Rennes, Toulouse, Nantes, Bordeaux... Soit au total, 30 CEO venus sur la Côte d'Azur pour mieux connaître l'écosystème du private equity, qui investit dans quoi et comment préparer au mieux sa prochaine levée. Car les startups qui ont été sélectionnées après appel à candidatures ont au moins un autre point commun, celui de prévoir une levée de fonds de 8 M€ dans les trois prochaines années.

En mode repérage

"Notre venue à l'IPEM nous permet de cibler les fonds, car c'est un peu la jungle, beaucoup n'affichent pas toujours des quels types d'entreprises elles veulent investir", souligne Julie Huguet, la fondatrice de Coworkees, basée à Annecy, plateforme dédiée aux métiers freelance du marketing et de la communication qui regroupe actuellement 20 000 profils pour une centaine de métiers représentés. Après une première levée de fonds, c'est vers une série A que la jeune entreprise se dirige. "Nous devons donc nous adresser aux fonds qui ne sont pas représentés en région. Nous avons fait remonter l'information à Paris, à la French Tech en local de notre besoin de visibilité dans l'écosystème entrepreneurial parisien" dit la jeune dirigeante, qui espère lever 3 M€ pour acquérir de nouvelles parts de marché. "Le processus de levée de fonds est long, entre 3 à 9 mois. Il est intéressant pour nous de mieux savoir si certains fonds ont évolué dans leur stratégie d'investissement, à quels secteurs ils s'intéressent... Chaque fonds à sa thèse", renchérit Julien Fiette, le co-fondateur et dirigeant de ITinSell, basée à Lyon et spécialisée dans la E-logistique, "vieille" startup qui emploie une quarantaine de salariés et qui possède un portefeuille client dont font partie L'Oréal, Colis Privé ou encore Décathlon.

Trop innover... ne rassure pas

Mieux identifier les fonds auxquels s'adresser en fonction de son plan de développement et de son secteur d'activité c'est globalement l'attente de tout startupeur, que la levée soit la première ou la quatrième. Les difficultés à trouver l'investisseur enthousiaste sont réelles, toutes régions confondues - sauf l'Ile-de-France - et même lorsque le produit est très innovant, cela peut se révéler être un vrai parcours du combattant. Wizama, qui a mis au point SquareOne, une console de jeu social avec écran tactile, en sait quelque chose. Disposée à commercialiser son produit, la jeune entreprise originaire de Rennes se heurte à quelques freins comme l'explique son fondateur, Franck Botta. L'innovation étant... innovante et donc pas forcément rassurante pour les investisseurs, ceux-ci traînent quelque peu des pieds. L'IPEM représente donc une excellente façon de montrer en direct, ce que vaut le produit. Même besoin d'évangéliser en "live" pour Kejako, la jeune entreprise née en 2015 qui a installé son laboratoire de recherche à Saint-Etienne et qui a mis au point une technologie capable de corriger la presbytie. Une innovation là encore tellement innovante que même en early stage, difficile d'arracher un oui franc et massif, révèle son co-fondateur David Enfrun, alors que le tour de table espéré s'élève à 2,5 M€ afin d'engager des essais cliniques sur une quinzaine de patients.

Un conseiller spécial

Mais dans la volonté de mieux connaître les fonds, réside aussi - et peut-être surtout - le désir de trouver celui qui sera le bon partenaire. Comprendre pas tant d'un point de vue financier, mais d'un point de vue de l'accompagnement au quotidien, dans les choix stratégiques, dans la mise à disposition d'un réseau... C'est ce qu'expliquent d'une seule et même voix Marie Tors, la fondatrice de Graffiti, basée à Marseille et Julien Dalmasso, le CEO de IoThink Solutions, implantée à Villeneuve-Loubet, près de Nice. "Le choix de l'investisseur est aussi fonction des besoins de développement de la startup. Si l'on choisit un investisseur américain par exemple, c'est parce que cela nous permet d'aller plus vite dans le déploiement aux Etats-Unis" dit la première. Ce en quoi le second acquiesce, rappelant combien les connaissances des fonds, des marchés à l'international, fait gagner du temps. Stéphane Malausséna, le dirigeant de Volumic 3D, sise à Nice, ne dit pas autre chose. Même s'il n'est pour l'heure, pas en recherche de fonds, le dirigeant niçois reconnaît que l'IPEM offre l'opportunité "d'avoir une vue globale en possibilités de financement. Nous attendons d'un investisseur qu'il apporte du conseil. Il faut savoir l'écouter. C'est un financer, meilleur que nous souvent, en terme de statistiques, qui distille une vision complémentaire, qui connaît les marchés à l'export. Il sait aussi ce qui a fonctionné ou pas dans les différentes stratégies". Un partenaire évidemment précieux. Et pas uniquement en monnaie sonnante et trébuchante.

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