Jean-Yves Saussol tient bon la barre de La Ciotat Shipyards

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(Crédits : ©PatriceCoppee)
Depuis presque cinq ans à la direction générale de l'infrastructure, il travaille à la relance des chantiers navals. Une arrivée surprenante à la vue du parcours de ce natif de Montpellier motivé par "la défense de l'intérêt général" qui assure avoir trouvé l'endroit idéal pour cela.

Dans la baie de la Ciotat, récemment désignée comme l'une des plus belles du monde, les chantiers navals sont incontournables. Depuis les hauteurs comme au bord de l'eau, les grues et hangars situés tout à l'Ouest de la ville attirent l'œil. "Les gens ont presque perdu l'habitude qu'il y ait de l'industrie ici, c'est le fruit d'une période noire qui a laissé des traces", remarque pourtant Jean-Yves Saussol, directeur général depuis juillet 2015 de La Ciotat Shipyards, la société publique locale qui gère le site. Sa mission à son arrivée est bien de faire revivre les chantiers navals.

A lire son CV, son arrivée n'avait a priori rien d'évident. Né à Montpellier, ce fils de fonctionnaire réalise ses études à Paris. Science Po, école polytechnique... Il commence ensuite un parcours professionnel qu'il qualifie de "sinueux". D'abord au sein du ministère de l'Industrie, puis auprès du préfet de Région à Montpellier sur les sujets numériques, ensuite au sein de l'autorité de la concurrence avant de rejoindre la répression des fraudes (DGCCRF). "J'ai mis du temps à trouver ma voie, reconnaît Jean-Yves Saussol. J'ai baigné dans le service public et l'intérêt général, c'était un idéal de travailler pour cela donc j'ai un peu tout testé. L'Etat administration centrale puis déconcentré en région". La mission sur le numérique, alors porté par Lionel Jospin, connaît un arrêt brusque avec le 21 avril 2002 et le retrait de l'ex-Premier ministre de la vie politique.

De l'Etat, à la Ville puis le privé



Au sein de l'autorité de la concurrence, Jean-Yves Saussol trouve un poste avec lequel il dispose d'un vrai pouvoir. Un travail solitaire, un peu trop. "J'étais plus dans une dynamique de travail en équipe", explique-t-il. De quoi le pousser vers la DGCCRF. Après six ans passés dans le milieu de la concurrence, il décide de changer. Lassé par le manque d'impact concret. Il "franchit le Rubicon", comme il le dit, en quittant le giron de l'Etat pour la mairie de Paris. Cinq ans durant lesquels Jean-Yves Saussol s'occupe des sports. Pas vraiment fan du sujet, il s'occupe des montages administratifs et financiers des dossiers. "Ne pas être un passionné d'une discipline m'a permis d'avoir un certain recul, juge-t-il. J'étais toujours dans le thème de la concurrence car je suis arrivé quand trois gros contrats en partenariat avec le privé se préparaient : le Parc des Princes, Paris-Bercy et Roland-Garros".

Pour Jean-Yves Saussol, travailler au sein de la Ville lui a permis de faire du concret. "Il y a une vraie différence avec l'Etat, dans une collectivité vous avez des vrais leviers, des vrais budgets et des projets. C'était une expérience très intéressante, je me suis éclaté". Mais là encore la rigidité administrative et ses multiples niveaux hiérarchiques le poussent vers d'autres cieux.

Ce sera celui de La Ciotat, qu'il ne connaît pas. "Je reste motivé par la volonté de faire avancer l'intérêt général dans ce pays, j'ai le tour sur le 100% public. C'est super intéressant et stimulant d'être dans une structure privée mais qui est quand même garante d'intérêt général car derrière le pilotage ce sont des élus. Et je ne me suis pas trompé là-dessus". Il a fallu un temps pour s'adapter. La gestion portuaire ayant des spécificités propres.

En débarquant, il voit "un énorme potentiel" mais constate un manque de travail collectif et parfois même de la méfiance entre la société publique et les entreprises du site. "Je suis arrivé tout fringuant avec mes modes de fonctionnement pour disrupter tout ça. Puis je me suis rendu compte que ça ne marche pas du tout comme on nous l'apprend, sourit-il. Il a d'abord fallu restaurer un climat de confiance. Je pense qu'on y est parvenu". Un travail qui a duré près de deux ans. "Il n'y a pas de recette, il faut parler et accepter de mettre dans sa poche certaines choses pour faire baisser la tension. Mais aussi montrer par l'exemple. La grande forme a été un déclic. Ouvrir à la concurrence à l'époque cela a interpellé, pour moi c'est normal et cela a permis de rapporter cinq fois plus. Cela a créé de la confiance grâce à un résultat", détaille-t-il.

En première ligne

"Je suis particulièrement fier de ce que j'ai fait ici", répond Pierre-Yves Saussol quand on l'interroge sur sa plus belle réussite professionnelle. Il développe : "D'abord humainement, en ayant ramené de la confiance. Je suis très fier de la relation que j'ai pu bâtir avec Pierre Tidda (figure active de la contestation lors de la fermeture des chantiers en 1987 NDLR). Et maintenant je participe à la construction de quelque chose qui va laisser une trace avec l'ascenseur 4000 tonnes".

Ce projet justement, cristallise l'attention. Et les critiques. Ce qui place Pierre-Yves Saussol en première ligne. "Je suis au milieu de la cible, c'est mon rôle. Je dois assumer la mise en œuvre de la politique choisie par le conseil d'administration. Mais c'est ce que je veux", tranche-t-il. Sur l'écologie, il assure que c'est "l'avenir de l'industrie" et que sans une activité propre les chantiers "n'existeront plus". Sur l'intérêt de l'ascenseur quand le port de Marseille en prépare un de 6 000 tonnes ? " La concurrence je la connais depuis longtemps, c'était mon métier. Elle tire vers le haut, c'est un levier d'action qui oblige d'être meilleur. Mais concernant Marseille je ne la ressens pas, je la lis seulement dans la presse", botte-t-il assurant que ses rivaux sont Gênes ou Barcelone.

Si la chaine décisionnelle du secteur privé est plus rapide, il est en revanche plus difficile de tout maîtriser. A l'image de changements de propriétaire pour ce qui est aujourd'hui MB92, le principal exploitant des chantiers. "C'est la loi du jeu", commente simplement Jean-Yves Saussol. "C'est l'incertitude du monde dans lequel on vit, sur le moment ce sont les montagnes russes parce que tout était bien planifié et il faut tout refaire. Il y a eu beaucoup d'évolution capitaliste et cela va continuer", explique-t-il.

Jean-Yves Saussol est convaincu que l'industrie du yachting va muter vers une activité propre et verte. Une évolution radicale qui doit permettre aux chantiers de La Ciotat de rattraper son retard. "Je veux que nous devenions un leader mondial de la prochaine génération", ambitionne l'homme qui ne cache pas que son rêve est la construction d'un yacht sur son site. Des échéances encore lointaines. Le mandat du directeur général se termine lui en 2023 et peut être reconduit. Date à laquelle l'ascenseur à bateaux de 4000 tonnes devrait être livré. Il ne passera pas inaperçu au milieu de la baie.

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